Australian Ink: Tatu Lu : le tatouage aborigène comme vecteur culturel

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Texte : Tiphaine Deraison / Photographies : © Pmod

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En Australie, en Nouvelles Galles du Sud ; là où les premières flottes britanniques ont débarqué en 1877, pour coloniser l’Australie, une artiste tatoueuse, Tatu Lu, encre des motifs aborigènes qui leur sont uniquement destinés. Avec l’artiste, ils exhument les connaissances familiales et encrent leur Mob et ses totems. Ces symboles deviennent avec le tatouage, un marqueur d’identité. 

Instauré depuis 1994, le 26 janvier est “l’Australia Day” : la fête nationale Australienne. Transformé en “Invasion Day” en soutien aux communautés aborigènes, ce slogan revendique la volonté d’un changement de date officiel.

Louisa aka Tatu Lu, née à Sydney en 1972 dans un milieu plutôt conservateur, rencontre le tatouage dans les années 90, alors punk, activiste, elle fréquente le milieu underground. Forte d’études d’anthropologie et d’une carrière l’amenant de Londres à Sydney, elle poursuit ce projet d’encrer des motifs aborigènes, à bras le corps. « L’essentiel, surtout chez les jeunes, [c’est de] leur donner quelque chose dont ils peuvent être fiers et que les Blancs ne peuvent pas leur enlever. Comme ils ont pris tout le reste. » 

Plus ancienne culture survivante humaine, de plus de 50 000 ans, les aborigènes sont des chasseurs – cueilleurs qui ont construit leur croyance sur le “Dreamtime”. Ces légendes relatent la création du monde par la rencontre de différents esprits, pouvant prendre des formes variées : animales ou humaines. Un Big Bang de temps immémoriaux fourmillant de mythes, d’esprits et de totems. Ces représentations sont insufflées d’une essence magique, animiste dont émergent des peintures, à la symbolique propre. 

« C’est vraiment la première fois qu’une civilisation qui n’avait pas de culture du tatouage au départ utilise le tatouage pour renforcer sa culture. » affirme Lars Krutak, qui travaillera quelques temps avec Tatu Lu. En choisissant de ne tatouer que les aborigènes et leurs descendants, elle retrace une généalogie que le tatoué souhaite se ré-approprier. Dans un contexte historique post-colonial, le tatouage devient un vecteur de réaffirmation identitaire.

Australia Day”

La fête nationale Australienne marque l’arrivée de la première flotte anglaise de l’explorateur James Cook. Le même qui propagera la nouvelle du « Tatau » dont il est témoin dans les îles Marquises. En 1877, lorsqu’il pose le pied dans l’actuelle baie de Sydney, sur la côte Est Australienne, il décide l’envoi, avec le gouvernement britannique, des « convicts » : prisonniers, condamnés à être déportés, dans cette nouvelle colonie pénitentiaire australienne. Beaucoup, coupables de petits larcins, émigrent et s’installent. C’est le début de génocides et massacres de populations aborigènes.

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Une histoire baignée dans le sang, que le changement de date pourrait en partie apaiser selon Reconciliation Australia. L’organisation indépendante est le corps expert national de la réconciliation avec les communautés aborigènes et les peuples du détroit de Torres.« Demander aux indigènes de célébrer le 26 janvier, c’est comme leur demander de danser sur la tombe de leurs ancêtres » déclarait leur chef exécutif, Karen Mundine au Guardian. Chaque année, les manifestations sont nombreuses partout dans le pays et conjointes entre peuples natifs et australiens, sensibles à la question (56% déclarent d’ailleurs ne pas être contre un changement de date et 49% ne soutiennent pas un maintien de cette date sachant qu’elle est offensante, selon le Guardian, en janvier 2019). 

Pour mieux comprendre la situation des populations natives, il faut savoir qu’elles étaient forcées au 19eme siècle d’abandonner leurs rites. Leur langue fut interdite à la pratique et des enfants métisses et aborigènes furent enlevés de force à leurs familles entre 1869 et 1969. C’est ce qu’on appelle la “Génération volée”, devenue une des pages les plus sombres de l’histoire du pays. Ils étaient ensuite confiés à des missions chrétiennes ou des familles d’accueil blanches, dans le but de pratiques d’assimilation. Le gouvernement de Kevin Rudd présentera officiellement des excuses publiques en… 2008 pour toutes les injustices et mauvais traitements subis. Aujourd’hui encore, au quotidien, pour Lu, il est rare de rencontrer quelqu’un qui ne fut pas affecté par ces évènements. 

