Saint MolotovA�: Encre brute et lignes naA?ves

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Visuels portraits : A�Melania Avanzato
Non, cet homme-lA� n’est pas un saint. Ce nom d’artiste et ce petit monstre A�trange reprA�sentent bien ce qui se cache derriA?re le crayon. Un art brut, A� part entiA?re, inspirA� de l’art paA?en, des gravures et des arts premiers et natifs. En dA�coule un parcours singulier, qui donnerait matiA?re A� n’importe quel rA�alisateur de biopics en road trips A� la maniA?re de Jack Kerouac. Thierry aka Saint Molotov a cette sagesse des enragA�s qui ont roulA� leur bosse et s’imposent par leur ouverture d’esprit. Son bagage tattoo: il l’a A�difiA� seul, comme beaucoup de choses qu’il a pu construire. « Handmade », son expA�rience vaut de l’orA�! Il lui a mA?me dA�diA� une nouvelle, un peu folle qui rA�vA?le son A?me crA�ative et certainement libre.

Tu es A� l’origine du shop le A�A�Tigre NoirA�A�, quelle est son histoire?

Je suis nA� dans le 91, en banlieue parisienne. En 1989, c’est lA� que tout a commencA� lorsque j’ai dA�butA� un fanzine dans le milieu Trojan skinh and co. Un milieu oA? la culture tattoo A�tait dA�jA� fortement ancrA�e A� cette A�poque. Puis, je me suis fait mon premier vrai tattoo chez Remy en 1991. On trainait rA�guliA?rement lA�-bas. Quelques annA�es aprA?s j’ai ouvertA�: Korova ArtA�Cubby Hall mon atelier et galerie. L’A�vA?nement que l’on a montA� pour l’ouverture s’appelait A�A�Street VoodooA�A� et c’A�tait assez important. AprA?s plusieurs annA�es dans le milieu de l’art contemporain et des galeries mais aussi pas mal de temps A� droite et A� gauche, c’est en rentrant d’un voyage d’un mois A� Hong Kong chez mon pote LA�on Lam que j’ai dA�cidA� d’ouvrir mon shopA�: le Tigre Noir, A� Lyon.

C’est aussi A� ce moment-lA� que j’ai dA�cidA� de ne plus tatouer que dans l’esprit de mes peintures et de mes reliquaires. Le tout, dans un lieu qui me reprA�sente artistiquement et donc super mystique. L’idA�e de Tigre Noir Art and Tattoo House A�tait nA�e. J’y ai organisA� des expositions et pas mal d’autres choses, puis A�tant de plus en plus sur la route, j’ai dA�cidA� de fermer le shop pour me consacrer uniquement A� mes tattoos et rester en vadrouille quelque temps. Je ne sais pas encore si je rouvrirai une boutique en mode privA�, en ce moment je vis d’ailleurs A� Amsterdam.

« Et quand tu veux rA�aliser tes rA?ves, et que tu n’as pas trop de thunes, eh bien, tu relA?ves tes manchesA�! »

A l’origine tu es un autodidacte – comment tu expliques cette approche A�?

Du cA?tA� de mon pA?re ma famille est composA�e d’autodidactes dans plein de domaines. J’ai donc juste suivi le chemin qu’on m’avait ouvert. J’ai appris d’un peu tout le monde en A�tant curieux. Et quand tu veux rA�aliser tes rA?ves, et que tu n’as pas trop de thunes, eh bien, tu relA?ves tes manchesA�! Et tu te lances dans l’aventure. Pour A�a, l’expA�rience est assez brute globalement mais efficaceA�!

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Tu es un peu un A�lectron libre A� plusieurs vies ! Comment rA�sumer ton parcours de touche-A�-tout artistique?

En 2005 j’ai rencontrA� A�Christelle Pernet, une galeriste De l’A�le d OlA�ron. Elle a aimA� ce que je faisais avec des matA�riaux de recyclage que je rA�cupA�rais alors dans ma veille ferme oA? je vivais en Haute Loire. A cette A�poque, je crA�ais tout A�a la nuit pour le funA�! Elle m’a alors organisA� une exposition dans sa galerie en 2005, puis dans de nombreux autres endroits pendant plusieurs annA�es. J’ai ensuite rencontrA� Loren, un artiste et galeriste de Lyon qui m’a donnA� envie d’organiser un festival d’Art singulier en Haute Loire. J’aime partager avec les artistes et le public l’Art que j’aime. J’ai continuA� en showroom puis avec ma galerie… Ce qui me plait, c’est de faire ce que je fais par passion. Lorsque le plaisir s’estompe, je passe A� autre chose. Je fonctionne simplement au feeling dans tout ce que je fais.

