Woody Hills : artisan du handpoke

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Portraits :© Immortaliz

Ancien prothésiste dentaire devenu tatoueur, Woody Hills a ouvert le salon FOV, anciennement Sorry Mama, à Lille. L’artiste, présent au dernier Massilia Tattoo Fest, s’est dirigé vers une facette méconnue du tatouage : le handpoke. Une pratique ancestrale qui compose une empreinte encrée plus obscur et unique. Son style s’étire entre des black lines tribales, une épure graphique et une transformation figurative qui trouve sa symbolique propre. Moderne et amoureux du mêtier, le tatoueur réalise régulièrement des guests à Art Corpus (Paris) ou bourlingue avec la dure à cuire de Gynette (Andro Gynette, La Boucherie Moderne, Bruxelles). Un oiseau rare, qu’il a fallu attraper au vol…

Raconte-moi tes débuts ?

Après cinq années à faire des petites dents pour les mangeur de bonbons et les bagarreurs [Woody était prothésiste dentaire], j’ai décidé de quitter ma ville natale : Charleville Mézières, pour partir sur Lille et faire ce qui me plaisait depuis longtemps : le tatouage. Au bout de quelques mois, je me suis directement mis à la recherche d’un apprentissage, mais sans succès. Se présenter dans un shop sans book peut être difficile… Je suis donc parti à la recherche d’une machine. Et c’est là, après en avoir vu en vitrine d’un shop de tatouage, que j’ai rencontré Bruno. Lui, m’a pris en apprentissage. Nous avons ouvert le shop « Sorry Mama » ensemble . J’ai fait un an d’observation à faire la stérilisation et toutes les merdes. Après, on a ouvert la boutique et cela fait maintenant 3 ans. Bruno est depuis parti en mai. Je garde tout de même la boutique car on réouvre avec Lonner sous le nom de FOV. On est au total trois tatoueurs : Lonnber bossait chez Human Fly (Madrid) et Vincent Michelot est l’ancien apprenti chez Sorry Mama. Le shop contient aussi un espace guest.

Tu peux me parler de Bruno ?

On s’est rencontré par hasard car il exposait des machines en vitrine et je pensais qu’il en vendait. Après avoir discuté avec lui une petite heure ; il avait répondu à certaines de mes questions. Il me dit qu’il ne cherche pas d’apprenti. Pourtant, je lui donne tout de même mon contact. Le lendemain matin en ouvrant ma boîte mail : surprise ! Il m’avait recontacté pour me demander un coup de main. Il avait besoin de quelqu’un pour l’accueil. J’ai saisi ma chance.

« Il a vu que je voulais pas être tatoueur juste pour avoir un job »

Après deux jours de service, lui et la patronne de la boutique (à l’époque) m’ont annoncé qu’ils voulaient bien me laisser ma chance… Sûrement un des plus beaux jours de ma vie ! J’ai donc fait un apprentissage avec un tatoueur correct. De l’accueil à la stérilisation. Je me suis mis au dessin à fond, jours et nuits. Bruno est comme moi, il a appris par lui-même. Il est venu au tattoo en fabricant ses bécanes. J’aime le tatouage car il y a un côté technique qui m’interrogeait et comme Bruno, son truc c’est vraiment de bidouiller des machines, il a su répondre à mes questions. Du coup, il m’a beaucoup appris sur le côté technique du dermographe. Comment implanter sous la peau le mieux possible un pigment pour qu’il vieillisse au mieux.

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« En grandissant je me suis toujours dit que je voulais faire un métier manuel dans lequel en arrivant le matin je serai certain de voir mon travail fini le soir. »

Mais personnellement, comment es-tu venu au tatouage ?

Le tatouage m’a toujours plus ou moins attiré. Un de mes « oncles » travaillait lui aussi en tant que tatoueur pour « touristes » en Espagne. A cet âge-là, je voyais surtout des dessins indélébiles sur des corps . En grandissant je me suis toujours dit que je voulais faire un métier manuel dans lequel en arrivant le matin je serai certain de voir mon travail fini le soir. Faire un produit fini en une journée, de A à Z. C’est pour cela que j’ai voulu devenir prothèsiste dentaire. Car commencer le matin avec une empreinte dans les mains et finir le soir avec une dent en or, céramique ou métallique finie et prête à être en bouche me plaisait. Je ne pourrai jamais travailler sur un projet sans connaître son devenir. Et dans le tattoo, c’est ça aussi. C’est pourquoi je me considère plus comme artisan que artiste.

La technique est le point qui t’a le plus attiré?

