Les poésies humaines de Yoan Delastre

Texte : Tilly Noylis / Visuels : Yoan Delastre

Depuis un peu plus d’un an maintenant, Yoan Delastre projette ses figures sur les peaux de ses clients et les murs d’Empreinte Bodyart à Lyon. Des médaillons en dot et lignes aux profils saisissants, tout en passant par des personnages aux allures de papillons, le jeune tatoueur crée des images fortes, poétiques et modernes.

Intéressé depuis de longues années par le monde du tatouage, c’est à la suite de diverses rencontres, dont Manon Cx, talent incontournable d’Empreinte Bodyart, qu’il décide d’apprendre à dessiner en autodidacte il y a trois ans. Il ensuite trouve son mentor en la personne de Yohann Doré, spécialiste du tatouage ornemental d’inspiration berbère, aujourd’hui chez Artribal. Ce dernier lui donne ses premières aiguilles et lui montre l’importance de la ligne, la force du premier trait sans lequel un bon tatouage n’en est pas un. Depuis, Yoan Delastre a su montrer l’étendue de son talent en travaillant diverses techniques et en explorant des esthétiques variées, comme la représentation poétique et surréaliste de la figure humaine, la dimension sensuelle de scènes sépulcrales, ou encore la sublimation du corps par l’ornementation d’arabesques et de lignes arachnéennes.

Les figures dessinées par l’artiste ont la force des beautés froides, à la fois invincibles, intouchables, audacieuses mais empreintes de sensualité et de mélancolie. De ses personnages, on pourrait dire qu’ils sont inclassables ; ils appartiennent au monde. Un monde d’hier comme d’aujourd’hui, tant il mélange les influences de toutes les époques. De son style, l’artiste dit qu’il pourrait être perçu comme « vieillot, presque suranné » car ses créations semblent souvent sortir d’une lithogravure du XIXe siècle. Par ailleurs, on retrouve dans ses œuvres des influences diverses venant de l’orientalisme, du japonisme ou de l’art nouveau. Par ailleurs, il puise souvent dans des thèmes bibliques, couramment traités en peinture tels que Judith ou Salomé, afin de questionner notre époque contemporaine sur des problématiques actuelles liées au féminisme ou aux questions de genre. Ainsi, Salomé est nonchalamment accoudée sur la tête de Saint Jean-Baptiste, détournant le regard comme pour affirmer son indomptable liberté. Lamia nous interpelle du regard, à la manière du Désespéré de Courbet, tout en émergeant d’un décor digne des limbes futuristes de Hans Ruedi Giger.

Il travaille régulièrement à l’encre de chine pour la réalisation de ses flashs. Cela lui permet de jouer sur les contrastes et de proposer une esthétique à la fois douce, comme le papier, et profonde, comme le noir de l’encre. Des natures mortes réalisées à la peinture à l’huile pour Malevil, son groupe de musique, les tatouages de Yoan conservent la puissance de la matière et la prégnance de la dimension organique. Bref, on a envie de toucher et c’est ainsi que le marquage à l’encre laisse toujours assez de place à la peau, l’orne sans l’étouffer, la marbre pour mieux la révéler. En effet, la richesse de son travail réside dans sa capacité à créer du rythme entre les lignes et les dégradés en dot ou en ombrages afin de laisser de la place, laisser de l’espace pour sublimer l’œuvre et le corps. Enfin, les figures de Yoan nous rappellent à notre propre humanité : un contraste, un clair-obscur, des parts d’ombre et de clarté qui résident en chacun de nous et dont il s’inspire pour créer ses poésies humaines.


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Yoan Delastre visage