Mondial du Tatouage 2016 : le goût du péché

mondial une

Photographies par Ségolène Accariès
Intense, le Mondial du Tatouage 2016, le fut encore cette année avec 32000 personnes réunies pendant trois jours. Comme un Triathlon qui se finit en bonne gueule de bois, l’après Mondial est souvent douloureux. On aurait presqu’envie d’abandonner son corps, un peu plus encré, dans les tranchées. Quelques heures de sommeil après, on arrive enfin à extirper notre cerveau des vapeurs de 8.6. Maintenant, on va tenter de revivre l’adrénaline procurée par ce rassemblement d’artistes venus des quatre coins de la planète ; Russie, Etats-Unis, Bornéo, Royaume-Uni . Une quatrième édition toujours bercée par le bourdonnement des dermographes et le goût du péché…

1. Luxure : 350 tatoueurs – et moi et moi et moi…

Premiers arrivés, premiers servis…Il était plutôt plaisant de commencer à se faire tatouer le vendredi midi, à la Halle de la Villette. Pour la simple et bonne simple raison que tout le monde, content d’être-là est ultra motivé. A midi, les stands se mettent en place petit à petit et le public commence à se presser, derrière les barrières. L’ambiance est sereine, pleine de volupté…Sauf pour le DJ’s qui n’a prévu que trois chansons, pour le moment. L’heure est au tour des lieux, crucial.

En face de la scène, dans un des premiers box du rang central, on observe Alexander Grim, tatoueur Russe à l’univers gothique et impressionnant de justesse. Discret, il installe son box, sans même y ajouter son nom. Seuls les avertis le reconnaîtront. Sur la rangée, Manon et ses chats à trois yeux, néo-traditionnels, absorbent notre attention tandis que du côté opposé, Seth Woods (Temple Tattoo, Oakland) enchaine déjà les pièces. A ses côtés Nathan Kostechko, Guen Douglas et Uncle Allan finissent la rangée… L’ambiance s’installe en ce vendredi, celle qu’on aime : détendue et chaleureuse. On decide alors de faire le tour de cette jungle folle… Cette année, le Mondial propose des passerelles pour mieux circuler. L’idée de génie ! Enfin, comme tout le monde, on ne peut s’empêcher de s’arrêter à tous les stands, et on met encore trois heures avant d’avoir tout vu. On aurait dû s’en douter…

Nathan Kostechko ©Ségolène Accariès

Rafel DelalandeManon from Outerspace sous l'oeil de P- Mod

2. Paresse

La technique pour se reposer au Mondial ? Paresser devant les concours et admirer le jury hocher la tête d’approbation devant les peaux. Ce qui est magnifique, c’est cette effervescence et cette qualité qui réunissent autant de tatoueurs extrêmement doués, des champions toutes classes confondues. Mieux encore, très vite on s’aperçoit que le public est connaisseur. Les tatoueurs français et internationaux sont là eux aussi, venus rencontrer admirer et se faire encrer. Très vite, on croise Junior de chez Guicho Tatouages ou Pauline Tabur (Nuevo Mundo), venus en observateurs et alliés de leurs masters. Les allées se remplissent, les stands sont parés à affronter un des plus longs week-end de l’année !

Enfin, les premiers bruits de micro se font entendre – Alexandre Devoise – star du PAF il y a 10 ans – rentre en scène – la moitié de la salle se demande qui est-il (?)…avant d’applaudir le fameux jury. L’excitation de voir réunis Kari Barba, Bill Salmon, Philip Leu et son magnifique chapeau ou encore Atkinson et Tin-Tin est à son summum. Premier concours : meilleur petit couleur. Le gagnant est un des plus récompensés qu’on ait pu voir, Horihui, meilleur bodysuit l’an dernier, le Taiwannais est aux anges et installe littéralement son trône à Paris.

©Ségolène Accariès

3. Colère

Alors qu’Alexandre Devoise – bleu en la matière, il faut l’avouer, s’interroge sur scène en voyant défiler ces corps tatoués : « c’est tendance les animaux, c’est ça ? »… Tin-Tin en bon ami, réajuste et réaffirme la contre-culture tatouage à l’opposé d’un quelconque phénomène de mode. La voix du sage a parlé, on hoche frénétiquement la tête. Car si le Mondial s’ouvre comme un défilé de tatoués, il se continue comme le symbole d’une contre-culture marquée. La preuve, avec des irréductibles, qui ont dédié leur corps à cet art ou d’autres comme Anne & Julien de la revue Hey ! Qui consacrent leur vie à le mettre en avant. Le poing levé…ou presque, après, le 1/4 d’heure « révolte »où on s’égosille sur les présentations façon « M6″ des tatoués dans les médias, on se dit qu’on va se calmer un peu…Comment ça, c’est la 8.6 qui parle?