Je suis arrivé là-dedans, je ne savais pas du tout comment marchait une bécane. Grâce à Bruno, si j’entends un son bizarre (provenant de ma machine), je peux la démonter et la régler. D’autres tatoueurs ne vont pas s’y fier et vont la jeter directement puis s’en racheter une autre. C’est quand même dommage. C’est ton outil de travail. […] Commencer avec de mauvaises machines, c’est commencer avec de mauvais outils. C’est comme apprendre à conduire avec une voiture qui fonctionne mal, tu prends de mauvaises habitudes. […]Il faut faire des choix. Et tu vois, cela fait trois ans que je tatoue, mais je me considère toujours comme apprenti.

« J’aimerais bien pousser ce style figuratif à l’extrême et réproduire ce que je fais sur un poignet dans un dos complet. »

 

J’ai vu que tu étais proche de l’Andro Gynette ?

Avec Gynette on s’entend super bien, on a la même vision du tattoo, je la respecte. Il y a des gens qui disent qu’elle n’a pas fait ses preuves dans le tattoo, mais elle fait son petit bout de chemin et ne fait chier personne. Elle fait son truc. On s’était rencontrés en convention et mon apprenti se faisait tatouer par elle. Je connaissais son travail. Elle est venue nous dire bonjour et comme elle habite à Bruxelles maintenant, elle passe quand elle veut. On a la même vision sur plein de choses ; la vie et comment aborder les gens.

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Dans ton style comment tu passes de choses très traditionnelles à des choses plus figuratives et graphiques ?

Le truc c’est que j’ai commencé à dessiner du old school car n’étant pas technique dans le dessin, c’était le genre le plus accessible. La grosse ligne, les aplats de couleurs me permettaient de grosses marges d’erreurs. Maintenant j’ai envie de m’attaquer à ce qui marque et reste dans le temps, le old school oui, mais je préfère le laisser à ceux qui le font vraiment bien. C’est en commençant le handpoke que je me suis dit que j’allais créer des motifs un peu graphiques mais qui tiennent dans le temps. Un peu tribal, car quelque chose que tu puisses reconnaitre dans 20 ans.

Qu’est-ce qui te plait le plus ?

J’adore essayer de faire des belles lignes. Les points, c’était un peu de la triche pour faire de jolis dégradés. C’est ce que je faisais quand je ne savais pas forcément les faire à la remplisseuse. Du coup, j’utilisais le point par point. Ca me permet de trouver un style à mon niveau. Certains tatoueurs que je connais, au bout de cinq ans, ne font pas de bras complet et le refusent, car pour faire un full sleeve il faut un peu de pratique et surtout être sur de ce que l’on fait. J’aimerais bien pousser ce style figuratif à l’extrême et réproduire ce que je fais sur un poignet dans un dos complet.

Ce qui me plait c’et vraiment l’impact visuel. J’adore le tattoo en couleur  mais un tatoueur à dit une fois un phrase juste : « le tattoo c’est du noir et la couleur c’est un compromis avec ton client ». Car la couleur tu ne sais jamais comment cela va vieillir. Il y a des mecs qui vont faire des trucs solides qui vont tenir dans le temps. Je peux pas te dire ce que je ferai dans le futur, peut-être que j’y reviendrai. Avec le temps je sais que j’aimerai pouvoir taper du réalisme et plein d’autres genres qui m’influencent.

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Pourquoi as-tu choisis de faire du handpoke ?

J’aime vraiment bien le handpoke. Je pense même que si un jour j’ai un apprenti je le ferai commencer par là. C’est un moyen de comprendre vraiment comment poser le pigment sous la peau et comment l’aiguille doit rentrer. Car le handpoke cela reste de la fuse et ton trait tu le fais plus fin pour que cela fuse uniformément. Et puis il ne faut pas oublier d’où vient le tattoo, à la base : dans les tribus ils n’ont pas de machines ! Et comme je fais des symboles un peu ethniques cela fonctionne bien.

Comment t’y es-tu initié ?

J’ai essayé le handpoke seul. Un pote que j’ai rencontré à ma première convention à Nantes, Xav’ le Pirate voulait trouver un cobaye pour faire du handpoke. Il m’a fait des points et du coup il m’a fabriqué mon premier handpoke et on a échangé un peu sur les techniques. C’est vrai que souvent les gens quand ils voient certains flashs que je propose, ils me disent, « ça ressemble à des runes » ou des motifs nordiques. Pourtant j’essaie de ne pas en faire pour le moment car je ne connais pas encore bien leurs significations. Le peu de temps que j’ai, je le garde pour faire des recherches afin de ne pas mettre tout et n’importe quoi dans un tattoo.