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Ce n’est qu’en 1967 que les aborigènes obtiennent la nationalité australienne. Puis, historiquement, c’est l’Aboriginal Right Act qui marque la première étape vers la revendication des droits des peuples autochtones. Ce dernier, octroie aux aborigènes du Territoire du Nord (Northern Territory) la possibilité de de pouvoir légalement revendiquer leurs terres en tant que propriétaires traditionnels. Arnhem Land et Ayers Rock font partie de ces territoires. Ayers rock fut ainsi rendu à ses propriétaires en 1985. Le 25 octobre dernier Ayers Rock ou Uluru, symbole de l’Australie, était officiellement interdit aux touristes. Ce monolithe de 348 mètres est un des plus importants site sacré aborigène et son ascension était une activité laissée au choix des visiteurs. L’action menée pour cette interdiction historique et la décision qui s’ensuivit a été célébrée par ses propriétaires, les Anangu. 

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Si le pays s’est engagé à améliorer leur niveau de vie et que des subventions annuelles de “compensation” existent, la différence de niveau de vie reste importante par rapport au reste de la population selon le rapport annuel “Closing the Gap” qui mesure l’écart en terme de santé, éducation et emploi depuis 2009. Les inégalités restent fortes et un racisme “profondément troublant” était encore dénonçé par l’ONU en 2017. 

Malgré les réactions et mouvements de solidarités qui exhortent les australiens à s’unir contre le racisme, l’histoire et les connaissances générales envers la culture aborigène restent, en général méconnues.

Avec le tatouage et ce processus unique, approuvé par les communautés, Lu fait un pont unique entre tradition et modernité et tend à renforcer une fierté qui se libère de plus en plus sur les réseaux sociaux ces dernières années. 

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Une imagerie traditionnelle

L’art traditionnel aborigène est multiple et varié selon les communautés. L’art de Pupunia, venant de l’ouest outback ne sera pas utilisé par les Mobs du nord Queensland par exemple. Cet art est décliné en sculpture, peinture, gravure sur bois etc., il désigne un site, une grotte, un point d’eau par des motifs inspirés des rêves qui seraient le moyen de communiquer avec des esprits ancestraux. Il se rapporte au Dreamtime : “Temps du rêve” et reste intrinsèquement spirituel.

Caractérisé par une peinture en pointillisme épais et solide, plus proche de cercles que de réels points. Amené dans les années 70, quand les histoires du Temps des rêves ont commencé à être transférées de l’oral à la peinture. Il évolue en coordination avec d’autres symboles sacrés que seuls les aborigènes peuvent utiliser et qui ne peuvent être montrés aux occidentaux. “Le Dotwork a évolué en dissimulant et déguisant ces symboles, en plaçant ces points par-dessus ces symboles, ce qui signifie qu’ils sont dans l’œuvre d’art, les symboles sont toujours intacts et pertinents mais cachés”. Ces symboles sous-jacents ne peuvent pas être vu par des personnes non aborigènes et sont associés à l’Aboriginalité. 

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D’autres motifs, issus du territoire comme des plantes endémiques ou des animaux totémiques sont des sources de vie et les dépeindre serait redonner du pouvoir à ces entités. Aussi dits totems, ils sont les gardiens d’un monde naturel et les descendants d’ancêtres du Dreamtime. Ces animaux totémiques sont liés à des légendes spécifiques et représentés dans un style figuratif “Xray” que l’on retrouve dans le travail artistique Aborigène du Nord de l’Australie (Top End, Territoire du Nord). Celui-ci dépeint les organes et structures osseuses de manière claire et visible. 

