Le tatouage intra-dermique de Monsieur Bruno

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A Pigalle, se trouvait en 1964, Monsieur Bruno. Ce n’est pas son prénom mais il ouvre la première boutique de tatouage dans le quartier de Montmartre en 1961 et introduit un autre tatouage : celui qui n’est pas issu des bas fonds.

Le jour de la Saint-Bruno, donc, sa carrière de tatoueur commence et il sera plus tard, le principal fournisseur français de matériel de tatouages sous le nom de Jet France. L’INA met en ligne, gratuitement, extrait de ses archives, un reportage de Monsieur Bruno datant de 1964. Il y explique son métier et sa passion. Une vidéo incroyable qui marque un pied dans la modernité pour le tatouage français.

On y apprend comment cet homme, honnête, suit la législation pour ouvrir une boutique ayant pignon sur rue. Mais il démarre en Hollande avec Peter. En évoquant le terme de « campagnonnage », Bruno rappelle le lien qui existe dans la communauté du tatouage et cette passation intime de savoir-faire. Tous deux bourlinguent en camion jusqu’en Allemagne. La pratique illicite du tatouage est rude. Lassé de « la course à l’échalote », il revient au Havre espérant tatouer du marin. Mais ils ne descendent pas à quai. Alors il revient à Paris et s’installe boulevard de Clichy dans un camion…

Ce personnage unique en son genre, a fait la différence entre le tatouage illicite et un cadre légal. Car si Monsieur Bruno respecte la réglementation française pourtant il se fait rapidement exclure de Pigalle par la police. Bruno raconte : « je leur ai dit : – écoutez-moi je veux bien avoir tout ce que vous voulez, mais encore faut-il que je sache que ce que vous voulez !- Du coup comme ils ne savaient pas non plus, les flics, je suis allé boulevard du Palais et là on m’a interrogé. On m’a dit mais qu’est-ce que vous faites ? – Alors, je leur disais : – je fais du tatouage comme ci, comme ça – Mais il faut que vous ayez une autorisation ! – Parce que ça leur paraissait extrêmement curieux qu’un gars fasse du tatouage, sans casier judiciaire, avec l’irrégularité toute bête, toute simple du citoyen lambda que j’étais et que je suis resté ». En une dizaine de minutes, c’est un petit brin d’histoire de la culture du tatouage française sortie de l’ombre qui se partage et fait encore plus vibrer les milliers d’aiguilles qui courent, chaque jour, sur les bras.

Pour en savoir plus sur Bruno, je vous invite à consulter ce billet et celui-ci

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