Dot : « Il existe une esthétique du tatouage. »

Texte et photographies : François Capdeville

Dot est passionnée par les oiseaux. Et elle l’affiche sous deux formes : d’abord, en soutenant la Ligue de la Protection des Oiseaux, mais également en parant son corps de ses oiseaux fétiches. Chers lecteurs, on vous présente Dot, développeuse web et Suicide Girl.

Dot, comment as-tu découvert l’univers du tatouage ?
Et bien je crois que cela se rapproche de ce que l’on pourrait appeler un long cheminement intérieur. J’ai toujours trouvé les tatouages très esthétiques, depuis que je suis enfant. En parallèle, je me souviens qu’ado, j’avais déjà conscience que les goûts peuvent évoluer. Du coup, j’ai attendu d’être certaine de mes choix pour franchir le pas. Enfant, j’étais passionnée par les loups. Ces derniers ont fini par être détrônés par les oiseaux à mon adolescence.


Ta famille était-elle sensible à l’esthétique du tatouage ?
Non pas du tout. Mon père était contre le tatouage. Bon, il ne m’a pas connue tatouée parce qu’il est décédé quand j’étais jeune. Ma mère non plus n’aimait pas cet univers et n’a jamais fait mine de s’intéresser à ma démarche. Au début, je faisais attention à cacher mes tatouages pour ne pas la heurter. Si elle avait pris le temps de s’y intéresser un peu, elle aurait remarqué que mes premiers tatouages reprenaient -de manière inconsciente- des motifs qu’elle avait l’habitude de dessiner quand elle était illustratrice. Je pense qu’en tant que mère, elle m’a vue arriver au monde avec une peau vierge et que le tatouage est venu interférer avec sa création.


Quel a été ton premier tatouage ?
Il s’agit de la tête de faucon tatouée sur l’extérieur de mon bras gauche. Il ressemble aux estampes que faisaient ma mère. Il a été le premier d’une longue lignée d’oiseaux tatoués sur mon corps.

Dot


Tu fais partie de la communauté des Suicide Girls…
Oui depuis 6 ans. Quand j’étais au lycée, les copains avaient des Suicide Girls en fond d’écran sur leurs ordinateurs. De mon côté, je trouvais qu’elles correspondaient à mon idéal esthétique de l’époque : des filles tatouées, percées, rock ‘n roll, les cheveux colorés… Je les trouvais belles. Et puis un jour j’ai décidé de les contacter. Et j’ai été prise. Après, il faut être disciplinée puisqu’il faut donner de la visibilité à son profil pour le faire vivre, notamment en publiant des séries de photos et en maintenant un échange avec les personnes qui nous suivent.


Qu’est-ce que cela signifie pour toi d’être reconnue Suicide Girl en France ?
Je suis fière de faire partie de la communauté des Suicide Girls. J’aime son histoire, les principes et les valeurs qu’elle défend. Je rappelle qu’il y a vingt ans, le concept Suicide Girls était une initiative plutôt féministe qui visait à affirmer la position de la femme tatouée dans une société prisonnière des stéréotypes. Déjà un homme tatoué, ça faisait mauvais genre. Alors, une femme ! N’en parlons pas.

Au début les filles se prenaient elles-mêmes en photo, nues et tatouées. Quels que soient le physique et l’origine ethnique. Après, j’y vois quelques limites : en s’ouvrant à des profils de femmes non tatouées et non percées, Suicide Girls a fait le choix de répondre à une certaine demande masculine pour augmenter son audience.

Dot


Tu es très active sur les réseaux sociaux : pourquoi afficher ton corps tatoué est-il important pour toi ?
J’essaie de montrer qu’il y a une esthétique du tatouage et que l’on peut regarder les pièces tatouées comme des tableaux de peinture. Même si certains pensent encore que le tatouage est de la mutilation, je trouve que le regard a changé, même dans le milieu professionnel. J’aime l’idée de promouvoir qu’être tatouée n’empêche pas d’être sérieuse et professionnelle. J’ai fait des études, j’ai longtemps travaillé dans les technologies de l’information, et aujourd’hui je suis épanouie dans mon travail. Il y a encore beaucoup d’idées reçues qu’il faut lever.

D’ailleurs, j’ai envie de faire un parallèle avec la photo de nu où là pour le coup, je suis très engagée. Je veux montrer que la nudité peut être désacralisée de manière universelle et qu’elle n’est pas forcément synonyme de sexualité.

Dot buste

Dans ma mythologie personnelle, j’ai le sentiment d’être sous l’égide d’un animal particulier, comme un totem. J’ai donc tatoué les animaux importants dans ma vie, ici, un rouge gorge et une hirondelle.


Au niveau du plexus, tu y verras le cube simplifié de Metraton, un archange du monde divin selon la tradition juive. Ce cube regroupe plusieurs figures géométriques que l’on retrouve dans la nature. Pour certains, c’est un symbole de protection. (Tatoueur : Rorschart à Nantes)

Dot doigts

L’encre blanche sur les doigts : certains me demandent si ce n’est pas de la scarification. (Tatoueuse Placide Avantia, à Aix en Provence)

Dot corbeaux

Mes deux corbeaux, Hugin et Munin, de la mythologie nordique, qui veillent sur moi. (Tatoueuse Placide Avantia, à Aix en Provence)


Tu peux voir sur mon avant bras droit des tours de bras sur le modèle du film The Fountain. Chaque trait correspond à chacune des années passées ensemble. (Tatoueuse Placide Avantia, à Aix en Provence )

Dot démons

Et voici mes démons sur les tibias. J’écris de temps à autre et dans une de mes histoires apparaît un démon. Un jour en passant devant le shop de ma tatoueuse, j’ai vu ce dessin qui correspondait totalement à l’idée que je m’en faisais. Je l’ai tatoué direct. Et j’ai rajouté sur l’autre tibia un autre démon de la forêt pour équilibrer.


Dot : Instagram / Suicide Girl