“Le totem numéro un serait le Goanna de sable, c’est un lézard d’environ 1,5 mètres de long. Traditionnellement, très commun en particulier dans la zone désertique, il aurait été une source de nourriture très importante, ce qui fait que ce totem appartient à beaucoup de tribus.” . D’autres comme le serpent, (le Rainbow Serpent étant un animal phare dans les légendes du Dreamtime) sont d’importants totems également. Féminin, il représente la sagesse universelle et se matérialise sous de multiples variantes. A l’identique du kangourou, une ressource alimentaire majeure ainsi que beaucoup de variétés d’oiseaux, de l’aigle ou l’emu. Concernant les tribus côtières, où les populations sont plus denses, les totems représentés sont généralement la tortue, le requin ou le canard noir.

L’imagerie du Dreamtime est vaste et laisse place à de multiples interprétations. Liées spirituellement, certaines sont plus délicates à représenter. Lu se cantonne volontairement aux figures animales pour cette raison, les figures d’esprits pouvant avoir de multiples formes. “À mon avis, c’est à eux [peuples aborigènes, ndlr] qu’il appartient d’interpréter ce à quoi ressemble un esprit aborigène, mais je pense qu’il ne m’est pas approprié de les interpréter. J’estime qu’en tant que personne blanche ce n’est pas mon rôle et qu’il est inapproprié de réinterpréter et de créer ma propre version d’un esprit aborigène. (…) Je dépeins un esprit si quelqu’un de ces tribus le souhaite mais si c’est quelqu’un des tribus du sud à qui il n’appartient pas, je ne le ferai pas, ce n’est pas leur Mob. Encrer des esprits, c’est quelque chose de très puissant, même les gens du nord ne seraient pas prèts à se faire tatouer des figures d’esprit tant il y a beaucoup de pouvoir et d’énergie à prendre en charge.”

Si l’art aborigène se manifeste aux badauds dans les boutiques de souvenirs, il se retrouve confronté aux contre-façons asiatiques qui menacent l’art local. Il n’est pourtant pas permis de reproduire cet art sans être soi-même aborigène ou descendant. “C’est pourquoi il était très intéressant pour moi de faire ce travail car il a été accepté par la communauté aborigène”, affirme Lu.

Des convictions underground à l’industrie tattoo

Au début des années 90, Lu découvre le tatouage alors qu’elle poursuit des études en anthropologie. « Mon intérêt envers ce sujet remonte au début de ma carrière, dès les prémices des années 90, lorsque je suis allée rencontrer eX (eX de Medici, originaire de New South Wales, ndlr) pour la première fois. Mais comme je n’étais pas moi-même aborigène, elle m’a dit : « Oh, tu ne pourras probablement pas faire ça », alors ça a été mis de côté pendant quelques années…”

Elle commence à apprendre le tatouage auprès d’eX de Medici, artiste multidisciplinaire qui introduira le style botanique et watercolor dans le tatouage. A l’époque, le milieu, très machiste ne leur laisse pas le choix. Controlé par les clubs bikers, drastiques de manière générale, presqu’aucune femme ne trouve d’apprentissage. 

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“Je pense que nous étions considérées comme une menace et j’ai eu beaucoup de chance d’être formée au tatouage par une femme du nom d’eX de Medici, une artiste australienne très connue qui a reçu une bourse d’étude du gouvernement australien à la fin des années 80. Elle a pu partir étudier le tatouage à Los Angeles avec Kari Barba (Kari Barba est l’une des premières tatoueuses, qui encre depuis 35 ans – Outer limits, Long Beach, CA, ndlr).”

Les deux femmes se rencontrent par le biais d’un ami en commun : Phil Bastard. eX décide de prendre Tatu sous son aile. Tatu et eX travaillent quelques temps ensemble et recevront plusieurs menaces, intimidations, envers leurs personnes et leurs familles respectives. A l’époque le matériel est restreint tout comme l’ approvisionnement et Tatu doit démarrer au handpoke.

Le chemin semble limité en Australie. eX pousse Lu à partir. “eX m’a dit : il n’y a rien pour toi ici : sors. J’ai donc passé trois ans à Londres.” En Angleterre, elle qui tatoue au stick’n’poke, rencontre Xed, et s’étonne de le voir pratiquer le handpoke et d’en faire un véritable style à part entière : “Je lui ai dit mais, qu’est-ce que tu fais !? Nous avons des machines de nos jours ! C’était incroyable pour moi parce qu’on était forcés de commencer comme ça (en Australie, ndlr), nous n’avions absolument pas l’option d’acheter une machine….”

