Roberto Dardini, une force tranquille

Texte : Stefayako / Photos : Slaine Grew, Roberto Dardini

Fils de bûcheron, cuisinier, physionomiste puis tatoueur, le parcours de Roberto Dardini force le respect. Il a su faire de son aisance relationnelle, de sa rigueur et de son calme sa marque de fabrique. Sur le plan artistique, son style réaliste trash se nourrit de ses expériences picturales pour se renouveler. Artiste tatoueur depuis plus de 20 ans et fondateur de shops et d’événements emblématiques de Paris, Roberto aime tout autant se consacrer à la peinture et à sa bergerie au fond des bois.

Volonté d’entreprendre

Après un apprentissage en cuisine dès 13 ans, Roberto fait ses armes dans un grand restaurant alsacien et obtient le titre de meilleur apprenti. Ce métier très formateur lui permettra d’acquérir des qualités qui lui serviront toute sa carrière durant : la rigueur, la persévérance et l’esthétisme. Car déjà à l’époque « ce que j’aimais dans la restauration, c’était la décoration des plats, le côté esthétique. » S’ensuivent des années de travail à son compte dans l’hôtellerie puis la découverte du milieu de la nuit lyonnaise en tant que physionomiste de boîte de nuit, simultanément aux premiers essais encrés.

La décision de devenir tatoueur prise, Roberto monte à Paris, achète son matériel chez Bruno de Pigalle et s’entraîne sans relâche avant de rejoindre l’équipe du Chat percé. Il initie l’activité tatouage dans ce shop incontournable de piercing pendant 4 ans. « Rentrer dans le tattoo c’était facile. Si tu savais faire un portrait réaliste, tu étais le roi du pétrole. Ce n’était pas aussi technique que le niveau actuel. »

Roberto Dardini dos

Il crée ensuite Art Corpus  en 2004. A cette époque, il faut savoir tout faire, du polynésien au réalisme, en passant par le tribal et les lettres chinoises. L’équipe est réduite  à son apprenti David Morrison. Léa Nahon et Ludo de G-gen les rejoignent bientôt et l’équipe s’agrandit allant jusqu’à une douzaine de résidents. Pour Roberto « c’est la famille, c’est une énergie folle, on travaille toujours ensemble aujourd’hui.  Au-delà du tattoo, c’est ma plus belle réussite. »

En parallèle de l’aventure Art Corpus et en réponse à une demande très forte, Roberto lance en 2009 la Tattoo Art Fest, convention de tatouage à Paris. L’idée est audacieuse : casser les codes et clichés du tattoo. Tatoueurs, dessinateurs de BD et graffeurs se mêlent aux skaters dans une ambiance résolument moderne et inspirante. « Je rêverais maintenant d’organiser une convention dans une vieille chapelle avec un concert de musique classique. »

Roberto Dardini visage

Quand il quitte Art Corpus en 2013, c’est pour se mettre au vert. Partir dans les Pyrénées, dans une vieille bergerie au fond des bois. Pour un fils de bûcheron, vivre en forêt n’est pas impossible. Son projet est de proposer un studio de tatouage isolé dans la nature, où l’immersion serait totale.
Du projet individuel et dans un objectif d’avenir à moyen terme est née l’envie de construire un nouvel espace parisien avec ses amis « trafiquants de peau ». Un véritable port d’attache. En collaboration avec Lionel Fahy et Adrien Boettger, Roberto ouvre Les Derniers Trappeurs en 2018. Un shop de 210 m² à la décoration sombre, feutrée et chaleureuse. Les ont rejoint Estelle Garbo, Sacha Made with love, El Patman, Louise la Brocante et Mr Grognon. L’esprit de famille règne dans cet atelier privé qui prend soin de ses clients.

La base, c’est le respect de la personne. Il n’y a pas de mauvaise idée et le respect du client nous permet de vivre.

Roberto Dardini

Le respect avant tout

Quand on demande à Roberto les qualités nécessaires pour être un bon tatoueur, il répond sans hésiter « la base, c’est le respect de la personne. Il n’y a pas de mauvaise idée et le respect du client nous permet de vivre. » C’est ce calme et cette bienveillance rassurante qui lui assurent, outre un talent certain, une clientèle fidèle. Dix ans plus tard, certains clients reviennent et lui demandent un cover « ça fait énormément plaisir, mais il y a une sacrée évolution entre mes débuts et maintenant. Je suis trop content qu’ils viennent me voir, je n’avais pas forcément les connaissances techniques que j’ai aujourd’hui. » Avec le temps et l’expérience acquise, Roberto sait parfaitement ce qu’il souhaite exécuter comme tatouage. Il sait ce qui est visuel et impactant, et ce qui vieillit bien. Il prend le temps avec ses clients pour leur expliquer ses choix quant à la disposition d’un motif en fonction de la morphologie de la personne ou pour comprendre quelle émotion doit être retranscrite. « Le tatouage va mettre le corps en valeur et le corps va mettre le tatouage en valeur. »

« On a une clientèle qui nous correspond. Les gens que j’ai actuellement ne pourraient pas aller se faire tatouer par un jeune de 30 ans. Je tatoue des personnes de 50 ans qui sont des banquiers, des grands flics, des avocats, des notaires ou des chefs d’entreprise. Ils ont besoin d’avoir confiance. »

Roberto Dardini corbeau

Et après ?

Pourquoi la peinture ? Parce qu’elle est source de totale liberté. Habitué aux contraintes corporelles, peindre n’oppose plus de limites. Cette pratique lui permet de casser la routine, de réactiver la passion et même de nourrir son tatouage. « D’ici quelques années, j’aimerais vivre la moitié de l’année dans les bois et l’autre moitié à Paris. J’ai besoin de trouver un équilibre. Je pourrais tatouer quelques clients en pleine nature et peindre, puis remonter à Paris pour des expositions. »

Roberto

De l’époque où le tatouage rimait avec rébellion et marginalité, il regrette certainement la simplicité et la rareté de cet acte. La démocratisation est bien en marche, avec son lot de bons et mauvais côtés. Et cela évolue vite, parfois trop vite. Il est ouvert mais avoue que le tatouage du visage et des yeux lui pose problème. Trop extrême. « A mon époque aussi c’était à fond. Des mecs qui étaient en costard-cravate et qui avaient plus de 50 piercings sur le sexe, je connais ça depuis 20 ans mais c’était intime, cela ne touchait pas le visage. »

La concurrence ne lui fait pas peur, bien au contraire. Le niveau technique actuel est tellement haut qu’il permet de se surpasser. Quant à l’avenir du tattoo, il a sa petite idée. « Il y a tellement de jeunes qui veulent devenir tatoueur qu’on va en arriver à un fonctionnement comme les salons de coiffure. Il y aura un patron et des employés. » Pour lui, il sera un jour nécessaire de passer un diplôme type CAP pour apprendre les bases anatomiques et techniques du tatouage pour exercer professionnellement. Sera-t-il visionnaire ?


Instagram / Les Derniers Trappeurs

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