Un long parcoursA�! Revenons lorsque tu as ouvert l’ atelier-galerieA�: Korova tattoo, comment et pourquoi crA�er cet atelierA�?

Korova rassemblait uniquement de l’Art. C’A�tait une galerie avec plein d’expositions et d’installations, mais aussi de la micro-A�dition et des rA�sidences d’artistes A� l’A�tranger. Le tatouage A� cette A�poque, c’A�tait complA?tement A� part. J’avais crA�A� ce lieu pour partager avec le public mes dA�couvertes d’artistes dont j’apprA�ciais le travail mais aussi pour exposer mes reliquaires et travaux plus importants. L’atelier-galerie a A�tA� complA?tement construit A� l’intA�rieur A� partir d’un ancien local de maA�ons. J’avais envie de m’amuser et de crA�er quelque chose de mes mains, un projet fou mais qui m’a valu pas mal de souvenirs super coolA�!

A�A�le cocktail Molotov est devenu un peu la neuveine de la banlieue. Quand tu n’arrives pas A� te faire entendre, tu l’allumesA�!A�A�

Tu travailles la sculpture avant d’avoir mis la main sur le dermographe. Quel rapport entre cet art reconnu et le tatouage? Comment as-tu fait la passerelle?

Je fait de l’assemblage et du modelage, mais rien qui ne soit acadA�mique. Je n’ai jamais fait d’A�cole d’Art encore une fois je suis aussi autodidacte sur ce point. A l’A�cole j’ai appris A� monter et rA�parer des machines. Rien n’A�tait acadA�mique, sans mA?me le vouloir, inconsciemment je crois que c’est ainsi que j’aime faire les choses, sans trop me poser de questions. Je fais, puis j’observe si cela fonctionne ou non et si je continue dans cette voie.

OA? en A�tais-tu A� ce moment-lA� niveau dessin et tattoo?

Mes premiA?res couvertures de fanzines datent de 1990. Puis, mes dA�buts A� exposerA�: de 2005. Je dessine depuis donc trA?s longtemps et le tatouage est un milieu dans lequel je gravite depuis 1989 oA? pour la premiA?re fois j’ai accompagnA� des potes chez le tatoueur. Alors en banlieue parisienne. Mais mon premier point au rotring, c’A�tait la mA?me annA�e en cours de dessin industriel. En 2010, ensuite je m’y suis mis sA�rieusement avec les conseils de quelques amis de Lyon comme l’artiste plasticienne Vero de la Croix Rousse , Topsiturby , Sophie Hazha , Bullitt Ballabeni ,le crew de A�A�Tattoo StationA�A� A� Lyon, Igor et LA�o et LA�on Lam de Hong Kong. Je les en remercie beaucoup car ils m’ont motivA� et poussA� A� encrer A� cette A�poqueA�!

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Comment as-tu rencontrA� LA�on LamA�?

LA�on Lam je l’ai rencontrA� car on a des amis artistes en commun comme Loren de la galerie Rage A� Lyon. J’ai exposA� dan cette galerie la premiA?re fois en 2006. Loren parlait souvent de moi A� LA�on et inversement. Un jour, en 2009, A� l’ancienne galerie tattoo A�A�In my brainA�A� , le shop de Bullit Ballabeni, on a fini par se rencontrer. Puis, on s’est recroisA� quelques fois avant de se voir au NA�pal A� la convention de Katmandou, l’annA�e prA�cA�dent le tremblement de terre. Quelque temps aprA?s je suis passA� le voir Hong Kong et lui venait parfois au Tigre Noir pour boire un thA� ou tatouer. C’est quelqu’un que j’apprA�cie beaucoup et on discute de la vie souvent bien plus que de tattoo. Il est vraiment intA�ressant avec a une autre vision du monde et du tatouage…

Ton style s’apparente A� de la gravure, une ligne fine et des compositions fournies, comment dA�finis-tu ton style?

