Nag et ses créatures hybrides

Des femmes oiseaux ou des cœurs organiques fleuris, Nag imagine des créatures hybrides et oniriques dans un style dot précis et efficace. Nag tatoue depuis 7 ans dans l’Oise et vient d’ouvrir un nouveau shop à Compiègne qui annonce une bonne ambiance :  » Bien comme ça « .

Raconte-moi ton premier tattoo.

Dans une petite ville près de chez mes parents à la campagne, il y avait un tatoueur qui bossait bien et qui venait dans le même café où je trainais avec mes potes de l’époque. J’avais 16 ans. Me connaissant bien ainsi que ma maman, il a accepté de me tatouer sans autorisation parentale un petit truc discret. Comme tous les premiers tatouages, je ne referais absolument pas cela aujourd’hui. Il est hyper discret et dans la nuque. J’avais dit à ma mère que je n’en ferai pas mille car j’avais trouvé la sensation abominable. Après tu oublies vite. J’ai fait des trucs bien pires depuis.

Quel est ton rapport au tatouage ?

A l’époque où j’ai commencé à me faire tatouer, il y a 15 ans, c’était plus un truc de rebelle. Il y avait moins de gens tatoués donc se faire tatouer à 16 ans, c’est lancer un conflit avec ses parents. Aujourd’hui c’est plus le moyen de collectionner des tableaux, en me tournant uniquement vers des artistes dont l’univers graphique m’intéresse. Si j’ai l’occasion de me faire tatouer à l’improviste par quelqu’un que j’admire c’est cool. Il y a aussi ce côté souvenir du moment avec des gens qui ne sont pas forcément tatoueurs d’ailleurs.  J’ai du mal à faire la démarche de prendre un rendez-vous avec un artiste que je ne connais pas.

Es-tu autodidacte ou as-tu fait un apprentissage ? Comment es-tu devenue tatoueuse ?

Je suis en partie autodidacte. Les tatoueurs autour de chez moi ne prenaient pas d’apprentie. Je suis partie dans la région de Toulouse, j’ai travaillé avec un tatoueur mais on ne s’entendait pas du tout. C’était un apprentissage à la dure. J’ai atterri ensuite chez Seb de Werewolf tattoo et j’ai pas mal géré la boutique et la clientèle. J’ai beaucoup appris là-bas. Ensuite j’ai commencé à tatouer chez moi et le bouche à oreilles a bien marché. J’ai vite progressé en tatouant tous les jours.

Que préfères-tu dans ce métier ?

Tout le monde me prédestinait à être dans le commerce. J’aime les gens donc le rapport avec la clientèle est assez naturel. Je ne me définirais pas comme une créative. Ce que je trouve cool dans le tattoo c’est qu’il y a un cahier des charges défini par le client. Je vois plus cela comme de l’artisanat que de l’art pur et dur.

Comment définis-tu ton style ? Comment a-t-il évolué avec le temps ?

J’ai toujours bien aimé le dot work. Ma première planche de flashs qui a bien marché proposait des papillons mélangés avec des crânes et des cœurs mélangés avec autre chose. Du coup j’ai commencé à faire ça.

D’où te viennent ces idées d’associations un peu hybrides ?

Je suis forcément influencée par ce que je vois passer sur internet et du coup je mélange deux éléments complètement différents et c’est comme cela que sont venus les oiseaux visages. Avant je trouvais ça cool le point par point et je n’en fais quasiment plus aujourd’hui mais plutôt une grille tramée qui peut donner mille rendus différents.

Pourquoi utilises-tu aussi peu de couleurs ?

Je ne suis pas une bonne coloriste. J’aime les tattoos en couleur sur les gens ou les artistes qui le font mais cela ne me tente pas de le faire. C’est aussi parce que je n’ai pas eu d’apprentissage précis là-dessus donc je préfère ne pas m’aventurer. Je fais un peu de bleu car je trouve que c’est une couleur facile, il est assez foncé donc cela ne risque pas de mal vieillir. Je l’utilise exactement de la même manière que le noir.

Est-ce que tu as des idoles, des mentors dans le milieu, des gens qui t’ont inspirée ?

Il y a Léa Nahon et Jean-Luc Navette. Au début je m’intéressais à tous les styles donc la liste pourrait être très longue. Après j’ai découvert le travail de Pierre Oked, je suis fan. Alex d’Encre mécanique m’a pas mal conseillée, on habitait pas loin l’un de l’autre. Il m’a aussi aidée à apprendre à dire non aux projets qui ne m’intéressent pas ou qui ne correspondent pas à mon style. Dans ce cas je redirige toujours vers d’autres artistes. Puis j’ai commencé à faire des guests et des conventions. Quand je suis en guest chez Tin-Tin, quand je demande leur avis à la fin d’un tattoo, ils vont me dire exactement ce que je peux faire pour que ce soit encore mieux. Tu as un avis extérieur sur ce que tu fais. Tu peux vraiment évoluer toute ta vie.

Nag, Parle moi un peu de ton nouveau shop !

Ça fait quatre ans que je fais beaucoup de conventions et de guests. J’avais très envie de partager mon quotidien avec un autre artiste plutôt qu’en mode privé. Avec Romain on est complémentaires, il maîtrise tous les styles que je ne fais pas et il est chouette et sérieux. On n’avait pas envie d’avoir une boutique pignon sur rue même si on sera peut-être obligés d’y venir avec l’évolution du tattoo. Il y a tellement de shops qui s’ouvrent, un nouveau tous les trois mois dans ma ville à Compiègne, cela prend une énorme part de clientèle. Mais pour l’instant on a décidé de faire un shop privé. D’ici un ou deux ans, si tout se passe bien, on se prendra peut-être un local commercial.

Je finis souvent mes tattoos en disant « Est-ce qu’on ne se s’arrêterait pas là, c’est bien comme ça non ? ».


Informations :

Instagram Nag / Bien comme ça