Jimi Jugio – De Vermeer à Magritte

 

Article paru dans Rise Tattoo Magazine Dec-Janvier 2017
Photographies : ©Blackstone707 photographies

Français expatrié à Brighton Jimi Jugio est de retour à Paris. Il a ramené dans sa valise cet esprit libre anglo saxon, parfois extravagant, mêlant salons de tatouage et toilettage pour chiens, la cité anglaise de Brighton regorge, en parallèle, de salons réputés. Mais le salon qui a le plus marqué Jimi Jugio c’est Frith Street, qu’il fréquente en pleine apogée du shop. Il admire Valérie Vargas et passe ses après-midi à l’observer tatouer. Collectionneur il se fait aussi tatouer par Sarah Carter dont il a plusieurs pièces, avant de lui même prendre l’aiguille.

Ses projets en noirs et gris sont teintés de surréalisme, utilisant à volonté des shadings en dotworks et une bonne dose de réalisme quant aux références majoritairement historiques ou littéraires. Ses compositions prennent littéralement vie sur les peaux, bluffantes d’imagination. On pourra aussi bien admirer Napoléon chevauchant un hippocampe qu’un ange et un démon représentés dans un style néo-classique. Une recherche de style, inspirée les grands peintres contemporains car le tatoueur se révèle aussi être musicien punk rock ayant parcouru les couloirs des Beaux-Arts.

Tu travailles principalement le noir et très peu de couleurs, pourquoi ?

Le noir m’est venu car c’est un moyen rapide et efficace de faire un motif. De plus ça permet de s’adapter au budget qu’ont les clients et en fonction, j’adapte le motif. Le noir reste rapide et efficace visuellement, il est contrasté et solide. C’est du noir, du charbon, c’est naturel et ça vieillit mieux sur la peau. La couleur j’en fais rarement mais si on m’en demande je me dirige vers le traditionnel. Je peux aussi ajouter une touche de couleurs sur mes motifs mais l’environnement de la Maison des Tanneurs, où beaucoup de tatoueurs encrent du noir, fait que mes clients viennent vers moi pour du noir ou n’osent pas forcément me demander de la couleur.

 

Depuis combien de temps approches-tu ton travail en mariant dotwork et réalisme de cette façon ?

Je tatoue depuis 7 mais ça fait environ trois ou quatre ans. Personnellement je ne peux pas dire que j’ai un style particulier, je n’y crois pas en général mais je crois plutôt avoir un sens de l’esthétisme. Tout est une question de choix, il y a des choses que je fais et d’autres que je ne ferai pas, mais bien sûr quand tu apprends à tatouer tu fais de tout. Le dotwork lui est venu par nécessité de travailler des zones plus petites sans magnum, utiliser le Dot ça me permet de plus jolis contrastes. j’en fais quand j’ai besoin, pas pour en faire ou alors uniquement quand les gens me le demandent. J’aime l’utiliser avec parcimonie, pour donner une texture ou un côté marbré. Le réalisme lui m’intéressait plus en peinture ou en dessin qu’en tatouage. Au début je voulais encrer du traditionnel.

Wallace, mon colocataire à l’époque faisait du gros trad’ en couleurs et c’est ce vers quoi je voulais me diriger. C’est aussi lui qui m’a appris à faire des lignes propres et j’admirais le traditionnel pour cet aspect. Puis mon entourage m’a poussé à utiliser ma formation en arts appliqués et mes compétences de portraitiste et d’en tirer parti dans mes tattoos. C’est la raison pour laquelle j’ai fait des motifs plus réalistes et noirs. Mais le principe de se baser sur une photographie m’ennuie un peu car tu dois respecter et copier un visuel. C’est un genre dédié à la technique puisqu’il faut que le tatouage soit au plus près du visuel et personnellement je trouve ça intéressant de mélanger un peu les deux : la technique et la créativité.

jimi jugio

Tu as commencé le tatouage à Brighton après tes études, comment ça c’est passé?

J’ai fait des études d’arts appliqués à Nantes, ensuite je suis rentré aux Beaux Arts et j’ai déménagé en Angleterre où j’ai commencé à tatouer. J’ai plus ou moins réalisé un apprentissage. J’ai surtout eu la chance d’habiter avec un tatoueur qui est devenu mon maitre d’apprentissage. Je le voyais dessiner le soir et comme je voulais être peintre et illustrateur à l’époque, on a commencé à travailler ensemble. Au bout d’un moment je me suis dit : pourquoi pas moi ? Alors je lui ai demandé de m’apprendre mais bien sûr, il a refusé tout en me répétant de rester peintre. En insistant un peu j’ai pu obtenir quelques conseils et j’ai fini par acheter une machine et à tatouer, sous sa supervision. Il m’a appris les règles d’hygiènes et un jour j’ai posté une photographie d’un tatouage sur facebook et tout de suite, un pote m’a appelé pour me demander si j’étais libre le lendemain. C’était mon premier tatouage ! Mais ça ne l’a pas arrêté et moi non plus puisque j’ai commencé ainsi. J’avais la pression, c’était une boutique walk-in très traditionnelle et à l’époque on faisait tout simplement les demandes des clients et très peu de custom.

Pourquoi tatouer de ton point de vue?

Le tatouage regroupe tout ce que j’aime. J’adore dessiner, j’adore peindre et surtout j’adore le contact avec les gens. Si le processus de création est solitaire dans certaines pratiques artistiques, dans la pratique du tatouage au contraire, le rapport avec le client est important car tu rencontres toujours une nouvelle personne. Ca me correspond bien.

Tes compositions font références parfois à Vermeer comme Magritte, pourquoi ?

J’adore le surréalisme et tout ce qui est artistique. J’ai fais toute une planche de flashs en reprenant des motifs de Magritte et ça rend super bien en tatouage : tout est là. Il aurait vraiment dû être tatoueur !

As-tu d’autres sources d’inspirations ?

La musique, je joue dans des groupes de musiques depuis que j’ai 14 ans, et j’ai joué dans plein de groupes rock et punk rock à Brighton, mais pas métal. J’écoute L7, des groupes de grunge, The Distillers, Queen of the stone age, PJ Harvey c’est le genre de groupes que j’aime bien avec des paroles un peu sombres et une atmosphère romantique. Il faut qu’il y ait une mélodie aussi, c’est le plus important la mélodie ! J’avais un groupe qui marchait pas trop mal à Brighton, qui s’appelait Samantha Foxx. On a fait un concert organisé par Vice et ils ont orthographié le nom comme celui de la chanteuse, peut-être qu’ils ont fait exprès pour faire venir beaucoup de gens mais du coup on s’est retrouvé avec une salle pleine de fans de la blonde pulpeuse des années 80. La ville et l’architecture sont aussi des sources d’inspiration car Paris a un côté sombre et romantique. J’essaie de m’inspirer d’autres choses que de tatouage, dès que je peux j’adore aller au Louvre et faire des musées.


 

jimijutattoo@gmail.com
@jimijugio

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