Sous le trait d’un vieux serbe

yves duart

©Yves Duart

Sadhu n’est pas vraiment serbe, ni un tatoueur comme les autres. Ce gars-là vient du sud où il est revenu récemment fonder son « OldSerb Tattoo Club ». En plein cœur du vieux Perpignan, il distille un tracé graphique et épuré. L’apprentissage chez ArtCorpus et les pérégrinations parisiennes immortalisées dans le livre ArtCorpus Family, ont eu du bon pour ce tatoueur coriace mais toujours en éveil. Le Serbe travaille sans répit pour étayer un tatouage moderne et son champs des possibles. Aujourd’hui, on le retrouve au cœur de la collection BOOTleg chez ARTtitude. Un ouvrage indépendant et inédit pour découvrir son univers.

Son artwork, Sadhu le Serbe l’expérimente sur plusieurs médiums. Et la photographie est un vecteur de cette richesse artistique sans nom. Admirateur de l’univers étrange de Joel-Peter Witkin et Michael Ackerman, cet enfant d’une génération au regard nouveau sur le tatouage a un style inimitable. Une raison suffisante pour le mettre à l’honneur dans cette nouvelle édition qui promet d’explorer le parcours du tatoueur.

Pour pouvoir acquérir ce bel ouvrage, un seul effort : participer à la collecte de cette édition limitée.

Quel travail as-tu fourni pour cette collection « BOOTleg » ?

Fred (Frederique Claquin, ARTtitude) connait assez bien mon boulot depuis l’édition de Tattooisme. Il suit de près ce que je fais et m’a proposé une place dans sa nouvelle collection BOOTleg pour ARTtitude car mon travail ne tourne pas qu’autour du tatouage. Je fais partie des gens dont il avait envie de montrer le l’univers. J’ai donc fourni une sélection de travaux qui date de ma sortie des beaux-arts en 2001 avec mon arrivée sur Paris, à maintenant. La plupart n’ont jamais été publiés. Personnellement, ça m’a permis de mettre à plat ce que j’ai fait ces dernières années entre tatouage, graphisme, pochoir et comment ils se nourrissent entre eux. Le livre regroupe de manière chronologique mon parcours et sera certainement le meilleur ouvrage pour découvrir tout ce que j’ai pu faire en tatouage ou dessin.

Qu’est-ce qui t’a attiré vers le tatouage ?

Le tatouage est une vieille passion. Et ce bien avant toute autre. Fin des années 80, j’avais à peine 13 ou 14 ans et j’admirais énormément ce médium. J’ai découvert cet art en regardant des revues de moto où les bikers étaient tous tatoués. A l’époque il n’y avait aucun moyen d’en savoir plus…Ca m’a très vite fasciné. J’ai collecté tout ce que je pouvais autour du tatouage pendant des années ! Je ramenais des magazines quand je voyageais à l’étranger. Mes premières influences étaient des gens comme Jonhatan Shaw dont le style de tribal moderne sortait enfin des vieux visuels classiques américains. Ensuite, il y a eut Yann Black, Bugs, Jeff de la Boucherie Moderne ou Navette et toute cette vague graphique qui a lancé un véritable pavé dans la mare.

C’est une « vague » dont tu penses faire partie ?

Je pense être entre les deux. Je fais des choses graphiques et d’autres plus ou moins classiques suivant les sujets que l’on me confie. Voire quasiment pas graphiques, même si j’essaie toujours d’orienter le client vers un point de rencontre entre ce qu’il a en tête et ce que je peux lui amener. J’aime que ce soit un véritable échange, une collaboration.

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Tu es aussi connu pour tes lettrages au style calligraphique, c’est quelque chose que tu apprécies particulièrement ?