« Mais si tu veux un truc qui ne bouge pas dans le temps, tu t’achètes un print ! »

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Quand on me donne carte blanche en handpoke ou sur un tattoo, je teste des choses qui sortent complètement de ma tête. Mais à l’avenir j’aimerai que la symbolique soit là. Après ce que je fais, le client lui donnes la symbolique que tu veux. Donc pour le moment j’essaie de vraiment ne pas utiliser de symboles ethniques que je ne connais pas bien pour par la suite étudier un peu et utiliser certains symboles fort dans des compositions.

Il y a quelques mois, à Paris, on a pu assister au concert de Die Antwood. On a vu passer quelques photos de toi en compagnie de Ninja, il t’a même tatoué il me semble ? Quels sont vos liens ?

Oui il y a un truc. J’ai eu la chance de rencontrer Ninja, car on s’est tatoué mutuellement lors d’un festival. On s’est revu plusieurs fois et on a bossé des projets ensemble. C’est juste de la chance et du culot ! On a sympathisé et on s’est rapproché grâce au tatouage et là dernièrement j’ai pu passer 5 jours avec eux en tournée. On a passé plus de temps à délirer qu’à tatouer. Il faut savoir que Ninja a plein de bouzilles sur lui. Mais c’est voulu, c’est un putain de perfectionniste ! Il dessine tous ses tatouages, il veut que ses lignes soient pourries, que ça fuse…Il se fait tatouer qu’en handpoke et ça je le respecte.

Au début quand je ne le connaissais pas je me disais : « putain, le mec il n’a que des tattoos pourris », maintenant, je sais qu’il est super perfectionniste. A Paris pour un shooting, il s’était dessiné dessus au feutre et moi je voulais faire une empreinte et refaire le dessin. Il m’a dit : « non, tu le refais comme ça » et moi je suis juste son délire.  Il font ce qu’ils veulent, et s’en foutent de ce que les gens disent. […] Personnellement, j’adore les trucs super clean mais s’il y a un gros pet’ dans mon tattoo, je vais pas faire chier le tatoueur. Le tatouage est comme ça et c’est tout. C’est peut – être le fait d’être tatoueur aussi…Mais si tu veux un truc qui ne bouge pas dans le temps, tu t’achètes un print !

 

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Quel est le dernier projet qui t’a le plus emballé ?

J’ai fait un Vegvisir (symbole pour guider les voyageurs par mauvais temps), c’est une sorte de boussole islandaise avec de grosses lignes : un symbole un runiques. Et quand je l’ai tatoué j’ai vu que l’impact sur la peau. Et ça défonce! J’ai fait mon truc : double ligne et remplissage comme un tribal, en soi ce n’était pas très bandant à faire, mais après je me suis dit que j’allais composer avec ma banque de symboles. Car grâce à ma copine qui m’a montrée deux ou trois principes d’Illustrator ©, j’ai travaillé des symboles que je crée pour en faire ma banque d’image. Je commence une base que je refais et complexifie à la main. Malheureusement, je n’ai pas le temps de tous faire à la main mais je peux plus facilement voir si le symbole fonctionne.

Dernièrement quel a été ton meilleur passage en guest ?

Tous les guest sont de des belles rencontres. A Lyon je vais chez Empreinte, j’avais été invité par Dino (Vallely, Ndlr) mais quand j’y suis finalement allé, il n’était plus là. Ensuite par Dodie. Je m’entends bien avec elle, je trouve que c’est une meuf qui est cool. Je vais là où j’ai envie d’aller, chez des potes comme Artcorpus : c’est comme à la maison ! J’ai fais un guest aussi avec Gynette chez Fous à Rouen. L’an prochain je vais essayer d’avoir au moins un guest par mois. Dernièrement j’étais au Massilia Tattoo Fest fin mai. Pour une première, c’était génial, un grand merci à David et Jean-Marc de Belfort et toute l’organisation ; vivement l’année prochaine…

… Le mot de la fin ?

La perfection n’existe pas, les choses parfaites non plus, alors pourquoi vouloir l’être.


FOV TATTOO est situé dans le vieux Lille ( 38 rue de la Barre ) anciennement Sorry Mama.
Ouvert au public le mardi-mercredi -jeudi-vendredi-samedi
De 11h00 à 13h00. 
Le mercredi : nocturne sur rendez-vous de 14h00 à 21h30

Tout contact pour prise de rendez-vous se fera uniquement au shop aux heures d’ouvertures citées ci-dessus ou par mail avec le tatoueur choisi.

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