Elle rencontre Alex Binnie et toute la scène underground londonienne de Sacred heart et Michele Edge de New York Adorned. Influencée par cette scène et le mouvement tribal, elle expérimente et tatoue des motifs animaliers, lézards et autres dans un style tribal.

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Lu retourne en Australie et complète son diplôme. En 2008, elle décide de se lancer et de tatouer gratuitement des aborigènes ou descendants… et éveille l’attention. “C’est comme ça que la communauté aborigène m’a vraiment trouvée. Dès lors, je m’attendais à beaucoup de réactions, étant une occidentale ayant cette approche. Mais j’ai été tout simplement étonnée de constater que les aborigènes étaient positivement surpris que quelqu’un s’intéresse vraiment à eux en faisant ce travail. Ils l’ont accepté et c’était fantastique. Une véritable aventure.”

Son style prend un tout autre tournant. “Mon travail sur le tatouage aborigène est ce qui m’a redonné de l’intérêt pour le tatouage, parce qu’il a beaucoup plus de sens pour moi”.

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De ses études, elle profite d’une connaissance théorique pour appréhender la diversité et complexité de la culture aborigène. Mais lorsqu’il s’agit de tatouer son travail, pour l’artiste c’est sa clientèle, son meilleur atout. Elle lui fournit un champ de recherche et un accès au cœur de l’histoire familiale. Elle en fait d’ailleurs un tatouage qui reste exclusivement réservé aux natifs ou à leurs descendants. “[…] tatouer des occidentaux, c’est automatiquement s’approprier – par eux et moi-même – cette culture mais peu importe ce que je fais et où, si c’est tatouer des peuples aborigènes, là c’est renforcer chez eux, leur culture et c’est différent.” L’artiste a su gagner le respect des communautés. “J’en ai beaucoup discuté avec les aborigènes , il faut savoir à quel point ils se sont faits “avoir” en Australie, ils ont été victimes de beaucoup de racisme (…) on leur a tellement enlevé, la dernière chose qu’il puisse arriver c’est qu’ils voient des gens qui ne sont pas aborigènes se promener avec ce genre de tatouage.”

De la recherche à l’encre

Pour chaque client, Tatu recherche ses totems majeurs, souvent nombreux et transmis dans la famille au travers des générations. Ils représentent la Mob (communauté ou tribu) et pouvaient aussi être adoptés, suivant les évènements et devenir des totems personnels. Une encyclopédie de possibilités de plus de 250 groupes et tribus se subdivisant dans toute l’Australie, chacune ayant son propre dialecte. “Je découvre quels types de totems spécifiques ils ont, ou sont associés à eux, puis je les classe par ordre d’importance. Habituellement, nous utilisons le plus important qui pourrait venir de leur mère et nous essayons d’utiliser d’autres membres de leur tribu, également importants.” 

Les communautés aborigènes, matriarcales, adoptent des éléments liés à des sources d’alimentation ou une montagne ou une rivière spécifique liés à la Mob. Le tatouage prend alors forme à la manière d’un “custom tattoo” incluant une histoire, un arbre généalogique qui s’inscrit dans son territoire.

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“Australian Tattoo” 

En dehors de ce tatouage aborigène, Tatu Lu a développé un véritable panel de motifs botaniques incluant des plantes natives et relatives à l’Australie qui permet à ses clients d’exprimer une connexion envers son pays et créé un tatouage Australien. Le tatouage en Australie, à l’origine importé par le colon anglais servira d’imagerie de fierté nationale. A l’époque, la Southern Cross et le motif majeur. A l’origine, elle fait partie de la cosmologie indigène australienne depuis des millénaires, elle est redécouverte par les voyageurs européens à la fin du XVe siècle et considérée comme un signe de bénédiction divine pour leurs conquêtes. Ce motif est perçu comme le plus ancien symbole de l’Australie. 

