« Le bruit des machines » – A la rencontre de Pegg Tattoo Machines

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Un cadre robuste, des bobines à la conductivité électrique efficace, un design épuré ; ce sont les qualités que privilégie « Pegg Tattoo machines » dans sa fabrication. Un atelier confidentiel qui propose du homemade avec un vrai savoir-faire manuel.

Derrière cette collaboration, l’expérience de deux amoureux de l’artisanat d’art : Antoine Paul DZR, tatoueur (The Black Lotus Antwerpen) et sa femme Peggy, alias Pegg, spécialisée dans le travail du métal. Ce projet de machines « homemade » tenaillait Antoine Paul depuis longtemps, « quand on habitait à Mons (BE), il y a quelques années, on essayait déjà de fabriquer des machines mais on cherchait des équerrages. Ça a pris du temps pour s’équiper…désormais, nous pouvons créer des machines de A à Z ». 

C’est ainsi que « Peg Tattoo Machines » a vu le jour. Un atelier de conception artisanale de dermographes alliant technicité et design traditionnel. Pour cette belle entreprise, le couple a décidé d’unir ses compétences : le travail du métal de Pegg et l’expérience d’Antoine. Une fabrication qui s’inscrit dans un esprit do it yourself (DIY), ici pas de « concept marketing ». D’ailleurs, lorsqu’on veut connaître le choix du nom « Pegg Tattoo machines », le couple répond en cœur : « parce que c’est difficile de trouver un nom qui sonne mieux ». 

D’abord perceur pour « Wildcat », Antoine sillonne les routes pendant 15 ans. Dans les conventions, en shops, etc. il rencontre et lie des amitiés avec de nombreux tatoueurs, surtout les anciens dont il aime écouter les récits. Avant de tatouer, sa curiosité l’amène à démonter et remonter des dermographes – la base, non ? A l’époque, le perceur propose quelques « conceptions homemade » aux copains, mais ça s’arrête là. Son intérêt grandissant pour le tatouage lui donne envie de manier l’aiguille. Il encre ses  premières pièces chez Ritual Tattoos (BE). Rigoureux et précis, il améliore sa technique grâce à une constante remise en question. Déterminé, il tatoue aujourd’hui chez : « The Black Lotus Antwerpen » et « Iguana Tattoo », deux shops Belges réputés.

Après avoir acquis une certaine maîtrise du dermographe, Antoine se sent prêt pour l’activité de « builder ». « Au mondial du tatouage (l’an dernier, ndlr), Alex (Alex Vuillot de la Main Bleue (BE)) a testé deux de mes machines personnelles, les « numéros 0″. Lorsque l’on fabrique des machines, j’utilise toujours les prototypes pour mon travail de tatoueur… Alex a essayé mes prototypes et en voulait une paire, on a donc sorti  une série de 10.  Je suis allé le voir à sa boutique… Il était en train de tatouer et s’est exercé sur les 10 machines sur le tatouage qu’il piquait. Au final il a pris les 2 qu’il préférait. J’avais préparé 5 liners pour les lignes et des shaders pour le remplissage… Il a pris celles qui avaient le plus de puissance. Car il préférait travailler comme ça. », confie-t-il.

Lors du processus de fabrication, Peggy s’occupe de l’équerrage et des cadres, tandis qu’Antoine assemble et teste les machines. Prendre le temps de bien faire est leur crédo. Ils aiment fignoler chaque partie : le cadre, les bobines, etc… « On ne fait pas couler les cadres en fonderie comme beaucoup de builders. », explique Antoine, avant de reprendre : « on part d’une barre de métal, c’est plus long dans la conception car tout est fabriqué à la main. On essaie de trouver du métal étiré CX10 avec peu de carbone, ça améliore la magnétisation du cadre, l’électricité passe mieux entre l’électro aimant et les bobines, la machine chauffe moins. Le carbone gène la conductibilité du métal ».

