Rude : de Bruxelles A� San Francisco

rude par ©Vertie

 

Photographies : A� Vertie Photographies

Le 23 Keller a cA�lA�brA� ses 20 ans ce week-end. Une A�tape importante qui marque la pA�rennitA� du shop. Clients, copains et curieux sont venus dire A�A�MerciA�A� A� ces artistes qui se donnent tant de mal pour satisfaire les besoins d’encre des tatouA�s.

Rudy aka Rude, personnage emblA�matique de la boutique nous a confiA� quelques minutes de son temps. Les petites ridules autour des yeux marquent son visage d’une douce sagesse. Le Belge a fait ses armes chez Tin-Tin Tatouages avant de tenter l’aventure en solo. Il a alors une idA�e en tA?teA�: mA?ler imagination et crA�ativitA� aux techniques, parfois rouillA�es, du tatouage. Rude, fin et A�lancA� dA�tient une aura aussi mystA�rieuse que son styleA�; entre des crA�ations fantastiques et une finesse de trait. Il faut dire qu’A� la base, Rude souhaite A?tre illustrateur de livres pour enfants. Tandis qu’un client fidA?le le rejoint pour une retouche, Rude, tablier nouA�, lunettes vissA�es sur le nez, dA�crypte ses 15 annA�esA�au fameux 23 rue Keller.

Peux-tu nous prA�senter l’historique 23 KellerA�?

Le salon est ouvert depuis 20 ans maintenant, c’est Dominique qui en est le responsable. C’A�tait le premier salon de piercing A� Paris et il y a 10 ans, je suis arrivA� pour complA�ter l’activitA� avec le tattoo. Maintenant cela fait trois ans que l’on est deux tatoueurs avec Bichon, le beau jeune homme derriA?re – beau comme un BichonA�! – Puis depuis un an, trois avec Eddie. Toujours dans le mA?me lieu, au 23 rue Keller.

Vous A?tes tous originaires de ParisA�?

Dominique est de Marseille, mais il a grandi A� Paris. Le seul vrai parisien, puisque moi je suis Belge, Bichon est Breton et Eddie vient d’Annecy. On est tous arrivA�s A� Paris pour le tatouage. Je suis venu pour rejoindre ma copine A� la base. Je tatouais dA�jA� en Belgique chez Ritual, un vrai street shop, qui tourne beaucoup A� l’amA�ricaine. Le shop est A� Bruxelles, dans une galerie marchande oA? il y a plein de passage. Pour un apprentissage c’A�tait une bonne A�coleA�! Tu fais beaucoup de conneries mais tu expA�rimentes….et du coup tu apprends. Je voulais venir A� Paris depuis quelques temps mais c’A�tait compliquA� de trouver un salon. Je ne pensais plus venir quand Tin-Tin m’a ouvert ses portes. C’A�tait vraiment une bonne opportunitA� et j’y suis restA� 5 ans.

A� »Tu fais beaucoup de conneries mais tu expA�rimentes….et du coup tu apprends »

Comment s’est passA�e la rencontre avec Tin-TinA�?

Je suis allA� le voir simplement et on a eu plutA?t un bon contact. Au moment oA? je l’ai rencontrA�, il ne pouvait pas me dire avec certitude si il pouvait me prendre ou pas. Alors j’ai trouvA� un salon A� cA?tA� de son shop oA? j’allais faire une semaine de travail par mois. A chaque fois que je venais, j’en profitais pour aller le voir et dire bonjour. Ma copine ensuite s’est fait tatouer par un guest chez lui. Ce soir-lA� on a un peu plus discutA� et il m’a ditA�: A�A�allez vas-yA�!A�A�. En plus je ne comptais pas continuer A� faire des guests oA? j’A�tais. Ca ne se passait pas bien et c’A�tait pas la dynamique que je recherchais.

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A l’A�poque, qui t’entourait au shopA�?

C’A�tait il y a 15 ans A� peu prA?s et j’ai travaillA� chez Tin-Tin quand Sacha A�tait lA�, Sylvain Keuns. Issa est arrivA� en apprenti quand j’y A�tais. C’A�tait l’A�quipe de l’A�poqueA�! La premiA?re A�quipe de sa nouvelle boutique rue de Douai.

« J’ai travaillA� chezA�Tin-TinA�quand Sacha A�tait lA�, Sylvain Keuns (Utopia Tattoo). Issa est arrivA� en apprenti quand j’y A�tais. »

Qu’est-ce qui a fait que tu as voulu faire du tattooA�?

