Piet du Congo: Mash-up tattoo

Piet du Congo, tattoo

Figure atypique du tatouage européen, le belge Piet du Congo sera en guest à Paris du 8 au 14 février. L’occasion de découvrir un artiste généreux et sans concession, loin des codes esthétiques habituels.

Il y a moins de 10 ans, l’envie de piquer démange Piet du Congo. La peau devient alors un nouveau support pour explorer le concept de « mash-up » qu’il développe d’ors et déjà sur papier, vidéo ou en musique. L’artiste s’amuse avec les courbes du corps et créé des tatouages au faux désordre graphique. 

Avant de tatouer, tu donnais des cours du soir aux Beaux-Arts…

Au début je faisais les deux en même temps. Ça me permettait de faire ce que je voulais, sans être obligé d’accepter des tatouages simplement pour des raisons financières. Je bossais à Bruxelles à la Boucherie Moderne et un peu chez moi. J’ai combiné les deux boulots pas mal de temps jusqu’à pouvoir me permettre d’arrêter l’enseignement. Ensuite, j’ai ouvert un shop à Rochefort puis maintenant un studio privé à Jemelle et je bouge régulièrement à l’étranger pour tatouer.

Tu as fait des études d’art et tu as choisis très jeune de travailler dans un univers artistique. Avais-tu déjà l’envie de faire du tattoo à cette époque? 

Pas du tout. C’est venu sur le tard, à force de me faire tatouer. J’ai toujours beaucoup dessiné mais, je ne faisais aucune démarche pour exposer. Du coup j’amassais, j’amassais pour rien… J’ai alors un peu décroché du dessin et de la peinture et je me suis mis à la vidéo et au VJing. Ça prenait moins de place! Le tattoo a été le déclic pour me remettre au dessin.

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Qu’est-ce qui a fait que la musique, punk notamment et le Do It Yourself ont été des influences majeures pour toi? 

Je dessine toujours avec de la musique qui doit plus ou moins influencer sur l’ambiance de mes dessins. La musique me passionne depuis longtemps et son imagerie m’a beaucoup inspiré : les posters, les t.shirts, les pochettes de disques… Mon intérêt pour le Do It Yourself est venu en lisant, et finalement c’est ce qui est intéressant dans le punk. Cette idéologie du refus de la technique pour la technique, la nécessité de la passion, de réduire les coûts en produisant soi-même, c’est une idéologie que je tente de retranscrire dans le tattoo.

Tu n’es donc pas dans la recherche de l’esthétique parfaite ?

En effet, le seul aspect esthétique ne m’intéresse pas trop. Pour moi le rendu doit être brutal pour garder cet esprit originel, un peu trash et repoussant du tatouage. Parfois, on dit que je ne respecte pas la tradition. Peut-être pas dans la forme, cependant dans le concept je pense la respecter, en gardant ce côté brut. Dans mes thématiques aussi, il y a un côté très classique old school : les animaux, les armes, les femmes… Faire du tattoo un objet consumériste et de luxe me semble plus irrespectueux. Je préfère conserver l’éthique plutôt que l’esthétique de la culture tattoo.

piet du congo, tattoo

Le fait de vouloir garder des prix « accessibles », c’est aussi une façon de pérenniser l’aspect populaire du tatouage? 

Oui, la tournure commerciale du tattoo actuel m’ennuie. Quand ça marche, on a tendance à augmenter constamment les prix. C’est une acceptation du pouvoir. Éthiquement, j’essaie de ne pas rentrer dans une démarche capitaliste. Être « anti-capitaliste » c’est refuser le pouvoir qu’on t’impose mais aussi celui qu’on te donne. Demander toujours plus cher parce que ta cote et la mode te le permettent, c’est accepter le pouvoir qu’on te donne sur les autres et se couper d’une tranche de la population avec moins de moyens. Je n’ai pas envie de tatouer que des architectes ou des avocats car ce sont les seuls à pouvoir se le payer!

…mais d’un autre côté, tu proposes un style qui n’est pas accessible à tous !

Oui… À l’origine, se faire tatouer demandait un engagement, tu savais que ça n’allait pas plaire à tout le monde. Ça me plaît de garder cet aspect, ne pas être grand public ne me semble pas forcément un défaut. Cultiver une certaine différence, je trouve ça plutôt positif.