J’aime bien, mais j’aime surtout orienter vers un lettrage qui sort de l’ordinaire ! Plus graphique que manuscrit en général. Ce qui est assez drôle, car je n’ai jamais fait de calligraphie pure, mais j’en ai toujours incorporée dans mes peintures. On m’en a vite confié à réaliser ensuite en tattoo. Avec le temps que je prends de plus en plus de plaisir à faire des lettrages qui tendent vers le typographique. C’est une idée que je développe pour détourner les gens de demandes trop standardisées. Dans tous les cas, j’essaie d’amener à une mise en forme qui supporte bien le message voulu.

« Art Corpus, c’est une sorte de gros laboratoire d’expérimentations »

Tu as récemment réalisé l’affiche d’Hallow Ink, la convention de Perpignan, toi qui y es installé depuis peu, raconte-nous ton arrivée là-bas ?

Etonnamment, pour moi c’était la première fois que je réalisais une affiche de convention et j’ai beaucoup aimé! On m’a laissé carte blanche. J’apprécie énormément de pouvoir travailler sur un autre support que la peau. C’est quelque chose qui est nécessaire à mon équilibre, pourtant j’en ai peu le temps. A Perpignan j’ai rapidement été très bien accueilli et avec la convention, j’ai eu une belle mise en avant de mon travail. Pour cela, je leur en suis vraiment reconnaissant. Avant même d’ouvrir mon shop, j’étais déjà bien reçu à Perpignan. J’aurai aussi pu bosser sur place au shop Belly Button qui me l’a proposé.

Quelle différence ressens-tu par rapport à Paris ?

Quelque soit l’endroit, j’ai la chance d’avoir des gens qui me font confiance. J’ai ressenti parfois que la clientèle ici est plus spontanée et me laisse plus de liberté. Certains parisiens sont des « collectionneurs » avec une idée préconçue de ce qu’ils souhaitent. Ils ont fait des recherches, ils ont approfondi le sujet qu’ils veulent. Et c’est bien ! Ils deviennent plus pointilleux. Se sont de vrais défricheurs de styles, pointus en tatouage. A Perpignan j’ai eu des clients qui voulaient juste que j’arrive à mettre en forme l’idée qu’ils avaient en tête, puis me laissaient me lâcher.

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Tu viens d’Art Corpus, le fameux shop parisien. Avec le recul, qu’y as-tu appris ?

Je me rends compte que j’ai été extrêmement chanceux. J’ai été entouré de gens qui ont une volonté de recherche et surtout de sortir du cadre commercial et banalisé que peut parfois revêtir le tatouage. J’étais en ce temps-là, constamment entouré d’artistes confirmés qui m’ont amené à rapprocher mon univers et le tatouage et inversement. Cela aurait été certainement beaucoup plus long avec un parcours d’apprenti classique ou dans un shop lambda. Dès le début on m’a fait confiance et encouragé. Faire mon propre style était envisageable ! Même si tu restes forcément dépendant de la technique et de l’investissement personnel que tu y mets. Art Corpus, c’est une sorte de gros laboratoire d’expérimentations où les gens se font confiance tout en se formant les uns les autres à être plus exigeants.

Du côté de ton shop à Perpignan, comptes-tu toi aussi accueillir d’autres tatoueurs?

A terme, je voudrais une autre personne en plus, mais je commence à peine les recherches. Avant Hallow Ink, j’ai aussi accueilli mon premier guest avec Léa Nahon de la Boucherie Moderne. Et j’espère en faire plus dans les mois à venir.

Ca promet ! Finalement, une chose m’intrigue…pourquoi ce surnom : « le Serbe » ?

Ah ! (surprise) c’est vraiment un « private joke » stupide, qui remonte à loin. A l’époque, il y avait ce conflit en Serbie et le pays avait une très mauvaise image générale. On se traitait alors entre nous de « vieux serbe ». Bref ! C’était vraiment une grosse connerie !

En espérant que les fonds soient réunis, s’il devait y avoir un seul tatoueur à qui dédicacer ce livre, ce serait qui ?

(Quasi immédiatement) Roberto Dardini. Le patron d’Art Corpus. Car de cette rencontre, beaucoup de choses ont découlé.

Old Serb Tattoo Club
1 rue du Théâtre
Perpignan.

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