4. L’Avarice
Shopping Time ! On s’attarde sur les tubes de crème de soin, au visuel minimaliste et plutôt classe de Derm-Ink. La team, toujours dynamique, revendique ses compositions made in france, non grasses et super efficaces. Plus loin, pour les pro on retrouve ITC, tandis que les plus grands lecteurs s’attardent tout autour des stands de Gomineko ou Hey ! La Revue d’art moderne afin de se sustenter d’art, encore et toujours !Or, les plus malins iront aussi sur certains stands bien choisis dégoter les meilleures séries limitées comme « Chiaroscuro » de Cokney ou le 59 Apokrypha, de Jondix  : petit mais sacrément costaud.

« Car, le Mondial, il faut l’avouer, c’est un peu l’Interville du tatouage, tout le monde a envie de finir le parcours…! »

©Ségolène Accariès

5. Gourmandise
A force de s’en prendre plein les yeux avec Yonmar, Dan Sinnes ou encore Shammus et ses rosaces traditionnelles impeccables, ça creuse ! Plus espacé, cette année le Mondial trouve sa disposition de croisière… Impeccable pour mater les uns et les autres en pleine souffrance se tordre de douleur ou se faire piquer comme si de rien n’était …Sauf que…ça creuse !

Le coin restauration déménage entièrement dehors. Mieux encore, des foodtrucks sont présents cette année. Rien encore de 100% vegan/végétarien mais certaines options sont de la partie. Mieux que rien. Le ventre grogne, on se précipite dehors ! Le saint Graal est proche…ça sera sans compter, une attente de 45 minutes, dans le froid. Trop beau pour être vrai, autant dire, qu’on savoure son sandwich rasta comme jamais ! Il en va de même pour les soirées terriblement rock’n’roll, assurées par les groupes Sticky Boys et Hangman’s Chair, le vendredi soir. Plus métal, le samedi soir, on se rue devant Orange Goblin et Uncle Acid & The DeadBeats. Immanquable.

6. L’Envie

Badauds, curieux, hésitants, on est d’accord, sur cette convention on retrouve de tout. Mais chacun aura ce réflèxe immuable de remplir ses poches de stickers et autres cartes de visites quoi qu’il arrive…A l’instar, c’est surtout l’occasion de se faire tatouer ! Au vu de la programmation nationale et internationale, ça fait rêver. On croise Ryma & René, ce dernier tatoué par xCyrx , venus se faire un petit flash au passage l’un très girly l’autre plutôt carrément « costaud ».

Tous deux concourent pour le meilleur petit couleur. Durant les trois jours, toutes sortent de pièces seront récompensées, Guy le tatoueur pour le 3ème prix bodysuit ou encore le géométrique de Jean-Pierre Mottin (Best of Show). Du géométrique au graphique en passant par les bodysuits complets au plus traditionnel japonnais, on en prend plein les yeux. Si on ne les avait pas admirés lors du défilé de tatoués au Petit Palais pour l’exposition Kuniyoshi, on a pu les voir gambader pour certains simplement habillés d’encre. De Shigé à Ichibay, on se dit que le tatouage japonais est un des arts les plus fascinants qui soit.

Ryma tatouée par Joey Inkfever

best of show - jean pierre MottinGreg Laraigne

7. Orgueil

Etre tatoué c’est aussi être fier de représenter son tatoueur. En convention, on finit une pièce avec son tatoueur attitré ou on en rencontre un nouveau avec qui le lien sera à créer. Au mieux, on endure quelques heures de souffrance, on serre les dents et on paie un verre à l’artiste qui aura tout donné en peu de temps. Dane Mancini fait partie de ceux qui piquent en moins de deux heures une pièce moyenne et qui comme Joel Soos scotchent par leur efficacité. Ce dernier avouera même en être à son sixième tatouage de la journée… Quand d’autres comme Chad Koeplinger, à 23h00, alors que les allées sont vides, discutent culinaire, en enchaînant backpiece sur backpiece. Jovial, Chad K. est loin d’être effrayé par la moitié du dos à remplir de rouge écarlate qui se trouve devant lui. Car, le Mondial, il faut l’avouer, c’est un peu l’Interville du tatouage, tout le monde a envie de finir le parcours…!

Troisième jour et fin de la course pour beaucoup, le Mondial s’essouffle en douceur. L’ambiance est cotonneuse, la tête dans le brouillard, on a envie de rêver. Naïfs et abstraits les flashs d’Amanda Toy s’épuisent, victime de son succès. En y réfléchissant, la veille on était à deux doigts de se la faire encrer, licorne-là en plein chest…Oups! Plus romantique, le style décoratif de Dodie ou encore la jolie pièce du copain belge Rude du 23 Keller, à la composition florale très illustrative qui confie lui aussi être passé sous les aiguilles cette année, et pas des moindres, celles de Mike Davis de San Francisco. La boucle est bouclée… La fin arrive sans qu’on s’en aperçoive. Il faut dire que le Mondial, c’est un peu comme Space Mountain, une fois le tour fini, on n’a qu’une envie, recommencer.


www.mondialdutatouage.com

©Ségolène AccarièsLaura tatouée par Seb Otis, La Maison des Tanneurs ©Ségolène Accariès

©Ségolène Accariès

 

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