Freakyhoody : pour l’amour du corps modifié

 

Photographies: François Capdeville

A 31 ans, Sylvain aka @Freakyhoody professeur des écoles depuis 8 ans est mis sous les projecteurs et pour cause, ce tatoué intégral a décidé de se montrer. Loin d’être un produit marketing, Sylvain qui suit nos activités depuis un an et que l’on a rencontré chez Hand In glove en pleine séance de retouches par Cokney est une de ces personnes surprenantes qui allient engagement et quA?te de l’amour du corps modifié.

Depuis qu’il a totalement encré son corps, Sylvain n’est plus tout à fait le même. « J’ai toujours aimé être au centre de l’attention ça c’est vrai, et faire le pitre mais maintenant j’aime ce rapport au corps , quand tu vois que les gens commencentàte prendre en photo et te regarder comme une oeuvre d’art c’est très plaisant ! ». Lorsqu’on aperAçoit une photographie de lui, alors vierge de peau, Sylvain est presque méconnaissable. Aujourd’hui recouvert entiA?rement, il démarre ce projet il y aé4 ans pour en faire aujourd’hui son futur en tant que modèle tatoué. « Je me suis coupé la barbe car ça allait contre l’image que je veux donneréet ça faussait les cartes. Ca faisait trop différent sur le look, trop biker et ça ne va plus avec mon physique qui est trop fin – mais en même temps, c’est paradoxal car je m’en fous si je plais ou pas ! Etre sportif, tatoué et barbu, c’était un peu trop… »

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Le déclic

Loin d’une image tapageuse, lorsqu’il se fait tatouer sur le tard à 27 ans, il entame une nouvelle vie : « J’étais en manches longues la plupart du temps et personne ne savait que j’étais tatoué jusqu’à la quatriA?me année, même mes proches jusqu’à ce que je ne puisse plus le cacher… ». Lui qui a toujours voulu être professeur des écoles : « pour ne pas quitter l’école » avoir plein de vacances mais aussi garder son âme d’enfant est un vrai blagueur, mais c’est droit dans ses bottes et bien décidé qu’il se lance dans cette aventure. arrivé depuis trois moisàLondres, dans le cadre du programme Jules Verne d’échange, il décide de se faire tatouer pour la première fois, alors qu’il n’y connait rien au tatouage. « A Londres, il y a des tatoués partout ouvriers, employés de banque… la vision des Anglais est plus ouverte et tolérante sur le tatouage ».

Ce dernier, n’aime pas faire les choses à moitié et c’est sous la douche que lui vient le déclic de se faire encrer tout le corps et d’y consacrer son temps, son argent et son énergie. Un choix déterminé, qui prend du temps et au bout de trois ans de travail, il entame les parties visibles.« Chacun fait ce qu’il veut mais moi je n’aurais pas pu faire les parties visibles sans avoir fait le reste car je ne me serais pas senti légitime ! ».

Into You

Alors complètement novice, Sylvain se lance avec un tatouage en hommage à un ami décédé. Une fleur de cerisier en branche dans un style japonais sur son bras droit. Ensuite, il décide de compléter sa jambe droite dans le même style. Un coté doux et un autre où il souhaite reprèsenter la musique rock’n’roll, l’état d’esprit et son caractA?re bout-en-train : « avant de dépenser tout mon fric en tatouages je le dépensais en concerts ! » .

Comme beaucoup aujourd’hui, il surfe sur le net, pour appréhender les différents tatoueurs de Londres et tombe sur James, puis Lucy Prior et Tomas Tomasà’ Into You (le shop lancé par Alex Binnie a fermé en octobre 2016). « Je suis tombé sur le meilleur salon de Londres, je ne connaissais pas avant et j’ai été super bien accueilli alors que je n’avais aucun tatouage! DA?s le début on m’a pris au sérieux et on m’a montré des exemples. » Sans aucun regard circonspect, Sylvain plonge la tête la première et se fait piquer les deux bras en même temps, un motif qui reprèsente ses groupes fûtiches AC/DC et les Stones sur son bras gauche par Lucy Prior avant de commencer sa jambe droite avec James Lovegrove l’année d’après. Il lui laisse alors carte blanche, avec seulement quelques idées. Pour le torse il propose un hibouàSteve Vinall. Par la suite il entamera la même démarche envers Tomas Tomas ou Romain Pareja (Hand in Glove).

 

Fauché, alors qu’il mange tous les week-ends à la cantine de son école, façon clandestin, il décide de finir son projet en France, et repart, ses 5000 euros de dettes sous le bras. Pour rembourser, il vit chez sa mère et continue de se faire encrer une troisième année consécutive… C’estàHand In Glove (Paris, Bastille) qu’il débarque. Hugo Fulop, encre sa jambe gauche et son dos : un mi-Hanya, mi-façon, pour symboliser une personnalité aux antipodes. Enfin, il termine son projet de corps complet avec Romain Pareja, qui lui encrera cou et visage :  » Romain m’a dit qu’il aimait bien les requins alors on a fait un requin et sur le façon un serpent car même si j’en avais déjà un sur le pied cela s’accordait mieux ». Sur les flans il bosse avec Cokney puis ilé « bouche les trous ». Aux derniA?res vacances scolaires, il fait ses mains et les parties invisibles pour arriver en septembre, à la rentrée des classes, le plus transformé possible… « Je trouvais que c’était moins choquant d’arriver directement marqué plutôt que de les laisser appréhender ma transformation petitàpetit ».

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Devant le pupitre

Curieux les enfants sont intrigués par ce nouveau professeur… mais rapidement pour eux, au bout de quelques minutes, tout est accepté. Quant aux parents, il entendra certaines remarques, dans son dos mais personne n’ose lui parler directement. Ceux qui lui parlent… le complimente. En réalité, être professeur ne lui a jamais posé de problème mais il comprendra vite que le rapport aux autres change : « Tout est décuplé. Quand je fais quelque chose de bien, c’est extraordinaire etàl’inverse. Mais cela revient un peu au même que d’être un professeur homme entouré de mamans. A la réunion de pré-rentrée ils font la tronche puis une fois qu’ils ont pu me parler, tout se décante. »

Se tatouer intégralement, reste un choix difficile, et le trentenaire l’a bien mûri. Il se souvient de ses premières sorties. « J’avais des suées ! ». Il prend l’habitude de croiser les regards pas toujours amicaux de la population, jusqu’à prendre confiance et affirmer son choix d’être intégralement tatoué : « Depuis que j’ai un physique caractéristique je regarde droit devant moi ! ». Comme beaucoup d’encrés, il finit par oublier l’existence même de ses tatouages. Les photographies, elles lui rappellent l’évolution de son corps et le travail d’encre apporté par chacun de ses tatoueurs. Le culte du corps, quantàlui, Sylvain l’assume totalement. Intriguant, Sylvain fait partie de ces personnes qui interpellent car le tatouage n’est-il pas, une façon de s’autoriser le pêché de Narcisseé?


article publié dans Jeter l’Encre Revue##1 – éditée en Février 2017
@freakyhoody

 

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