Oui, c’est clairement de la gravure, mais bruteA�dans la ligneA�et naA?ve dans la��interprA�tation. Le tout est toujours intA�grA� A� un univers mystique. Ca me ressemble car je tatoue de maniA?re trA?s personnelle, je tatoue ce que je suis . Mes tatouages racontent alors aussi une histoire ou un morceau de vie. Tout reste dans l’esprit de fanzines que j’ai pu faire il y a des annA�es, je reste fidA?le A� moi-mA?me, avec toujours, cette bonne dose de funA�!

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Raconte- nous ton premier tattoo ?

Mon premier tattoo je suis allA� le jour de mes 18 ans, chez un vrai tatoueur me faire encrer un bulldog anglais avec un drapeau anglais et une typoA�:A�A�A� Stay Rude, Stay RebelA�A�. Un classique de l’A�poqueA�! J’A�voluais dans ce milieu Rude Boy, et j’ai choisi celui-ci dans un catalogue de flash, chez Remy oA? on trainait toujours. Plus tard, mon premier tatouage A�tait avec un rotringe de 0,05 en cours de dessin insdustrielA�: des points sur le genou…

Pourquoi est-ce que tu tatouesA�?

Avant tout, pour le fun. Je passe des moments supers avec mes clients, comme en convention par exemple A� Pau oA? je tatouais au milieu de reliquaires, de toiles avec des amis qui jouaient en live et les machines qui s’ajoutaient A� la musique et l’ambiance. Du bonheur, quoiA�! Mes clients me font confiance, il y a beaucoup d’A�change sur les gravures anciennes, l’alchimie ou l’A�sotA�rique et c’est super enrichissant. J’aime cet A�change car A�a dA�passe le tatouage. Ce n’est pas que A�a, c’est avant tout une rencontre humaine qui s’exprime entre deux univers.

Finalement, raconte-nous l’histoire de ton personnage : Saint-Molotov !

Dans la religion ChrA�tienne, il y a des Saints pour tout. Sainte Rita par exemple, c’est la sainte des causes dA�sespA�rA�es. Quand tu es dans les embrouilles, tu lui poses une bougie neuveine qui brA�le alors pendant 9 jours, pour lui demander de l’aide quand tout le reste n’a pas fonctionnA�. Je suis issu d’une famille de classe ouvriA?re de longue date. Ma grand-mA?re a commencA� A� l’usine en 1940 et m’a transmis cette image de la banlieue prolo, du travail et ce dA?s tout petit. Pour moi ensuite, le cocktail Molotov est devenu un peu la neuveine de la banlieue. Quand tu n’arrives pas A� te faire entendre, tu l’allumesA�! Bon ok, A�a ne dure pas neuf jours mais le principe est le mA?me. J’ai commencA� A� peindre ce personnage sur une sA�rie de toiles en grand format pour la biennale d’Art Hors Normes en 2006. Au dA�part, c’A�tait pour raconter cette forme de prolA�tariat de banlieue. C’A�tait ma vie aussi, puis doucement ma vie a changA� et aprA?s diffA�rents chamboulements et dA�mA�nagements, c’est devenu le symbole d’une introspection de ma vie avec une projection sur l’avenir, comme une sorte de talisman. Un ange gardien que je me suis beaucoup tatouA� aussi avant de l’encrer sur d’autres qui partageaient ce besoin de trouver un Saint qui peut t’aider A� un moment de ta vie et vers qui se tourner.


Saint Molotov exposera le 19 Mai prochain A� la Crash Gallery, Lille : « Saint . Et Caetera »
Peinture, dessins, reliquaires…

Exposition du 19 Mai au 30 Juin 2017
Vernissage le vendredi 18 mai A� 18h30

Ouvert le Samedi et le Dimanche,
De 14h A� 19h,
Ainsi que sur Rendez-Vous,
Au 06.71.88.96.37. /A�antimatieres.asso@gmail.com
EntrA�e Libre
Une sA�rigraphie deux couleurs de l’artiste A� A�tA� A�ditA�e par La Belle Epoque
[arts contemporains] pour l’occasion, elle sera rA�haussA�e A� la main par l’artiste,A�limitA�e A� 40 exemplaires et A� 35 euros, elle sera disponible tout au long de l’exposition.

Insta: @saint-molotov//A�Site web:A�st.molotov.over-blog.comA�//A�TATTOO TRAVELERS
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