Steve NG, précision de la ligne

Après s’être installé presque trois ans chez Saint Germain, à la Dérive à Anglet, Steve NG décide de prendre son envol et de s’installer à Biarritz en créant B.ZOO Tattoo. Toujours dans le style surf, plage et encre traditionnelle, il est en duo désormais avec son apprenti Chris Maxx (@chris_maxx_ ) le même esprit simple et précis, entre black work moderne et traditionnel aiguisé.

Inspiré par ses voyages, depuis Rodez et son premier studio, Steve NG a de la bouteille. Il s’est immergé parmi ses meilleurs compatriotes tatoueurs, chez nos cousins québecois. AZL, Bobeus, les Soos, Shammus à Montréal et d’autres européens comme Tony Blue Arms à Oslo, El Monga, lui ont inspiré des ornements géométriques, pattern et compositions aérées de fleurs et animaux finement exécutés sur une base traditionnelle. Aujourd’hui Steve NG aime aussi se diriger vers un japonais traditionnel, efficace comme peut l’exécuter Yutaro (Seven Doors, Londres) ou Yome (Mystery Tattoo Club, Paris). avec une palette de coloris, turquoise, jaune, rose bien à lui.

Originaire de Millau, Steve NG s’est parfaitement acclimaté au Sud-Ouest et à la côte Basque. Même s’ils aiment garder un rythme de travail assez soutenu, ici les deux tatoueurs renseignent, prennent leurs rendez-vous et travaillent à se faire une clientèle solide jour après jour. Pas de stress, pas de bouchons, des clients plus « relax » qui viennent aussi les voir pour leur travail et s’adonnent à du tattoo-tourisme : une semaine de plage et un tattoo avant de rentrer, par exemple. Après deux ans de tatouage il se voit invité au Mondial du Tatouage à Paris.

Il n’en revient pas. Pourtant l’aveyronnais a redoublé d’expériences honorables au sein de pontes du tatouage français. Apprenti chez Stef Holl, Steve NG enchaine ensuite par des guests chez Eskimo et Mathias Bugo (Art Tribal à Lyon ) et travaille dur tout simplement. Spectateur au 104 lors du « premier » Mondial du Tatouage, Steve NG se voit invité, dès la première année aux Halles de la Villette pour intégrer les rangs d’un des meilleurs salons au monde.

Chris Maxxx
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Salut, Steve NG, peux tu nous raconter ce que tu faisais avant le tatouage ?

J’ai fait plein de choses. A 16 ans j’étais plombier puis, à 20 ans je suis rentré à l’école militaire pour être Maître-chien pendant un an, à Millau, et ça m’a bien suffit ! Je faisais de l’entrainement de chiens et de la surveillance la plupart du temps. Mais j’avais trop peu de liberté. J’ai beaucoup trop besoin de faire ce que je veux quand je le veux. C’est très contraignant. Finalement, c’est à trente ans que j’ai commencé le tatouage. J’étais vraiment passionné par ce monde, je me faisais tatouer par Steph Holl mais je n’aurais jamais imaginé en faire ma profession à l’époque. 

C’est à cette époque que tu as rencontré Stef Holl ?

A cette époque j’ai commencé à me faire tatouer par Stef, je lui avais demandé une espèce de tattoo polynésien sur le mollet et il m’a fait un mélange de traditionnel, polynésien avec des roses, des hirondelles, un crane mexicain. A l’époque je n’y connaissais rien au tattoo, il me parlait de Old School et de choses qui n’étaient pas vraiment claires pour moi. Ca m’a donné envie d’acheter des magazines de tatouage, ça m’a permis de m’investir un peu plus et de comprendre de quoi on me parlait. 

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Comment est venue l’opportunité d’un apprentissage ?

L’envie était là… un jour Stef m’a proposé de reprendre son shop car il avait l’intention de partir. Il voulait quelqu’un pour prendre les commandes pendant qu’il était sur la route et il voyait que j’étais passionné. Je suis devenu son apprenti pour reprendre la boutique. J’ai tout arrêté et j’ai sauté sur l’occasion. Je ne dessinais pas du tout, je n’étais vraiment pas bon et il m’a fallu tout reprendre de zéro et redoubler d’efforts !

Comment ça s’est passé ensuite ?

