A�A�Les yeux sans visageA�A� – Rafel Delalande

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TexteA�: TiphaineA�DeraisonA�//A�PhotographiesA�: A�SA�golA?ne AccariA?s

De passage A� Hand In Glove, QG parisien de Cokney et Romain Pareja, on retrouve Rafel Delalande, tatoueur catalan. Ses piA?ces rassemblent A� la fois mythes paA?ens, technique traditionnelle et inspirations modernes, le tout avec une encre noire, intense. Ce styleA�? Edgar Allan Poe l’aurait largement approuvA�A�! InspirA� par Navette sur le plan illustratif et Guy le tatooer sur le plan technique, il a dA�sormais intA�grA� la tribu d’artistes de Jondix A� Seven Doors tattoo, Londres.

Tu mA?les des choses trA?s modernes et A� la fois des lignes et sujets trad’. Quel est ton processA�?

Au niveau du dessin, Guy le tatooer, c’est vraiment la personne qui m’a appris A� tatouer. DA?s que j’ai un doute, je lui passe un coup de fil. S’il est lA�, je l’oblige A� dessiner avec moi pendant quelques heures… Comme il m’aime bien, il ne me dit pas non. Sur ce torse que j’ai rA�alisA� au Mondial l’an dernier, je pensais faire quelque chose de plus simple, sans fond mais Guy m’a dit de me faire plaisir et d’investir plus d’espace. Il m’a donnA� la composition du torse, comment il se dA�coupe, et le rA�sultat est trA?s tribal.

Avec Alexandra Groover, vous avez crA�A� une collection appelA�e La Voisin, quel en A�tait le butA�?

La Voisin me permet de crA�er quelque chose qui n’a rien A� voir avec le tatouage. On essaie de travailler sur des choses beaucoup plus ciblA�es, des A�charpes, ou des choses plus A�A�luxeA�A�, dans de petites sA�ries. C’est toujours flatteur de voir ton dessin en belle impression sur une A�charpe en 2×3 mA?tres et pour Alexandra c’est une petite bulle d’oxygA?ne de faire quelque chose en dehors de ses collections. On ne se force pas et comme elle fait des vA?tements, elle sait aussi trA?s bien comment travailler avec les visuels.

Pour le processus, tout dA�pend du support, parfois je travaille en fonction et parfois on utilise un dessin dA�jA� prA?t car il colle au sujet. Elle de son cA?tA�, travaille une piA?ce sur laquelle le dessin peut A?tre adaptA� ou l’inverse. C’est aussi pourquoi on a arrA?tA� les tee-shirts, c’est un support plus banal. Avec La Voisin, on veut faire quelque chose de diffA�rent, c’est une vraie collaboration. Alexandra fait des robes pour le guitariste de Meyem, elle travaille en noir, notre premier point commun. La diffA�rence, c’est qu’elle fait des choses trA?s minimales alors que je charge mes visuels. Pour le reste, l’univers est le mA?me.

JETERLENCRE- hand in glove-rafeldelalande-tattoo

Comme Alexandra, qui a rA�ellement voulu donner comme symbole A� sa collection le scarabA�e, emblA?me rappelant La Voisin (Catherine Deshayes, tueuse et empoisonneuse A� la cour de Louis XIV et prA�tendue sorciA?re) et son histoire, te plonges-tu aussi dans le fondement des symboliques que tu utilisesA�?

Oui toujoursA�! J’ai mes classiques, les diables et les tA?tes de mort. J’ai aussi fait une sA�rie de flashs avec Edouard de Maudit Caillou oA? je me suis basA� sur le cinA�ma mais le choix des films n’A�tait pas laissA� au hasard, bien sA�r. C’est comme la musique, elle berce une partie de ta vie.

Lorsque des musiciens comme Lenny de MotA�rhead meurent, beaucoup de monde se sent touchA�. Car cette musique, les a accompagnA�s une bonne partie de leur vie. Pour ma part, je ressens la mA?me chose avec le cinA�ma. A�A�Des yeux sans visageA�A� de Georges Franju est un film qui me parle directement, j’ai la sensation qu’il a A�tA� fait pour moi. C’est aussi pour cette raison que je trouve le travail de Navette trA?s intelligent.