Repris dans les années 2000 par les – outright fascist – manifestant et attaquant les communautés musulmanes. Très sous entendu ; ce motif a changé, d’un symbole positif à un symbole d’extrême droite encore entaché aujourd’hui. Sorti de ce passé embarrassant, outre quelques symboles repris du traditionnel américain et anglo-saxon, les motifs proprement australiens sont rares. “La symbolique a complètement changé pour le pire et les gens sont maintenant en train de chercher et d’essayer de trouver quelque chose qu’ils pourraient se faire tatouer qui n’est pas complètement Bogan et Red neck et c’est là que j’ai commencé ce travail d’art botanique australien”. L’esprit botanique insufflé par Tatu Lu a constitué une nouvelle approche. “Certaines personnes ont adoré et d’autres ont détesté l’idée.”

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Un moyen de sensibiliser

Jeremy, tatoué par Lu, est originaire de la tribu Biripi, de Taree située à plus de 400 kilomètres de Sydney sur la côte Est. “Il s’intéresse beaucoup à sa culture, les singularités aborigènes…”. Dans son travail, au travers de sa famille, Jeremy comprend comment lois et histoires se sont transmises de bouches à oreilles, de générations en générations. Il a pu rassembler, danses et récits des légendes et mythes issus des Biripi et a décidé de se faire encrer selon sa Mob.

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La famille, consultée dès les prémices du projet, reste parfois sceptique à l’idée de cette représentation. Alors lorsque le tatouage est fini et qu’il est montré aux grands-parents et parents, les réactions sont fortes et attendues. Le tatouage devient aussi un signe reconnu et identifié par d’autres communautés ou des curieux. L’encre devenant un signe de fierté aborigène créé aussi une nouvelle relation, un moyen de reconnaissance entre Mob qui éveille la curiosité. 

“Un autre élément clé que j’ai remarqué et qui devrait être discuté est le nombre de personnes qui s’approchent de moi au hasard dans la rue et qui me demandent la signification et l’histoire de mon tatouage (également pour commenter son aspect !). Je me retrouve souvent à décrire les peuples indigènes de la région de Brewarrina, comment fonctionnaient les pièges à poissons naturels et comment la communauté indigène a construit cette étonnante structure à l’époque. Je crois que le tatouage favorise un bon partage des connaissances entre les gens et contribue à réduire l’ignorance entre les cultures dans la société d’aujourd’hui”. Atteste Logan, tatoué par Lu, qui a choisi d’inclure des techniques de pêches propres à sa communauté pour représenter son histoire.

Originaire de Nouvelles Galles du Sud, Logan est aborigène par ses deux parents. Il grandit à Molong avec ses grand-parents (son père issu de la tribu Wongaibon et sa grand-mère du côté de sa mère de la tribu Brewarrina qui obtiennent sa garde et celle de son frère dès l’âge de 6 ans alors qu’il grandit dans un environnement de drogues et violences domestiques. Sa grand-mère lui fait promettre sur son lit de mort de faire quelque chose de sa vie ce qui le motivera toutes ces années à poursuivre ses études et décrocher des bourses internationales. “ Pour être honnête, le racisme existe encore largement au sein de la culture australienne et pour m’intégrer en grandissant, j’ai dû faire abstraction de mon Aboriginalité parce que j’en avais honte mais aussi à cause des conséquences en termes de racisme”.

Après avoir côtoyé un racisme permanent lors de ses études, un désir de reconnecter à sa communauté grandit en lui. Son tatouage immortalise cet élan, en hommage à ses grands-parents qui l’ont élevé et représente ce voyage qu’il vient juste d’initier. La scène de pêche, désigne des souvenirs de bons moments de partage en famille. Le panier porté par deux goannas (en marron et ocre, personnification de ses grand-parents tandis que les deux plus petits désignent Logan et son frère) sont des pièges à poissons utilisés par les Brewarrina et par les communautés locales, c’est d’ailleurs une des plus anciennes aquaculture sur terre datant d’au moins 40 000 ans. 

Véritable carte d’identité encrée. L’art de Lu est devenu un outil d’éducation et de sensibilisation au patrimoine aborigène. Aujourd’hui, elle continue son travail, mais la relève manque et peu de tatoueurs aborigènes font le choix de replonger dans cette imagerie.

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Informations

@tatulutattoos

https://tatulus.com.au