C’A�tait vraiment dA� au hasard. Je sortais de graphisme et illustration A� l’A�cole d’art de Bruxelles. Tu ne savais pas comment t’en sortir, tu n’A�tais pas bien orientA� avec ton diplA?me… j’A�tais vraiment un peu paumA�. Je me faisais tatouer avec mon groupe de potes en Belgique, et j’avais fait des A�tudes d’illustration mais quand on rentrait dans un shop de tattoo, ce que j’en voyais, c’A�tait les mecs avec le catogan, la moto, et l’ambiance club de bikers…qui n’A�tait pas trop mon univers. Ca m’attirait sans avoir envie d’en faire partie. Et un jour je suis allA� avec un pote en Angleterre. Il se faisait tatouer dans le salon de Buzz qui proposait des trucs trA?s diffA�rents pour l’A�poque.

Dans le shop, il y avait cette affichette. L’annonce d’un guestA�: Mike Davis d’Everlasting Tattoo. C’A�tait la rA�vA�lationA�! Je me suis ditA�: – qu’est a�� ce que c’est que ce truc de fouA�! – Ca m’a intA�ressA� et j’ai commencA� A� chercher des magazines sur le sujet. Il n’y en avait quasiment pasA�! A part quelques magazines amA�ricains. C’est comme cela que j’ai dA�couvert Grime (Skull & Swords, SF) et toute cette scA?ne de San FranciscoA�! C’A�tait le dA�clic. A partir de ce moment a�� lA� j’ai commencA� A� dessiner autour du tattoo. J’ai fini par taper A� la porte du seul tatoueur de Bruxelles qui faisait des choses diffA�rentes et je lui ai demandA� des conseils pour connaA�tre le matA�riel A� acheter…Et me voilA�, A� me faire un road trip en voiture avec un pote pour acheter le tout. C’A�tait partiA�!

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C’A�tait marrant. Car, c’A�tait une aventureA�! Il fallait aller A� la rencontre de gens, chercher des magazines…Il y avait un cA?tA� moins facile. L’apprentissage A�tait plus long et c’A�tait quand mA?me plus sympa que de simplement aller sur internet et se commander une machine. Et c’A�tait une histoire de hasardsA�: j’aurai pu ne pas avoir ce dA�clic. DA�couvrir cela bien plus tard ou encore ne jamais vouloir faire cette carriA?reA�!

« L’apprentissage A�tait plus long et c’A�tait quand mA?me plus sympa que de simplement aller sur internet et se commander une machine. »

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« Un dA�tail sur une illustration peut dA�clencher une idA�eA�! »

CA?tA� technique, quelles sont tes prA�fA�rencesA�?

CA?tA� machines, je fais partie des tatoueurs qui travaillent avec des tubes jetables et cela depuis trA?s longtemps, A� temps plein. J’ai commencA� A� en utiliser quand je bougeais et puis je me suis rendu vite compte que c’A�tait un gagne-temps fouA�! Sur certains tattoos, les buses en mA�tal peuvent A?tre agrA�ables mais personnellement, j’ai jamais eu envie d’en rA�utiliser.

Certaines machines que j’ai depuis le tout dA�but, je les ai bidouillA�es avec des composants de meilleure qualitA� pour pouvoir encore les utiliser. Par exempleA�; j’ai un liner que j’utilise depuis 17 ans. Je l’ai dA�montA� et re a�� dA�monter…sans fin, et j’adoreA�! A contrario, tu peux en acheter une rA�cente, mais tu auras beau essayer…tu n’arriveras jamais A� travailler avec. Ce n’est jamais comme tu as envie que ce soit et …elle restera dans sa boiteA�!

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Tu as fait beaucoup de guestsA�?

J’ai fait le Mondial chaque annA�e, j’ai fait Brighton, Nantes et Belfort il y a quelques annA�es. Quand j’ai une crise, je me dis A�A�Allez on y va!- mais ca ne me fait pas triper plus que cela. Je suis bien chez moi. Je ne suis pas en manque de belles piA?ces et je ne me sens pas le besoin de bourlinguer. J’aime bien les rencontres de vacances et pas quand tout est mA�langer.