Il axe ses sujets sur tout autre chose que le tatouage. Pour Navette, c’est la musique et c’est d’ailleurs quelque chose qui parle A� beaucoup de gens. Les tA?tes de morts et les diables, sont des classiques du tatouage mais c’est surtout tribal, et personnellement A�tant athA�e, venant d’une famille trA?s catholique, ces diableries ont de l’importance dans mon histoire.

Tu as A�tA� A� Hong Kong par exemple, ton style n’a pas choquA� les gens lA�-basA�?

J’ai A�tA� assez surpris car la premiA?re fois que je suis allA� A� Hong Kong, c’est sur les conseils de Guy. Il m’a dit qu’il y avait beaucoup de travail lA�-bas, mais on fait tout de mA?me un genre trA?s diffA�rent lui et moi. Je ne pensais pas que ce qui marchait pour Guy, marcherait pour moi.

Je lui ai fait confiance. Au final, les meilleurs projets tatouage que j’ai jamais eu, viennent de lA�-bas. Les gens ne te jugent pas dans la rue car de toute faA�on, ils ne te remarquent pas et regardent constamment leur tA�lA�phoneA�! J’y ai attaquA� un paquet de gros projets et je vais essayer d’y aller trois fois par an. Maintenant que je suis A� Londres, A�a me fait du bien de voyager avec Guy. On a voyagA� tout le temps ensemble pendant six ans.

Tu travailles depuis deux ans A� Seven Doors, Londres ? Qu’est-ce qui t’a amenA� lA�-basA�?

J’ai rencontrA� Jondix au Mondial, bien sA�r, je savais qui il A�tait avant de le rencontrer. Lorsque je suis parti A� Londres, je pensais que A�a allait A?tre fou cA?tA� tattoo mais en rA�alitA� c’est l’endroit le plus difficile pour bosser. J’ai commencA� A� encrer avec Liam Sparkes A� Shangri-Las.

Un super endroit avec de bonnes personnes et une qualitA� de travail excellente mais je n’avais pas de travail du tout. J’y suis restA� un an, puis c’A�tait la crise. La vie est chA?re A� Londres. Donc lorsque je me suis retrouvA� A� travailler au Mondial, j’avais en tA?te de partir. Mais je dois avoir une bonne A�toile car Jondix est arrivA� sur mon poste.

Il m’a tendu un livre, qu’il avait A�ditA� avec Tas et me l’offrait en disant que A�a pourrait me plaire et que mon stand A�tait le plus beau de la convention. J’A�tais ultra flattA�A�! Je suis ensuite retournA� le voir en lui offrant un poster et un tee-shirt et en le remerciant platement. Puis, lorsque j’ai dA�cidA� de partir de Londres pour travailler, Jondix m’appelle et me demande de venir travailler dans son shop.

Depuis, je suis aux anges. C’est une des meilleures boutiques au monde. Chacun fait quelque chose de diffA�rent tout en A�tant excellent dans son domaineA�! Mon premier jourA�; j’A�tais stressA� comme un premier jour d’A�cole. Je ne connaissais personne et A� peine Jondix. Au final, en plus d’A?tre de bons tatoueurs, ils sont tous ultra cool. Deno, Claudia, Jondix, Matt… parmi nos guests, on retrouve mA?me Rudy Fritsch qui vient rA�guliA?rement ou ItchibayA�! Comme quoi, j’ai toujours eu de la chanceA�! Bien sA�r, un jour j’ouvrirai mon shop mais je ne le ferai pas tout de suite. Je travaille avec mes hA�ros, c’est ce que j’ai toujours vouluA�!

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Qui admires-tu le plus parmi cette tribu de tatoueursA�?

JondixA�! Je me souviens il y a 7 ou 8 ans lorsque j’A�tais A� Barcelone avec Guy, A� l’A�poque il travaillait A� LTW, on regardait ses books en notant qu’il travaillait les ombrages au point et on observait le mix qui en rA�sultait. C’est un pionnier dans ce qu’il fait et c’est un personnage attachant et trA?s cultivA�. GrA?ce A� lui j’ai participA� A� A�A�Children of the GravesA�A�, un livre mA�langeant mA�tal et tatouage, regroupant des visuels uniquement occultes et trA?s noirs. Je me retrouve entourA� deA�Tas, Jondix, Jef Whitehead

Quel A�lA�ment fait du tatouage un art si particulier selon toiA�?