Stef est plutôt à l’ancienne, sans être trop dur. Je suis assez carré de personnalité, assez pointilleux sur les horaires et bosseur. Je suis resté 8 mois, puis finalement, il n’a jamais bougé. Par respect, j’ai donc ouvert Old Tattoo Box à Rhodez.

Je démarrais tout seul avec ma boutique sans savoir grand- chose. Il faut s’autogérer et connaître ses limites. Je tatouais depuis peu et ce que je ne savais pas faire, je le refusais et j’orientais les gens vers d’autres tatoueurs. Puis, j’ai commencé à faire quelques guests et toutes ces rencontres m’ont donné envie de découvrir d’autres choses. Au bout de trois ans je me sentais bloqué à Rodez, j’avais fait le tour alors qu’à chacun de mes guests je me sentais progresser.

Le traditionnel te tient au corps depuis le début ?

Nourri par la passion de Stef pour ce style, je n’ai pas décroché. Il est très fort en dessin et surtout en peinture. Tout est abouti et esthétique. Il est vraiment doué !

Tu es ensuite parti presqu’un an au Canada, chez MTL Tattoo, pourquoi ?

Lorsque j’étais à Rodez, je les ai contactés pour faire un guest et ils m’ont répondu positivement. J’y suis alors parti 15 jours et j’ai adoré ! L’ambiance, la ville et le tattoo là-bas m’ont donné envie d’autres choses. Je m’y suis donc installé 10 mois au total. J’étais avec Anem et Azl qui fait du dot et des mandala et qui faisait des body modifications et du piercing. J’ai vu tellement de tatoueurs, il y en a un paquet !

Niveau traditionnel, il y a une culture américaine très forte et on est très nombreux à en faire et il arrive un moment où il n’y a pas assez de boulot pour tout le monde. Il devient difficile de se faire une clientèle et le Canada devient saturé par les français expatriés, comme j’étais. C’était une bonne expérience en général mais il y a beaucoup de concurrence, surtout à Montréal même si la culture du walk’in est plus présente qu’en France.

Comment as-tu atterri à La Dérive avec Germain ?

Je savais que j’allais rentrer en France mais ce que j’allais faire, pas du tout ! Du tattoo, ça c’est sûr mais où ? C’était un coup de tête. Germain avait ouvert la Dérive, à Anglet. J’y suis venu en guest et je m’y suis tout de suite senti super bien. Avec Germain, on se connaissait et on s’est vite rendu compte qu’on a des caractères identiques.

J’étais aussi déjà venu Chez Simone à Grenoble et j’avais à l’époque fait le chemin depuis Rodez pour quelques guests. Et surtout pour le boulot : il est aussi perfectionniste que moi ! Il y avait moyen qu’on s’entende. Il m’a proposé de venir. J’ai attendu qu’il soit bien installé, qu’il ait fini la peinture…pour arriver (rires). 

A la Dérive, on a une clientèle qui vient petit à petit depuis deux ans grâce au bouche-à-oreille. La convention de Biarritz cette année était parfaite dans la région, rassemblant une centaine de tatoueurs, c’était un vrai retour aux racines des conventions. Ici, on fait toujours de tout et c’est un plaisir ! Faire un petit tatouage même si c’est pas excitant, si il a de l’importance pour la personne, c’est un plaisir pour moi. 

On est pas un street shop, les touristes ne passent pas facilement devant notre boutique. Donc en effet, soit ils se déplacent dans le coin et se renseignent en même temps sur les tatoueurs disponibles et leur style et dans ce cas viennent aussi pour notre travail, soit ils nous connaissent déjà des réseaux sociaux. Côté surfeurs ils recherchent plutôt un style ignorant ou noir, ils ne viennent pas trop nous voir. Si tu veux un petit tattoo, un peu spontané, il y a plein de tatoueurs au centre-ville ou autour notamment à Biarritz. On est moins visibles et ce n’est pas plus mal.

Tu te sens plutôt artiste ou artisan ?

Disons que je me sens plus artiste quand on me demande de créer quelque chose et plus artisan quand c’est pour recréer une typo « Dafont » sur le poignet, mais il n’y a rien de honteux. Je trouve que ça fait partie de notre métier. Tu passes aussi un bon moment avec quelqu’un, c’est ton travail, c’est ce qui te fait vivre !