Piet du Congo, portrait, photo Melchior Tersen, tattoo main, handtatttoo Piet du Congo, portrait, photo Melchior Tersen, tattoo main, handtatttoo

 

« Le tatouage m’a clairement aidé à gagner cette indépendance »

Dans tes dessins il y a beaucoup de mélanges. Comment travailles-tu? 

Le collage et l’erreur sont deux choses importantes dans ma démarche. Le collage dans le sens « mash up », comme en musique. Je dessine toujours d’après documents. Je me fais une banque d’images dans laquelle je reprends des éléments, des inspirations et j’essaie d’introduire des erreurs, des décalages. Le dessin me permet ça, si je redessine quinze fois le même œil, il va être quinze fois différent. Ainsi, je cherche à m’éloigner de l’original plutôt que lui rester fidèle.
J’aime aussi jouer avec les codes et les symboles et les sortir de leur contexte… C’est un exemple un peu facile mais, dans une de mes peintures je partais sur des symboles indiens, les svastikas et des croix gammées. En les confrontant le sens s’annule. La saturation de sens permet de dissoudre le sens premier et en créer un nouveau.

Est-ce que derrière ça, tu as une volonté de démontrer quelque chose ou ça t’amuse simplement? 

C’est une démarche qui est venue naturellement, un peu liée à mes goûts musicaux et d’autres inspirations, comme le dadaïsme, Fluxus, l’esprit cut-up de Burroughs…  Le punk, musicalement, ne m’intéresse pas spécialement. Je préfère le post-punk avec cet héritage Do it Yourself où il y a une plus grande ouverture, un mélange de cultures et d’influences. Des mouvements comme l’indus ou la new wave ont une volonté de briser les codes. Des groupes se rassemblent sous la même étiquette, pourtant ils ont des esthétiques et des styles totalement différents. C’est cette diversité qui me plaît.

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Qu’est-ce qui te plaît dans le support du tatouage par rapport à l’illustration?

Le tatouage est une rencontre, une collaboration, un échange d’idées… Tu n’es pas seul devant ton dessin. Les contraintes posées par les clients peuvent aussi te permettre de sortir de tes habitudes. Puis, le support 3D qu’est le corps ouvre les perspectives, élargit les compositions au-delà des limites restreintes et plates d’une feuille de papier. Cependant, comme tu es dans une démarche de commande tu as moins droit à l’erreur ou le luxe de l’expérimentation. Le dessin devient alors une liberté nécessaire dans ma démarche de tatoueur, pour la faire constamment évoluer. C’est aussi un plaisir personnel où je peux tout tenter sans me soucier du résultat. J’essaie ainsi de me renouveler, de me surprendre.

Tu organises aussi des soirées dans ton shop, Die Congo’s Night? C’est original…

L’organisation de concerts est venue par hasard, parce que dans mon coin il y a peu d’évènements liés à la musique que j’écoute. C’est aussi une opportunité pour rencontrer et promouvoir des groupes que j’aime : ils dorment à la maison, on fait la fête ensemble. Ce sont de tous petits concerts, plutôt intimistes, dans une ambiance « soirée entre amis ». Je peux accueillir 60 personnes maximum. C’est plutôt cool d’avoir des groupes comme Pneu, Labirinto, This Quiet Army, Eye of the Times , Mr Marcaille ou les trucs qui jouent dans ton salon, ça créé souvent de chouettes rencontres.

C’est cool, tu as l’air de faire tout ce qui te fait plaisir? 

(Rires) Oui… En tout cas c’est l’idée. Se faire plaisir avant tout. Rester libre aussi. Le tatouage m’a clairement aidé à gagner cette indépendance, même si ça ne s’est pas fait tout seul.


Piet Du Congo // Facebook // Tumblr // Instagram @pietducongo // TATTOO TRAVELERS

Guest // Paris : du 8 au 14 février 2016 – Prague du 14 au 18 mars – Villach, Autriche du20 au 24 mars – Genève du 25 au 31 mars  – Montpellier du 23 au 26 avril – Berlin du 27 juin au 1er juillet

Piet du Congo, portrait, photo Melchior Tersen, tattoo main, handtatttoo

 

 

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