« You Won’t Regret That Tattoo » : vieillir tatoué

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« J’aime le fait que ces personnes âgées n’en aient simplement rien à faire de l’opinion des autres », explique Angie Bird, réalisatrice australienne à l’origine de : « You won’t regret that tattoo ». Le court-métrage documentaire fait le point sur l’argument le plus usité des anti-tatoués : le regret.

 « Opinions are like assholes, everyone’s got one and they all stink! »

Qui n’a jamais eu à entendre: « tu le regretteras quand tu seras vieux » ? Pour déjouer cette idée reçue, la publicitaire de métier a créé un premier film esthétiquement et humainement profond. Regroupant des personnages atypiques – Bernice Williams, Rick Gadde, Frank Reid, Chappy, Maria Melnik, Bruce Stewart, Monica Branson -, « vieux tatoués », confiant à la caméra leurs doutes, leurs souvenirs intimes, mais surtout leur féroce personnalité. « You won’t regret that tattoo » est l’affirmation qu’on peut rester fidèle à ses encres, années après années…

You Won’t Regret That Tattoo from angie bird on Vimeo.

Quel était le but de ce documentaire en premier lieu ?

Angie Bird : J’aime le fait que ces personnes âgées n’en ont juste rien à faire de ce que peuvent penser les gens à leur sujet ! J’ai pas mal d’amis tatoués, j’ai souvent remarqué qu’on leur posait la même question : « Tu ne le regretteras pas quand tu seras vieux ? ». J’ai tellement entendu cette phrase autour de moi sans jamais trouver personne qui puisse y trouver la bonne réponse, que j’ai décidé de me lancer sur le sujet.

… comment as-tu trouvé ces différents interlocuteurs ?

Cela m’a pris énormément de temps. En tout quatre mois. J’ai rejoint des groupes comme « avoir 40 ans et s’éclater » sur facebook, puis je suis allée à des conventions et j’ai littéralement distribué des flyers aux gens. J’ai aussi contacté des associations et groupes de vétérans. Lorsque j’ai trouvé Bernie, cette dame si mignonne, qui se fait tatouer dans le film, c’était via une de ces réunions d’anciens soldats. Le genre de réunion où ils vont boire une bière autour d’un barbecue…j’essayais alors de convaincre des marins mais aucun d’eux ne voulaient participer. Ensuite, j’ai parlé à cette femme et elle m’a avoué avoir toujours voulu se faire tatouer. Alors je lui ai demandé d’être dans le film.

« J’aime le fait que ces personnes âgées n’en ont juste rien à faire de ce que peuvent penser les gens à leur sujet ! »

Et qu’en est-il de Rick ?

Quand je suis allée à cette convention de tatouage, j’ai retrouvé un ami qui s’appelle Chappy, qui est aussi dans le film – le gars avec le « cock tattoo » sur sa jambe – mais à part lui je n’ai pas trouvé de gens qui m’intéressaient. Au bout d’un moment, j’allais partir et j’ai laissé un tas de flyers sur une table et même dans les toilettes des filles. Et cette nana, un peu bourrée, qui s’est avérée être tatoueuse, m’a dit « oh !, Mon père est vieux et tatoué… j’en prends un ! ». Elle l’a filé à son père et le lendemain matin, il m’a appelé !

Quel était exactement ton rôle dans la création de ce film ?

J’en ai dégagé le concept entier et je l’ai à la fois réalisé sur un plan technique comme sur un plan artistique. Je savais exactement ce que je souhaitais voir à l’écran, autant dans les décors, les habits, les scènes…J’avais déjà l’idée de faire ce documentaire depuis deux ans ! Et pour 30 minutes de films cela m’a pris un an au complet. Puis, le film est parti pour une année de festivals de films et maintenant que le circuit est clôt, j’ai pu le mettre en ligne.

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On sent que tu as vraiment être au plus proche des gens interrogés dans ce documentaire…

Oui, il y a quelques personnes avec qui je ne suis pas allée jusqu’au bout car je ne sentais rien de profond à raconter avec eux. Avec ceux que j’ai choisis il y eut au contraire, une forte connexion entre nous. Et une fois que je les ai trouvés, je leur ai parlé pendant presque deux mois avant même qu’on puisse envisager de tourner. La plupart d’entre eux n’avaient jamais été devant une caméra. Rick, lui n’avait jamais utilisé skype. Vivant très loin, je devais l’appeler et l’interviewer. De ce fait nous sommes rapidement devenus amis et Rick s’est ouvert sur les abus subit dans son enfance. Mon but était d’arriver à ce même stade de confiance avec tout le monde. Avant même de tourner, je leur demandais si on pouvait aller aussi loin. Je voulais vraiment montrer ça : tous ces gens avec des histoires profondément intimes si différentes les unes des autres.

Cet effort d’intimité, on le ressent aussi dans l’esthétique du film…

J’aime ces vieilles photographies d’archives datant des années 20/30 représentant des gens tatoués où on retrouve la signature du tatoueur écrit en haut de l’image. Voilà pourquoi le décor du film prend l’i:mage d’un vieux tattoo shop où la moitié des murs contient des planches de flashs. Je voulais aussi recréer ces tons délavés de bleu et marron car ça rappelle les vieux tatouages. Cet espèce de filtre à effet vieilli, un peu sombre dans le film donne cet ambiance un peu nostalgique.

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Quel est ton moment préféré du film ?

J’aime la façon donc Bernie raconte que les femmes ont un rôle plus fort dans la société désormais et que de ce fait, elle qui a toujours voulu avoir un tatouage – et qui a toujours été une rebelle d’ailleurs – puisse enfin se laisser aller à se faire piquer ! Pour eux, avoir un tatouage c’est pas si important, lorsque l’on considère tout ce qu’ils ont traversé. Je pense d’ailleurs que si tu as 80 ans et que tu es toujours là à te morfondre et à regretter un tatouage, ça veut dire que tu n’as pas assez vécu !

Es-tu toi-même tatouée ?

Oui, j’en ai un sur les poignets qui représente des oiseaux car mon nom de famille est « Bird ». Ca ne ressemble pas à grand chose maintenant et ce n’est pas très joli. Et j’ai aussi fais une des parties du Ying-Yang avec ma meilleure amie, on était saoul et elle a l’autre parti mais on s’est aperçues que le tatoueur avait utilisé la même partie sur l’une comme sur l’autre…impossible que ça puisse s’emboiter. Pour mon prochain projet je pensais à ce tatoueur russe,Andrey Svetov. J’aimerai vraiment me faire une manchette par lui un jour.

monica_hands monica

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