Il est tellement perfectionniste qu’il me pousse dans ce sens. Son travail, sa manière de dessiner, tout est carré ! C’est un créatif, il a beaucoup d’imagination, ses idées sont surréalistes. On est très relax et on s’entraide beaucoup en demandant l’avis de l’un et l’autre. 

Finalement, on te voit te diriger vers le japonais, je trouve intéressant que tu aies notamment réalisé une manchette mêlant des bases de ces deux maisons, lors du dernier Mondial du Tatouage ? 

Ce bras-là mélange des fonds japonais traditionnels et des motifs comme l’aigle, très old school américain. J’ai déjà fait des pivoines et quelques bras mais le traditionnel japonais c’est comme le traditionnel américain ça ne passera pas de mode. Quoi qu’il arrive ça restera à travers le temps même s’il y a 10 000 manières de le faire.

Je n’avais jamais fait un projet comme celui-ci, c’est mon client ; Aurélien qui m’a proposé de réaliser ce challenge d’une manchette en trois jours de convention et je l’ai réalisée du début à la fin sur la convention pour la présenter. Tout était quasi en free hand et je l’ai encré 8 heures le vendredi, 8 heures le samedi et 4 heures le dimanche, donc 20 heures au total.

J’ai du être plus rapide que d’habitude sur un bras qui sur la fin était carrément déformé par les gonflements. Heureusement, j’ai pu voir lorsqu’il est revenu qu’il y avait très peu de retouches et que le travail tenait la route, c’est assez extraordinaire, après un événement comme ça sur trois jours. Est-ce que c’est bien pour le client ? Je ne sais pas, il lui a fallu beaucoup de courage et pour ma part ce fût beaucoup de pression. J’aime beaucoup réaliser ce genre de grosses pièces également, j’en ai tatouées à Rodez, sur des jumeaux et à Montréal j’ai commencé un bras avec un fond très trad’ et des pivoines puis ma cliente est venue deux fois en France pour faire l’autre bras, cette fois, avec des chrysanthèmes. C’était encore plus japonisant qu’à mon habitude.

Que préfères-tu dans le tattoo ?

J’aime dessiner, c’est certain. Mais je ne veux pas que ça reste uniquement sur papier. Il n’y a rien de mieux que de voir ensuite son dessin sur la peau. Quand tu finis un tatouage et que tu sens que tu as réussi ton tattoo, il n’y a rien de plus agréable. Mon attention se porte aussi beaucoup sur le travail des lignes.

Suivant les périodes je suis parfois passé de fat line à fine line, maintenant j’ai l’impression qu’on va vers la plus petite ligne possible. Personnellement, par rapport à ce que je faisais avant, j’analyse au mieux ce qui aura le mieux vieilli. Je me suis vite aperçu que c’était ce qui était pile entre-deux. Ni trop épais, ni trop fin : un tracé bien net. Lorsque c’est trop fin, le tracé apparaît moins régulier en vieillissant et à contrario trop épais, le trait se diffuse un peu. C’est avec un peu de recul que tu comprends qu’un trait net se doit d’être plutôt moyen, sans trop de détails afin de mieux traverser le temps. 

Te concernant, peux-tu nous parler un peu de tes tatouages ?

Stef Holl m’a pas mal tatoué puis j’ai fait un bras avec Twix (Fat line tattoo Club, Bordeaux) quand il était chez Eskimo. La main c’est Saint Germain, tout comme un côté du cou et de l’autre côté c’est Shammus. J’ai aussi un tatouage de la « Bagarre » sur le genou par Eskimo, fait à Toulouse avant que je ne commence à tatouer.

Je me suis aussi fait piquer par Tony Torvys de Montréal, David de Popink qui m’a fait une belle mouette avec la « Bonne Mère », entre potes. Anem, Iris Lys… et finalement Tony Danessa, un tatoueur de 70 ans, sa boutique se nomme PSC Tattoo. Il nous a montré ses photos avec Filip Leu avant de prendre ses machines, qui ronronnent comme personne ! Un vrai boucan. Avec Germain nous avions profité d’une halte à Laval lors d’une convention pour se faire piquer « à l’ancienne ». 


Informations :

Article écrit à l’origine pour la Revue#1

Steve Ng / @steve_ng_

Chris Marxx / @chris_maxx_