En plus de l’utilisation de ce matériel particulier, la géométrie a toute son importance, Pegg développe : « si les géométries sont toutes basées sur la même matrice, les formes sont forcément uniques, elles se ressemblent mais ça ne peut pas être exactement les mêmes. Il faut que mes surfaces soient ultra plates, d’où le métal étiré. A partir d’une base, je fabrique une matrice pour aller plus vite, cette matrice est un cube de métal dont je décide de la hauteur pour percer les trous aux bons endroits. Ça a toute son  importance pour souder l’ensemble, car c’est plus rapide… il faut que l’équerrage soit le plus précis  possible, pour éviter que tout fiche le camp lors de la soudure. A partir du moment où l’équerrage est  calé, tu peux créer ce que tu veux. » 

Est-ce que le poids de la machine a son importance pour piquer ? En comparaison de la rotative, par exemple ? « Oui bien sur, s’exclame Peggy, on recherchait toujours la légèreté, au final, Antoine s’est rendu compte que les tatoueurs réclamaient des machines plus lourdes ». A ce sujet, Antoine se remémore : « je suis arrivé dans un shop de 550m2 avec 4 mecs qui tatouent en permanence et ça m’a marqué de ne pas entendre le bruit d’une machine, ils bossaient tous à la rotative. Je suis arrivé avec ma machine à bobines et les gars ont constaté la différence… ils m’ont dit tes lignes rentrent plus rapidement, la couleur aussi… quand ça revient c’est plus solide… pourtant, au début, ils ne voulaient pas laisser leur rotative… ils disaient que les machines à bobines étaient trop lourdes, ils ne voulaient pas avoir mal au poignet, l’inconvénient des vibrations, etc. Je leur ai fabriqué les machines les plus légères possibles, et c’est drôle, car ils préfèrent les machines qui pèsent. Entre temps,  ils ont ressorti leurs vieilles « sunsksin » d’il y a 10 ans à 340grs, alors que je leur fabrique des machines à 220grs. Du coup ,on a lâché du lest, on essaie de faire des machines pas trop lourdes mais à 20 grs près, ce n’est pas grave… « .

Une fois les dermographes assemblés, Antoine les teste jusqu’à leurs limites ! Il vérifie leur résistance en les faisant tourner à vide et pour s’assurer que les soudures ne bougent pas. Ensuite, il insère les faisceaux d’aiguilles et fait à nouveau tourner les machines à haut voltage, question de bien faire chauffer « le  capaciteur ». Pour parfaire son contrôle, ce perfectionniste éprouve la fiabilité du dermographe en piquant un ou deux tattoos, « comme ça, je sais que la machine tourne même si on ne peut pas prévoir qu’un spring pète ! «  affirme-t-il.

Ses modèles uniques, Antoine y tient. C’est un collectionneur invétéré de vieilles machines, « on a fabriqué quelques machines qui s’inspirent d’une machine de Tattoo Peter (Amsterdam) que j’ai acheté à un gars.[…] Je voulais  surtout la machine de Tattoo Peter qui était rare (bien qu’il ait fabriqué des machines en série) et  certifiée par un tatoueur qui encrait la couleur avec, dans son shop.  Le gars qui m’a vendu la machine, m’a également vendu un cadre nu que j’ai monté, avec les bobines, le masselotte, etc. Et c’est devenu ma machine favorite pour la couleur ! Je l’utilise pour tous les tatouages que j’encre ». 

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Le travail artisanal a ses limites en termes de productivité surtout lorsqu’Antoine tatoue à temps plein et fignole ses machines : « le week-end dernier, j’ai soudé toutes les bobines, j’ai coupé les springs, mais ça prend du temps… j’ai réussi à régler trois machines dans la journée ». Lorsqu’on lui demande s’il n’a pas envie de former Peggy sur l’assemblage et le réglage, il rétorque :  » […] Il faudrait que Pegg apprenne à tatouer pour comprendre les rouages de la machine. »

Avec cette vie à 100 à l’heure, désormais, le couple propose des séries de 10 machines sur Instagram et par mail aux tatoueurs : « le premier qui la veut en devient le propriétaire ».

« Notre satisfaction, c’est de savoir que des bons tatoueurs utilisent nos machines : toute l’équipe de la Main Bleue, par exemple, Fabz de Mescal Tattoos, Lou et Sandy d’Iguana Tattoo Neufchâteau, Jorre de The Black Lotus Antwerpen, Rude 23 keller, Jean de 23 tattoos Anvers, Philip de Liberty tattoo Anvers, Dark Bird, Stef de The Ace’s Tattoo shop. ».


 

Instagram : @antoinepaultatoueur

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