Le tatouage Dayak

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Ernesto Kalum, originaire de Bornéo est le premier tatoueur à faire renaître le tatouage Dayak et Iban plus il y a une dizaine d’années. Ce tatouage ancestral était pratiqué par les tribus de Bornéo qui viendraient du Kalimantan (partie indonésienne). Les Dayak sont des peuples de Bornéo tous très différents et aux pratiques uniques.

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crédit photo – ©DR

Avec son parcours et ses voyages, Ernesto Kalum creuse son histoire et fait sortir de l’ombre le tatouage Iban. Dans les années 90, il tatoue un scorpion sur la gorge de Filip Leu qui lui-même l’incite à retrouver les techniques traditionnelles de hand-taping. Il tatoue aujourd’hui encore à Head hunter tattoo shop , à Kucing, en Sarawak, la partie malaisienne de Bornéo, où de nombreux jeunes artistes ont emprunté le chemin, qu’Ernesto a ouvert. 

Les Ibans dont est issu Ernesto, constituent 30% de la population Dayak. Dayak ou Sea Dayak est une appellation qui représente ces multiples peuples de Bornéo. Les Ibans sont originaires de Java ou du Yunnan chinois et sont arrivés en XVI ème siècle par le Kalimantan, la province indonésienne de Bornéo. 

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crédit photo : ©DR source : http://eastjavanese.blogspot.com

Le tatouage Dayak, aujourd’hui

Les Ibans, ou Head Hunters, sont des guerriers coupeurs de têtes. Ils regroupent plusieurs tribus et comptent au moins sept sous – groupes avec chacun leur dialecte. Les têtes coupées sont des trophées de combat et de guerres menées contre d’autres tribus. Evangélisés et sédentarisés au XX ième siècle, ils perdent leurs traditions. Ernesto, dont le père chrétien l’emmène en Angleterre, fait ses recherches pour apprendre sa propre culture et une dizaine d’années plus tard, le tatoueur est devenu le fer de lance de la renaissance de ce tatouage Iban. Il aura permis à toute une génération de se rapprocher de ses racines et de redécouvrir un tatouage très codifié et porteur de sens. 

Malgré tout, l’essence traditionnelle de ce tatouage semble s’être évanouie en même temps que les codes et traditions ancestrales des Ibans. Couper des têtes ne fait plus partie du quotidien de ces chasseurs-cueilleurs et la modernité a pris le pas sur les traditions dominant la vie des longhouse. Si le tatouage traditionnel a quasi disparu dans les villages le long de la Skrang River, à Kucing, les salons de tatouage qui encrent dans la tradition hand tapping, ont fière allure. 

Iban du village de Entalau sur la Skrang River (crédit : @Boy Srang)

Boi Skrang, tatoueur à Kucing, fait partie d’une jeunesse tournée vers ses aïeux. Le jeune homme est originaire de la région Ulu Skrang. Les Skrang ont leur propre dialecte. Boi (@boi_skolang), qui tatoue à la fois traditionnellement et à la machine, visite régulièrement un village situé au sud au dessus de la rivière Skrang. Jeremy Bungaterung tatoue aussi traditionnellement à Kuching. Il est régulièrement l’invité de la London Tattoo Convention en la matière. Enfin, Hends Dayak, originaire du sud- est Kalimantan a lui aussi longuement voyagé parmi ses pairs pour comprendre et recréer l’essence et les motifs Dayak Iban, Kenya ou Kayan. 

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Boy Skrang à Kuching devant son tattoo shop – 2019 – crédit : ©TD
Boy porte les Bunga terung sur les épaules
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Femme Kayan, Bornéo – tatouée sur les bras et les jambes, uniquement les extrémités – ©Tiphaine Deraison

Les groupes et sous-groupes de Bornéo sont pour extrêmement distincts, il est parfois complexe de s’y retrouver tant ils sont pluriels. Le célèbre Tattoo Hunter, anthropologue américain, Lars Krutak est un de ceux qui auront participé à l’éclairage de cette culture tribale, une des plus anciennes cultures tatouage au monde. 