Rien n’a A�tA� calculA� A� l’avance, mais le tatouage m’a permis d’A?tre artiste. Je ne connais pas d’autres moyens de m’exprimer.

C’est quelque chose d’assez sacrA� pour moi, mA?me si A�a sonne ringard. Personnellement, le tatouage m’a permis de me sortir de la merde et de grandir. Je suis trA?s indulgent envers les gens en gA�nA�ral mais lorsque A�a touche au tatouage, je peux A?tre assez radical dans mes opinions. Comme un religieux lorsqu’il entend qu’on plaisante de sa foi. DA�fendre le tatouage devrait A?tre une mission. Je suis puriste de ce cA?tA�-lA�.

Mais je ne suis pas non plus un vieux tatoueur. Je ne vais pas prA�tendre faire de scandales. J’ai commencA� il y a 14 ans et A� l’A�poque je pensais dA�jA� qu’on A�tait en plein pic du tatouageA�! Donc, je ne vais pas me permettre de direA�: A�A�c’A�tait mieux avantA�A�. J’ai 35 ans, quelqu’un avec plus d’expA�rience aurait raison de se direA�: A�A�qui est ce petit con et de quoi il parleA�!A�A�.

Quel est le moment le plus important de tes dA�butsA�?
Ma premiA?re machine, je suis allA� l’acheter avec mon tatoueur en convention. C’est tout de mA?me un acte important qui rend la chose un peu plus sacrA�e. Je ne vais pas critiquer les jeunes tatoueurs qui, aujourd’hui, ouvrent un shop sans avoir fait un apprentissage…mais je trouve que c’est dommage. AprA?s 14 ans de tatouage , je suis extrA?mement fier de travailler pour des gens et si j’avais ouvert ma propre boutique, je n’aurai jamais rencontrA� des lA�gendes comme Deno ou JondixA�! Je suis fier de faire tourner leur shop. Je suis trA?s old school sur cet aspect car pour moi, le tatouage est avant tout humain.

Tu fais partie d’une sorte de tribu A� Seven Doors trA?s liA�eA�!

Quand tu te retrouves dans des A�vA?nements comme au Mondial du Tatouage, tu te rends compte que tu fais partie d’une tribu. Des tatoueurs comme Tomas Tomas me respectent et respectent mon travail, pourtant ce que l’on fait n’a rien A� voir. Il y a un respect mutuel. Les conventions sont importantes A� ce niveau car on y rencontre des gens intA�ressants qui ont plus d’expA�rience.

Quand j’ai commencA� les conventions, j’avais trA?s peur qu’on juge mon travail. Mais cultiver ces liens, comme aller en guest ou dans les shops, A�a permet de faire partie de cette famille-lA�. A Londres, j’allais souvent par exemple A� Into You (le shop a fermA� en octobre dernier, ndlr), voir Duncan X. et A�couter Alex Binnie. C’A�tait comme discuter avec un prof’ avec qui je m’entendais trA?s bien.

Vers quoi aimerais-tu emmener ton travailA�?

J’espA?re toujours avoir des clients qui me demandent de grands et petits projets. Je suis plutA?t une personne lente et j’A�volue doucement. Je pensais que je voulais me sA�dentariser mais en fait j’ai besoin de continuer A� voyager rA�guliA?rement.

J’aimerais prendre le temps d’encrer plus de bodysuits sur papier. A�a fait partie de mes prochaines prioritA�s. Le dessin, j’en fais au moins trois fois par semaine et mes grands projets me prennent parfois la journA�e. J’aimerais aussi faire une exposition de mon travail. Je dois avoir une bonne quarantaine d’artworks A� exposer mais j’aimerais y ajouter de grands formats.

A choisir si tu pouvais faire une collab’ sur un corps entier, avec quel tatoueur le ferais-tuA�?

Avec Navette,A�A�videmment !


INFORMATIONS :

http://rafeldelalande.tumblr.com
Seven Doors Tattoo, London
@rafeldelalande

JETERLENCRE-rafeldelalande-tattoo

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