Tattoo World Strasbourg : le tatouage passé, présent et futur

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Photographies par P-Mod
Du 12 au 23 octobre dernier la « Tattoo World Strasbourg : l’exposition » a tenu lieu de rétrospective sur le tatouage moderne. Après le succès du plus historique, « Tatoueurs, Tatoués » au Quai Branly, le TWS prod. A voulu marquer ses cinq ans d’activités engagées par un événement sortant des sentiers battus. Sans nul doute, la capitale alsacienne a montré son envie d’élever le tatouage au rang de 10 ème Art.

Stef Ness, organisateur et pierceur a emmené son équipe strasbourgeoise au Shadok, Fab Lab’ de Strasbourg, où l’exposition a vibrée au son des dermographes d’une dizaine de tatoueuses françaises et internationales, de shows burlesques, de concerts et conférences. L’exposition animée par un voyage entre passé et futur du tatouage a permis d’en explorer les arcades au plus près de soi. L’événement, élaboré avec Pierre Séjournet, journaliste devenu passionné de tatouage rassemble passé, présent et futur du métier.

Tattoo World l'Expo - D-0

L’équipe s’est mise en quatre pendant 10 jours pour proposer aux citadins un événement culturel de taille. L’exposition s’ouvre via différents angles d’approche sur un aperçu du tatouage ancien à moderne permettant aux badauds d’aborder le genre facilement et à d’autres d’approfondir certains aspects. En utilisant la vidéo, le documentaire et surtout les photographies de P-Mod , Bartosch Salmanski et Eric Lefortson le visiteur, dès l’arrivée, rapproche tatoueur et tatoué . On accède ensuite, dès l’entrée à la reconstitution d’un salon de tatouage des années 60, mais c’est le long d’un mur, qu’on en apprendra plus sur la technique en elle-même.

Dans les vitrines, de véritables petits trésors d’Histoire et d’anthropologie : différents outils de tatouage du monde entier et d’époques variées, issus de la collection personnelle de Stef Ness ou des adaptations, à l’instar des outils Samoans, réalisés par Leanka (Lucky Electric).

Dans cette lignée, sans délaisser l’aspect ethnique, l’évènement aborde un angle plus nuancé: le tatouage de prison en France, et ses outils : « j’ai rencontré par mon métier un vieux gitan, appelé Toff, qui était en prison dans les années 70. Je lui parlais du projet d’exposition et il m’a alors confié avoir été tatoueur en prison. Il m’a proposé de reconstruire une machine, sans problème. J’ai répondu : vas-y chiche ! », raconte Steff, apprenant par la même occasion, les petits secrets de réalisation. « Ils faisaient de la résine à base de mie de pain, l’encre elle était de la semelle de chaussures bouillie dans de l’huile… ».

Techniques de prison mais aussi tatouages de biker en 70, Peppone, tatoueur de Mulhouse oeuvrait dans son salon. En levant les yeux, nos yeux s’arrêtent sur ses reprographies de planches de flashs 70’s. « Ange le fils de Guy Peukert, lui aussi tatoueur, gardait des planches originales, et nous les a donné pour l’occasion ». Comme en témoignent les coupures de presse jointes, le tatoueur est mort lors d’une virée nocturne arrosée et échauffée, avec la police, laissant en seul souvenir de son travail, ces quelques planches. Sasha (Tiger Tattoo) se proposait d’en piquer un ou deux motifs à qui voulait traverser les décennies.

Tattoo World l'Expo - D-0

Ces petites tranches de vies du tatouage français qui  la curiosité. Seul regret ? Le manque de place laissé à ce sujet, plus difficile à documenter.

Car, le défi d’une telle initiative, n’est pas d’aborder le tatouage au sens général mais dans ses recoins oubliés. Et le défi fût relevé, avec la présentation « futuriste » de la machine « Tatoué ». « Il y a eu 45 minutes d’échanges avec des vieux tatoueurs de Strasbourg parfois virulents en abordant cette machine, puis beaucoup ont changé d’avis, et sont retournés voir l’équipe, poser des questions et sont devenus curieux […] on ne peut pas contrôler l’avenir dans tous les cas, je ne suis ni pour ni contre mais je crois il vaut mieux avoir un œil dessus », continue le pierceur.

Le workshop de cette récente invention française : la Machine « Tatoué », imprimante 3D prête à encrer. Cette machine du futur, intègre à la fois des palpeurs situant les parties de peaux et des codes retraçant alors l’image à encrer. Avec son bras, elle peut piquer tout ou partie seule ou travailler avec un tatoueur sur une pièce plus large. Le champ des possibles de cet outil reste à creuser puisque la dernière capacité de l’imprimante 3D « Tatoué » est même de piquer au son de la voix ! Le chanteur du groupe Tat2 Noiz Act s’y est laissé tenter. Dirigeant l’aiguille par le son de sa voix  et se faisant encrer une sorte de soleil sur la tempe au grè des lignes d’un grand classique de la littérature…

Tat2NoizAct @ Mudd Club - oct 16th 2016, Strasbourg

Dynamique et à la fois intimiste, l’exposition réalise un arrêt singulier sur l’avenir. Un parti pris qui révèle l’audace de cette exposition. Un pavé dans la mare !

Le parcours n’est pas encore achevé, la convention féminine de ce week-end a réuni quelques invitées surprises. Morgane du Petit Atelier de Dermographie en fait partie, Pauline Tabur ,Leanka et quelques tatoueuses internationales. Le soir venu, c’est au Mudd Club que les âmes viennent s’échouer devant les expérimentations musicales et dermiques de Tat2 Noiz Act. L’équipe mêle alors avec plaisir vrombissement de dermographes et riff énervés dans une atmosphère plus qu’underground.

Un dimanche qui clôturait la mini convention mais pas l’exposition qui recevait ensuite l’étonnant Pierre Favre aka Piero Sapu, très tatoué. Un trait humaniste à fortes répercussions proposant un live exceptionnel et nostalgique autour de ses groupes passés, allant des BB Docs aux Garçons bouchers. En retour, c’est l’exposition qui a fait preuve d’humanisme, en vendant aux enchères les œuvres pyrogravées au laser des tatoueuses invitées. Les bénéfices de la vente de ces fameuses planches à tartes flambées ont directement été versés à l’association du chanteur ; les « Sans Voix ».

Rock’n’roll et encre ont toujours été liés à la culture du tatouage occidental mais ce qui a fait le charme certain de cet événement indépendant et protéiforme, est bien la générosité qui s’en est dégagée.

Car à la lumière de ces 10 jours intenses, les mentalités ne peuvent qu’en sortir grandies, grâce à l’énergie magnanime investie par Stef Ness et ses collaborateurs, proposant aux plus de 1600 visiteurs de poser un pied sincère et engagé dans cette de passion encrée.


TATTOO WORLD STRASBOURG
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