Immersion dans la tradition viking avec Aleksander Sacha

sacha – une JLM

Texte et photographies : François Capdeville

Aleksander Sacha est tatoueur mais aussi tatoué et adepte d’une philosophie de vie inspirée viking. Son corps encré de symboles vikings, celtes et slaves en est le reflet. Il est également un des rares tatoueurs spécialisés dans cet univers en France. Rencontre avec un géant au cœur tendre.

L’homme est impressionnant. Coqueluche des festivals de musique métal, Aleksander Sacha est reconnaissable entre mille notamment grâce à cette corne démesurée attachée à la ceinture qu’il aime remplir de bière. Le voici dans le bar où nous avons rendez-vous. Il déploie sa silhouette de près de deux mètres de haut. Il est affable. L’œil est malicieux. Sacha nous raconte son univers et comment il est devenu un des tatoueurs spécialisés en motifs vikings, slaves et celtes en France.

D’où te vient cette passion pour l’univers viking ?

Depuis que je suis petit, j’ai toujours été attiré par la mythologie médiévale et les récits épiques. Il faut dire qu’en tant qu’ukrainien, j’ai une passion particulière pour les vikings qui ont été les pères fondateurs de Kiev en soumettant et en unissant les différentes tribus locales. En parallèle, j’ai toujours été passionné par les sports de combats et les tournois. J’ai découvert un jour qu’il y avait des reconstitutions historiques avec des combats réels. Je me suis inscrit à une association et depuis j’arpente les festivals de vikings, comme le très fameux Wolin. Imagine, 2000 personnes sur un champ de bataille où les coups sont vraiment portés. C’est très impressionnant à vivre. Il y a toujours des blessés.

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Autour du cou, Sacha arbore un torque, le collier celtique qu’arboraient les guerriers celtes. Son torque représente deux têtes de loup se faisant face. Un métissage artistique viking et celte.

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L’arrière du torque. Sacha apprécie les arabesques qui sont un excellent moyen de réunir visuellement différentes pièces sur le corps.

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Mjöllnir, le marteau de Thor, trône au milieu du torse. A noter qu’il s’agit d’une représentation fidèle du marteau telle que l’on peut le retrouver dans des musées. Sacha y a intégré quelques arabesques à l’intérieur.

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Sur le biceps, une épée. Un des premiers tatouages que Sacha s’est fait encrer lorsqu’il a gagné son premier duel lors d’un rassemblement viking en Pologne.

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Sa dernière réalisation par Carotattoo de Béziers. Ce projet qu’il a en tête depuis deux ans se lit sur 3 niveaux. D’abord le Valknut, symbole d’Odin et métaphore de la mort qui libère l’âme. Placé au niveau du plexus solaire, il est accompagné des corbeaux messagers d’Odin. Ensuite, le visage d’Odin stylisé, dans le prolongement visuel de Mjöllnir, le marteau divin de son fils. Enfin, Odin écrit en lettres runiques placé au-dessus du visage.

Sacha3Le dos de sacha expose une roue solaire, une des nombreuses représentations de la svastika. C’est un symbole solaire qui fait office de protection et qui est placé au dos du plexus solaire. La roue est gardée par deux dragons vikings. En son centre, l’épée, l’accessoire indispensable du guerrier. Sacha a rajouté des arabesques pour un effet de composition artistique.

Comment es-tu devenu artiste tatoueur ?

Et bien tout s’est fait de manière très naturelle. Je suis artiste peintre de formation. J’ai étudié les Beaux-Arts à Kharkov, Ukraine. Très rapidement, mes amis de l’association viking m’ont demandé de dessiner des motifs tribaux et de les tatouer. J’ai dû apprendre très vite. Face à l’absence de formation, je suis allé à une convention de tatouage et j’ai observé. Par chance, un ami tatoueur de Lyon m’a montré les rudiments. Et comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, et bien, j’ai commencé à tatouer sur mon propre corps. Après, j’ai commencé à encrer mes amis de l’association.

Le tatouage est une affaire personnelle. Au-delà de l’esthétique, c’est vraiment une manière de marquer les grandes étapes de ta vie. Et j’y vois aussi une dimension spirituelle. Le tatouage vient orner mon corps qui est le temple de mon dieu vivant.

Comment t’es-tu formé à l’univers graphique viking ?

J’étais déjà bien documenté. J’ai fini par créer un style aux confluents des styles graphiques slaves, vikings et celtes dans lesquels on retrouve bon nombre d’éléments communs : l’arbre de la vie par exemple. Je m’inspire beaucoup de leur mythologie et de ces motifs qui à l’époque étaient gravés sur le bois ou les armes. Après je traduis cela avec mon style.

Aujourd’hui, il y a un véritable engouement pour cet univers. D’ailleurs Game of Thrones et autres séries Vikings n’y sont pas étrangers.  Ce qui n’est pas pour me déplaire, puisque mon agenda ne désemplit pas. Toute cette dynamique est positive : les gens viennent me voir avec leurs projets et me font évoluer. Ils m’aident à me développer dans mon art.

Comment définirais-tu ton style ?

Mes études aux Beaux-Arts m’ont aidé à me forger un œil et une culture graphique. Après j’y ai apporté mon identité et mes envies. Le style viking n’est pas très codifié en Europe. Il y a certes quelques spécialistes en Scandinavie. Mais aucun en France à ma connaissance. Je n’ai jamais vu de style viking en convention par exemple. Du coup, alors que je pratiquais ce style dans mon coin, j’ai réalisé grâce à mes clients que mon style était unique. Certains viennent de très loin pour me voir.

Si je devais caractériser l’univers visuel viking, je mettrais en avant des éléments symboliques tels que le Vegvisir, le compas runique, le marteau de Thor, le Valknut (les trois triangles qui se chevauchent), les têtes de loups et de sangliers. Il y a également beaucoup d’entrelacs que l’on retrouve aussi chez les celtes. C’est quelque chose de très dur à réaliser. L’univers slave est davantage marqué par des arabesques. Il y a aussi beaucoup de motifs floraux stylisés. Enfin, dans l’univers celte, il y a beaucoup d’éléments géométriques, des triskels stylisés et le fameux torque, le collier celte qui remonte à l’âge de fer. Sur le style viking, je me sens plus libre, dans le celte, c’est très géométrique avec beaucoup de chevauchements dans la composition.

Comment fait-on pour vivre comme un viking à Paris ?

Déjà il n’y a pas de viking à Paris. Il y a UN viking à Paris. (Rires). Les gens pensent que je suis Ragnar Lodbrock. Mais je ne prétends pas être viking. Je suis Sacha. Et j’ai mon propre style. Je n’ai pas envie de sombrer dans le théâtral.  Par contre, j’aime la philosophie viking. J’aime l’idée de vivre tous les jours comme si c’était le dernier. Les vikings vivaient à l’instant présent. J’aime les idéaux qu’ils évoquent : brigands, libres, découvreurs… J’aime leur hédonisme, le goût de la bagarre, l’attrait pour les femmes, la fête. Dieu nous a donné la chance d’être en vie, il ne faut pas la brider comme certaines religions ont tenté et tentent de le faire : elles cherchent à contrôler nos envies et nos pulsions en nous culpabilisant, alors que nous sommes tous fondamentalement des êtres libres.


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