Soeurs d’Encre : se reconstruire après le cancer

Texte : Marie Dzimbalka / Photographies : Nathalie Kaïd pour Soeurs d’encre

A l’occasion d’Octobre Rose, 22 artistes se sont mobilisés de manière bénévole auprès des victimes du cancer du sein. 26 personnes ont été tatouées lors de la 3ème édition de Rose Tattoo, organisée à Bordeaux par l’association Soeurs d’Encre.

Fondée en 2017 par la photographe Nathalie Kaïd, « Soeurs d’Encre » vient en aide aux femmes qui souhaitent se faire tatouer après un cancer du sein. Elles sont mises en relation avec les artistes par l’association, qui travaille en parallèle avec des spécialistes de l’institut Bergonié. Chaque année en écho à Octobre Rose, mois de campagne nationale de lutte contre le cancer du sein, des artistes formés s’engagent à tatouer gratuitement durant l’opération Rose Tattoo. Au nombre de 8 à son lancement, c’est désormais 21 tatoueuses et 1 tatoueur qui ont répondu présent du 8 au 12 octobre. Dotwork, néo-traditionnel ou floral – pour ne citer que quelques-uns des styles représentés – les futurs tatoués ont eu l’embarras du choix.

Les femmes sont de plus en plus nombreuses à franchir le pas du tatouage réparateur. Que ce soit suite à une mastectomie totale ou pour masquer une cicatrice après une tumorectomie, l’initiative s’adresse à tous. Soeurs d’Encre n’oublie pas non plus les hommes touchés par la maladie puisque l’un d’eux a été tatoué durant la semaine Rose Tattoo 2018. L’association apporte un appui précieux à ces victimes dont le corps reste parfois meurtri par ce long combat. Au délà de l’aspect esthétique, ces stigmates sont souvent bien plus dures à porter sur le plan psychologique.

inter Odré Tattoo 2014

Odre Tattoo

inter Fhöbik

Fhobik Tattoo

Pour Marie Madeleine, guérie d’un cancer de stade 4 à 53 ans, se faire tatouer était le seul moyen de renouer avec sa féminité : « J’avais honte de mon corps, de moi. Ce n’était plus possible dans mon intimité avec mon compagnon. Je ne mettais que des grosses brassières, je n’avais plus envie de lingerie. Je ne me supportais plus, je me rejetais. Mais il était trop difficile, douloureux, de revenir à l’hôpital et qu’à nouveau on m’ouvre le sein. Je ne voulais plus qu’on y touche médicalement. Le tatouage est alors apparu comme une évidence, un miracle. Je ne me voyais pas passer la porte d’un salon et montrer mon sein. Rose tattoo c’est rassurant, elles savent de quoi il s’agit, elles travaillent avec l’institut Bergonié ce qui est très cadrant. Je souhaitais une inspiration japonisante et Audrey la tatoueuse était partante. Une confiance s’est faite immédiatement avec elle, c’était essentiel. Une carpe koï est venue envelopper mon sein, avaler cette cicatrice, les écailles dissimulent une vilaine bosse.  6 heures de tattoo, une douleur supportable et un rendu magique. Mon conjoint espérait que je ne me fasse pas tatouer pour lui, il fallait que ça soit MA décision. Je me sens encore plus femme, j’ai des compliments sur le tattoo, les gens le regardent. Avant c’était ma cicatrice qui attirait le regard. Je suis très heureuse de l’avoir fait, le tatouage c’est ma récompense pour tout ce que j’ai traversé. »

Avec son livre « S’aimer tatouée« , Nathalie Kaïd s’était déjà intéressée au tatouage féminin dans une optique de réappropriation du corps. Convaincue des vertues thérapeutiques du tatouage et portée par son succès grandissant, elle aimerait dupliquer Rose Tattoo dans d’autres villes de France. L’association Soeurs d’Encre repose entièrement sur le bénévolat et recherche toute l’année de nouveaux artistes pour prendre part au projet. N’hésitez pas à la contacter si vous tatouez sur cicatrice ou si vous voulez y participer.


La semaine Rose Tattoo 2018 s’est déroulée du 8 au 12 octobre, 9 rue de Condé à la Maison Rose de Bordeaux.

Site internetFacebookInstagram

inter Cécile atelier 105 bis 5

2 filles en aiguilles

inter odré Tattoo 345

Odre Tattoo

Rose tattoo ┬®Nathalie Kai╠êd 322

Odre Tattoo

Rose tattoo ┬®Nathalie Kai╠êd 389

Odre Tattoo et Alex Labeguerie