Le tatouage des Ibans, ces chasseurs de têtes

Dominant de nombreuses autres tribus au cours de leurs guerres et combats, les féroces Ibans, “coupeurs de têtes”, ont perduré jusqu’au XX ème siècle. Leur tatouage traditionnel, réalisé avec deux bambous, raconte leur courage, conquêtes, leur rang, et leurs origines. Ces tatouages sont porteurs de sens. Il permettent aussi de maintenir un rituel qui ferait prospérer tout le village ou longhouse : ces fameuses maisons communautaires où vivent les Dayaks.

Il assure la prospérité agricole et communautaire. Dans la croyance Iban, prendre des têtes était récompensé par les dieux par de nombreux bienfaits et le statut des hommes était prouvé dans le nombre de têtes rapportées et le succès dans la chasse.

Portrait de ©Mattia Passarini source : Mymodernmet

Les symboliques Dayak

Le tatouage chez les hommes était le plus développé. Il se nomme bien souvent Bejalai et est assimilé à un voyage. Une expérience initiatique qui illustre des récits d’aventure, des hauts faits. Il s’exécute dès l’âge de 10/11 ans et est matérialisé sous les traits d’une fleur d’aubergine (la Bringjal) appelée le Bungai Terung qui symbolise le début du voyage. Ces fleurs sont représentées sur les épaules.

La Bringjal symbolise le passage à l’âge adulte et signifie son respect des valeurs morales. Plus l’homme accumule de tatouages plus il devient aussi désirable aux yeux des femmes de la communauté. C’est un symbole des obstacles et de la richesse amoncelée. Le tatouage est aussi une sorte de journal de ses voyages et accomplissements. Pour conclure, ce tatouage devient un signe de reconnaissance entre eux et entre tribus.

Plusieurs tatouages peuvent s’ajouter ensuite dans ce parcours initiatique, le scorpion ou Kala, en porte-bonheur. Plusieurs signification existent et sur la gorge (Tangap Asi), il préserve du manque de nourriture. Sur les mains, il assure le passage dans le royaume des ancêtres au moment du décès. Les tatouages complétés sont des preuves, des Pantang.

Dayak portant le Kala – scorpion – crédit : ©DR

Chez la femme il désigne un savoir-faire et une maîtrise du tissage. Les femmes Iban étaient tatouées comme preuve de leur travail intensif sur le métier à tisser. Si elles étaient capables de produire la couverture sacrée Pua Kumbu, contenant des pouvoirs puissants et de nombreux designs tribaux, elles pouvaient acquérir un certain statut social. Ce dernier était alors marqué par un tatouage de Kal : scorpion sur l’avant bras.

Elles avaient aussi parfois des Pala Tumpa ou bracelets, depuis le poignet jusqu’aux coudes. Leur travail était rempli de charmes protecteurs, que Lars Krutak nomme en un parallèle aux guerriers coupeurs de têtes : la guerre des femmes. Un rituel tout aussi marqué.

La technique traditionnelle Dayak

La technique traditionnelle consiste à taper deux bambous l’un avec l’autre. Une tige de bois est utilisée avec, à son extrémité, trois petites aiguilles en métal (Patiti). Avant l’arrivée des Anglais sur cette île, les pointes étaient faites d’os, de bambou ou de bois de cerf.

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Femmes Kayan se faisant tatouer le Pala Tumpa
Crédit /Source : ©Lars Krutak


Une fois les pointes trempées dans l’encre, elles sont disposées sur la peau, et martelées avec de petits coups rapides à l’aide d’une baguette en bois.
L’encre est à base de noir de fumée, d’eau, de sucre de canne et de fruits pilés. Une fois le mélange effectué, le tout est finalement chauffé jusqu’à l’obtention d’une pâte. D’autres mélanges existent comme par exemple la suie avec laquelle on ajoute de la graisse de porc.

Dans les 1960 la pratique du tatouage disparait quand les chrétiens missionnaires sont arrivés à Bornéo. Ces derniers les qualifient de tatouages pagan ou païens et les très rapidement, ils sont interdits. Puis, évangélisés et sédentarisés ils perdent beaucoup de leurs traditions et identité. Les tatoueurs Kenya ou Kayan par exemple n’existent plus et la plupart des tatouages Iban d’aujourd’hui ne sont pas des tatouages traditionnels, ils sont customisés et adaptés aux envies du client. 

Custom Tattoo mélangé à du polynésien – samoan par Boi Skrang, Kucing
Crédit : ©TD

Sources :