Arnaud : « Mes tatouages célèbrent la féminité »

Texte et photographies : François Capdeville

Arnaud a deux vies. Le jour, une veste sur les épaules, il conseille ses clients pour lesquels il organise des événements. La nuit, il troque sa veste contre son cuir avant de gagner le quartier de Pigalle où il officie au club mythique Bus Palladium comme responsable de l’équipe des Relations Publiques. C’est donc naturellement au Bus Palladium que nous retrouvons Arnaud.

Quel a été ton premier tatouage ?

J’ai fait tatouer sur mon torse « Elle » suite à la disparition d’une amie proche. A l’époque je ne pensais pas me faire tatouer, même si j’ai toujours trouvé cela très esthétique. Ce tatouage est venu à moi naturellement puisqu’il m’a permis de faire le deuil d’un départ que je n’arrivais pas à accepter. Quand on m’interroge sur ce « Elle » énigmatique, et bien il me permet de parler d’elle et de raviver son souvenir.

Est-ce que tes proches (famille, amis…) ont une culture du tatouage ?

Alors, du côté de ma famille, il faut savoir que ni mon père et ni ma mère ne sont favorables. Ils considèrent que c’est une mode et que je me suis fait tatouer par influence. Je me laisse convaincre que ma mère ne veut tout simplement pas que le corps de son fils, qui est son fruit, ne soit modifié. Malgré la différence de perception, je ne leur ai jamais caché mon intention de me faire tatouer et par la suite mes tatouages. Même si nous ne sommes pas d’accord, j’ai la chance de faire partie d’une famille où l’on s’exprime très facilement.

En parallèle, je fais partie d’un autre univers beaucoup plus favorable aux tatouages, celui de la nuit et de la musique. Il suffit de passer une tête au Bus Palladium pour s’en apercevoir très rapidement. Pour te dire, quand on se retrouve avec des copains ou des connaissances autour d’une table, le jeu est souvent de deviner celui qui n’est pas tatoué.

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Tu nous expliquais qu’à l’origine tu n’avais nullement l’intention de te faire tatouer jusqu’à ce terrible événement. Depuis, tu as multiplié les tatouages….

Je vais répéter ce que bon nombre de tatoués confirment : lorsque l’on a mis le doigt dans l’engrenage, on ne peut plus s’arrêter. Je continuerai parce que j’aime l’idée de marquer mon corps à vie, j’aime le rapport privilégié passé avec un artiste tatoueur. J’aime la sensation de me faire piquer. Et puis, il y a également cette dimension esthétique. En gros, quand il y en a un, on a rapidement envie que d’autres viennent l’accompagner…

Comment choisis-tu tes tatouages ?

C’est assez aléatoire. Ils peuvent être en lien avec une rencontre, un souvenir, un moment suffisamment marquant pour que j’ai envie d’en conserver une trace. C’est un peu comme Dumbledore, le vieux magicien dans Harry Potter, qui utilise une fiole pour rassembler toutes ses pensées et qu’il peut ressortir plus tard. Sauf que mes tatouages me renvoient tous les jours à une pensée, un souvenir. Par exemple, j’ai un « Beyond the Dream » gravé sur le corps, tout simplement parce qu’un jour j’ai parié sur un cheval qui s’appelait Beyond the Dream et qui malgré sa cote défavorable, a gagné. Ce moment passé à l’hippodrome correspond également à un très bon moment passé avec quelqu’un qui compte beaucoup pour moi.

J’en profite pour te confier que mes tatouages ont en commun de célébrer ce qui est « féminin ». Le « Elle » dont je te parlais renvoie par extension à la nature féminine. Si tu observes le galion sur ma cuisse, tu y verras une sirène sur la proue. Idem avec cette serrure à travers laquelle on peut y voir une femme de dos. Pas besoin d’être fin psychologue pour deviner que je suis sensible au « féminin » et toutes ses qualités telles que la douceur ou l’écoute. J’ai toujours eu plus d’amies que de potes d’ailleurs et je suis plus à l’aise avec les femmes qu’avec les hommes.