Tu me parlais de Mike Davis, bien sA�r ton trait me faisait dA�jA� penser A� cet univers dA�diA� au surrA�alisme, aux contes…

C’est tout ce qui m’a donnA� envie de faire A�aA�et encore plus dans le tattoo. C’est ce que j’aime dessiner. Mon univers, c’est certain, j’aime que les gens me le demande A� tatouer.

 » J’ai un liner que j’utilise depuis 17 ans. Je l’ai dA�montA� et re a�� dA�monter…sans fin, et j’adoreA�! »

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Du coup tu l’as rencontrA� ?

Oui je suis allA� A� San Francisco dans son shop. iI m’a beaucoup fait rire car je voulais voir ses peintures et son salon. Et quand je lui ai expliquA� cela, il A�tait plutA?t du genre A� me direA�: A� c’est cool que tu viennes ici, mais franchement il y a autre chose A� faire A� San Francisco que de venir voir les shops de tattooA�!A�A�. Il A�tait plutA?t marrant comme personnage. Mon petit regret c’est de ne pas avoir eu le temps de me faire une petite piA?ce. Pour le coup ce serait une super rA�fA�rence au fait qu’il ait A�tA� un A�lA�ment dA�clencheur de ma passion pour le tattoo. Si cela arrive un jour, je ferai quelque chose de trA?s proche de ses peintures et de cet univers un peu A� la JA�rA?me Bosch, vraiment barrA�.

« Je dA�teste quand les gens viennent te voir et te disentA�: A�A�je veux des couleurs qui pA?tentA�!A�A� »

Tu es proche de la couleur aussi, quelle est ton approcheA�?

J’aime pas trop le – flashy pour le flashy – mais plutA?t quand c’est dark avec quelques petits A�clats. Je n’ai jamais A�tA� trop dans les trucs A�A�bubbleA�A�. Je dA�teste quand les gens viennent te voir et te disentA�: A�A�je veux des couleurs qui pA?tentA�!A�A�. Cette expression, je ne la supporte pas. Cela ne veut rien dire car pour moi ton tattoo peut claquer sans vert- pomme ou rose fuchsia. Il suffit que la composition soit trA?s lumineuse. Ce qui est important c’est que le tatouage reste lisible,A�: un bon cadrage et un gros plan, plutA?t que 30 000 dA�tails, c’est efficace. Avec l’expA�rience et les retours de tatouages qui ont une dizaine d’annA�es, tu finis par voir ce qui fonctionne ou pas.

Quel est ton processus de crA�ationA�?

Cela dA�pendra du motif que l’on me demande. Parfois cela vient en discutant avec la personne sur le coin du comptoir. Quand cela devient plus laborieux, avoir plusieurs livres pour t’aider A� trouver un point de vue, un angle ou un dA�tail pour dA�marrer, c’est indispensable . Un dA�tail sur une illustration peut dA�clencher une idA�eA�! Parfois c’est un peu de la paresse, je n’ai pas envie de le dessiner sur papier, alors je le fais en free-hands (technique qui permet de dessiner – schA�matiser la piA?ce A� tatouer dans ses grandes lignes, directement sur le corps A� tatouer, ndlr) .

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Personnellement, je n’ai pas de prA�fA�rence. Avec le stencil on gagne en confort de travail car tout est net et propre. Tu vas beaucoup plus vite qu’en free-hands oA? tu dois re-visualiser chaque ligne avant de la tracer. Surtout quand tu as des effets de transparence afin que le tracA� ne fausse pas ton dessin. Le stencil simplifie le travail sur la peau.

« Ca pardonne pas mal d’erreurs la grosse ligneA�! Mais c’est efficace. »

Tu n’as jamais A�tA� attirA� par les grosses lignes old schoolA�?

C’est vrai j’aime le cA?tA� fin et dA�taillA�, c’est ce que j’aime et je le retrouve aussi dans le japonais par exemple. Le Old School, je peux trouver cela sympa, et m’A�clater A� en faire un mais je n’en ferai pas ma spA�cialitA� car techniquement cela a vite ses limites. Ca pardonne pas mal d’erreurs la grosse ligneA�! Mais c’est efficace. Et par rapport A� l’engouement actuel autour de ce style que l’on voit revenir partoutA�: c’est trop.

Il y a des tatoueurs dont j’aimais bien le travail avant qu’ils se mettent A� en faire A� fond en mode Old Timer et leur travail devient moins propre que ce qu’ils faisaient dix ans en arriA?re. C’est dommage. Parfois c’est volontairement brutal et au niveau du dessin…c’est too much. Que A�a ait fait partie de l’histoire du tattoo, certes, mais c’A�tait rA�alisA� par des gars qui n’avaient pas de notions artistiques et qui tatouaient avec des clous. Alors vouloir retourner A� cela…

« C’est s’acheter une identitA� qui n’est pas la tienne. »

…C’est un peu le retour A� la bouzille !

Tu as lA?chA� le mot, la bouzille, A�a c’est un truc qui me fait marrerA�! Des gars vont te sortir qu’ils aiment bien quand A�a fait un peu bouzille et voyous alors qu’ils ont 2000 balles de vA?tements sur eux et qu’ils ont payA� leur A�A�bouzilleA�A� trois cents balles. Il est oA? l’aspect voyouA�? C’est ridiculeA�! C’est s’acheter une identitA� qui n’est pas la tienne. Je peux comprendre l’intA�rA?t qu’on peut y porter. Moi aussi j’adore ces motifs mais je n’irai pas me faire le symbole de l’A�trangleur.

Mon point de vue est un peu renforcA� du fait qu’il y a pas mal d’A�vA?nements autour de ce genre de tatouages A�A�bouzilleA�A�, qui rassemblent surtout des gens qui – blablattent – sur un truc qu’ils connaissent depuis deux ans. Cela me fait sourire. Pour moi le tatouage n’est pas un truc de petit branchA� et friquA�s.

Et toi, qu’en est-il de tes tattoosA�?

Mes tatouages qu’ils soient fait par un tatoueur connu ou pas, je m’en fous. C’est un peu une collection. Pas mal de mes tatouages sont des piA?ces que j’ai commencA�es A� glaner quand j’ai dA�butA� dans le dessin et le monde du tatouage. Ensuite, quand j’A�tais A� New-York il y avait Patrick Conlon A� ce moment-lA� et j’ai eu l’occasion de me faire tatouer. Grime, A�galement. C’A�tait une grosse influence pour les gens de ma gA�nA�ration.

A l’A�poque oA? Tin-Tin faisait des conventions, bien avant le Mondial, je me suis fait une piA?ce par Seth Woods aussi. C’est A�A�l’occasion qui fait le larronA�A� et puis A� l’A�poque quand tu travaillais avec Tin-Tin, tu rencontrais beaucoup de guests. A part quand je me suis fait tatouer par Chris Conn, lA� j’ai pris rendez-vousA�! Et j’ai eu du bol car il a arrA?tA� de tatouer peu de temps aprA?s. C’A�tait une belle expA�rience. Il travaillait en privA� A� Los Angeles. Je suis arrivA� et on est allA� dA�jeuner, on a pris le temps de discuter de ce que je voulais. J’A�tais arrivA� A� midi, mais je suis reparti A� 2h 00 du mat’A�!

Qu’as tu remarquA� aux Etats-Unis cA?tA� tattoo ?

Je suis le plus souvent allA� A� Los Angeles. Plus qu’A� San Francisco. Je connaissais quelques tatoueurs de LA mais c’est sA�r que le travail de la scA?ne de SF me parle plus. L.A est plus imprA�gnA�e de la scA?ne chicanos, A�a me fascine de loin, mais c’est moins mon truc. A part les lettrages que je trouve sympas A� faire.

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Tu es du genre – client qui laisse carte blanche a�� avec ton tatoueur ?

Il y a encore deux ou trois personnes avec qui j’aimerai bien me faire tatouer. Il me reste toujours un cA?tA� de libre et j’ai gardA� le dos entier pour me faire une piA?ce. J’arrive toujours avec une petite idA�e puis je laisse libre le tatoueur. Par exemple, le tattoo que je t’ai montrA� de Chris Conn, c’est un visage de femme que j’ai choisi car il est connu pour avoir cette sorte de gimmick en dessin.

J’adore son travail lA�-dessus, donc je savais que je lui demanderai cela. Mon pote qui est A� L.A habite Downtown et j’ai adorA� cette ville. J,’ai mA?me pensA� A� y habiter un jour mais c’A�tait trop compliquA� au niveau des papiers. Mais en hommage A� ce quartier, j’ai demandA� qu’il me fasse le Estern building dans ses cheveux.

A�


23, rue Keller,A�Paris
01 47 00 73 60
http://23keller.tumblr.com/

 

A�Vertie

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