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« Sur l’épaule, un flash fait par Eddie Czaicki. Nous étions une trentaine à attendre notre tour dans la rue. Il est très ressemblant au logo de L’US Marine Corp. J’ai également le fameux « Amour » de Jean-Luc Duez qu’il signait dans les rues de Paris. Il est mort l’année dernière et j’ai voulu lui rendre hommage. Le « lucky » à la Sailor Jerry me rappelle que j’ai pas mal joué au poker en tant qu’amateur et que l’on a tous envie d’avoir de la chance dans la vie. Il a été fait par Léo, un tatoueur qui officie dans le 10ème. Enfin, la femme au pistolet dont je te parlais et réalisé par Delphie Chu ».

Quel est ton tatouage préféré ?

Je me rends compte que l’on se souvient plus facilement des tatouages les plus récents. J’aime beaucoup ce flash de Delphie Chu qui représente une femme avec un pistolet. Je me souviens l’avoir harcelée pendant 3 jours -ce qu’il ne faut jamais faire avec les artistes tatoueurs car ils ont un emploi très chargé -. Delphie est en tout cas une super tatoueuse, très douce et très talentueuse.

Y’a-t-il une partie du corps que tu ne feras jamais tatouer ?

Alors, je ne toucherai jamais à ma tête : mon visage est mon identité et je ne veux pas le modifier. Mais je respecte totalement les gens qui se font tatouer le visage. Sinon, j’adorerais faire les mains. Mais je ne suis pas encore prêt, sûrement pour des questions professionnelles. Même si des clients m’ont déjà vu en chemisette l’été, et donc mes bras tatoués. Je n’ai jamais subi une quelconque remarque.

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« Léo m’a également tatoué cette serrure avec la nana de dos. C’est un hommage à Pigalle, mon quartier, mon village ! Retour à Eddie Czaicki qui m’a aussi fait cette hirondelle toujours avec le style Sailor Jerry. Je l’ai fait avec une ex-petite copine. Ce sont des bons souvenirs ».

Quel est ton prochain projet ?

Je partirai probablement sur un délire tribal mais en mode second degré. Peut-être écrire sur le bas du dos « tribal » en toutes lettres. Et sinon je ferai volontiers quelque chose qui me renvoie au Bus Palladium. Peut-être ces quelques mots de Gainsbourg pour ce club qui occupe mes nuits depuis quelques années maintenant. Par contre, ce qui est certain, c’est qu’il y aura toujours un clin d’œil à la féminité qui -comme tu l’as compris- est très importante pour moi. Je me souviens m’être braqué le jour où une amie me faisait remarquer que j’avais une grande part de féminité en moi, maintenant je l’assume complètement et mes tatouages sont aussi là pour l’exprimer.

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« Voici mon galion et sa sirène sur la proue. Pourquoi un galion ? parce que c’est magnifique. Je faisais des maquettes avec mon père d’ailleurs quand j’étais petit. Il reflète aussi l’enfance et sa fascination pour les pirates. Et, parce que l’on cherche tous quelque part sa sirène, j’ai demandé à mettre cette sirène sur la proue du bateau. La pièce est signée par mon pote Nico Bandini qui habite à Lyon ».

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« J’aime beaucoup ce contour de bras fait par Bichon de Golden Rabbit. Un beau travail de dots en dégradé qui est très apprécié. Je trouve les tours de bras très esthétique. Il a passé 3 ou 4 heures dessus ».

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« Un papillon sphinx, en mode Old School, réalisé par Eddie Czaicki. Je collectionne les papillons et je m’intéresse à l’entomologie. Tatouer un sphinx était donc naturel. Et j’aime bien son côté rock, à cause de la tête de mort ».

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« Le cactus dans l’intérieur de mon mollet est lié à un souvenir de vacances en Espagne. Avec des potes, on a décidé de se laisser pousser la moustache à la mexicaine. On s’est tous fait tatouer en souvenir Gringo loco ».

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22 :22 est « l’heure miroir », c’est à dire l’heure à laquelle quelqu’un pense à toi. Et on a tous envie que quelqu’un pense à nous, non ? c’est Léo qui était à l’aiguille.