Maud DardeauA�: A�A�Le noir reste plus sobre et A�lA�gantA�A�

Maud Dardeau - Tin-Tin Tatouages, Paris

Photographies : P-Mod
Avec ses 340 artistes tatoueurs rA�partis sur 20 000 m2 a�� deux fois plus que l’an passA� a�� le Mondial du Tatouage est devenu un incontournable. Si on n’y loupera pas les concerts de As They burn et Jennifer Cardini ni les expositions de MikaA�l de Poissy et Thomas Krauss, le Mondial, avant toute chose, est l’occasion de se faire encrer, A� la fois par des internationaux et des petites perles frenchies, comme Maud Dardeau, repartie avec un prix l’an dernier.

De quoi appuyer le talent de la jeune tatoueuse, chez Tin-Tin tatouages depuis trois ans et enchainant, avec une facilitA� dA�concertante, grosses piA?ces sur grosses piA?ces. Cette annA�e encore la tatoueuse va s’attaquer A� deux ou trois dos avant de retrouver un ancien clientA�: A�A�c’est un suisse qui s’est fait faire le dos l’an dernier et revient pour une cuisseA�!A�A�.

Un programme chargA� pour celle qui A� l’instar de ses majestueuses peintures, sait se faire remarquer avec une gouache bien trempA�e rA�vA�lant un personnage naturellement simple et attachant. Elle raconte comment elle a troquA� ses cartoons colorA�s contre un amour du noir qui ne tarit jamais.

Comment t’es-tu retrouvA�e chez Tin-TinA�?

M.D : Je viens de Troyes mais A� l’A�poque, cela faisait dA�jA� 5 ou 6 ans que j’A�tais sur Paris. Je faisais beaucoup d’expositions avec mon ancien collectif A�A�JeanspezialA�A�, j’A�tais illustratrice en agences. A Paris, j’ai commencA� par me faire tatouer par quelques tatoueurs dans le salon de Tin-Tin. Puis je suis revenue une deuxiA?me fois et j’ai commencA� A� discuter avec les diffA�rents tatoueurs. Je leur ai dit que je peignais et tout de suite A�a les a intA�ressA�. Ils m’ont dit de repasser avec mon book pour leur montrer un peu mon boulot, mes peintures et ce que je faisais…et voilA� je me suis retrouvA�e devant Tin-Tin A� lui prA�senter mon travail et il m’a prise directement en tant qu’apprenti.

maud dardeau

L’illustration c’est ton mA�tier A� l’origineA�?

Oui, moi de toute faA�on j’avais fait deux A�coles de communication visuelle (ESAA et un BTS en communication visuelle) alors je me suis vite retrouvA�e dans des agences A� faire des packagings et des visuels de produits. La premiA?re annA�e, quand tu sors de l’A�cole, c’est toujours cool mais ensuite on commence vraiment A� t’orienter pour faire du marketing de produit et vendre. Ca, clairement c’A�tait pas mon trucA�! Le dessin a toujours vraiment A�tA� ma passion et j’avais pas envie de me sentir ficelA�e ou de devoir m’en servir pour vendre des compotes. Je me suis dit que ce n’A�tait pas fait pour moi et aprA?s je me suis mise A� mon compte.

Comment as-tu construit ton univers d’illustratriceA�?

A l’A�poque, je faisais des trucs super dA�biles , des peintures comme tu as derriA?re (elle montre un espace chez Tin-Tin Tatouages, ndlr), des trucs trA?s graphiques, avec des personnages de A�A�supers saucissesA�A�, des A�A�Monsieur PatateA�A�, trA?s colorA�s et hyper cartoon. Mais au bout d’un moment j’ai eu envie de faire des choses un peu plus sA�rieuses cependant tout en gardant un petit clin d’oeil drA?le. Je me suis mise A� dA�tourner des images religieuses en faisant quelques bestioles dessus…quelque chose de trA?s rA�aliste car j’aime bien la gravure.

Mais j’avais aussi envie que l’on ne voit pas trop la diffA�rence entre l’image originelle et ce qui a A�tA� rajoutA�. On ne peut pas dA�terminer si tout est voulu ou si il y a un dA�tournement. On retrouve une image qui peut faire penser A� une peinture de maitre dA�tournA�e. J’aime cet esprit car la peinture A�a a toujours A�tA� un instant de dA�tente, pour moi. J’ en ai toujours fait un peu qu’A� ma tA?te, je fais ce qui m’amuse, point barre.

« J’avais fait un peu le tour de mes petits bonhommes dA�biles »

Toi qui aimes beaucoup la peinture, qu’est-ce qui a fait que tu as lA?chA� ce monde-lA� pour le dermographeA�?

C’est justement quand j’ai commencA� A� me faire tatouer. Et cela faisait quand mA?me six ans que j’A�tais avec mon collectif, donc j’avais fait un peu le tour de mes petits bonhommes dA�biles. Et me faire tatouer, cela m’a donnA� envie de faire des choses un peu plus sA�rieuses et de tout rA�apprendre A� zA�ro, afin de savoir comment cela fonctionne en tattoo.

Et cA?tA� techniqueA�?

C’est ce domaine, de toute maniA?re le plus intA�ressant dans le tattooA�! Car dans tous les cas, chaque peau est diffA�rente et A� chaque fois que tu attaques un nouveau tattoo il faut voir si cela convient. Sur un dessin tu as l’avantage de pouvoir passer et repasser et modifier alors que sur un tattoo, c’est quand mA?me plus compliquA�A�! Il y a ce cA?tA� A�A�one shotA�A� auquel il faut faire attention certes mais c’est aussi tellement excitant. On pose une base et aprA?s on se laisse tenter…Puis on y vaA�! J’aime bien improviser, il y a des tattoos qui A�voluent au fur et A� mesure des sA�ances car cela laisse le temps aux idA�es de venir.

Tu es trA?s noir et gris, pourquoiA�?

Justement car je viens de la couleurA�! Comme j’ai voulu amorcer un gros virage complA?tement diffA�rent, je voulais changer du tout au tout. Et quand je suis arrivA�e ici il y avait dA�jA� des tatoueurs qui faisaient du rA�alisme, de la couleur ou mA?me du manga, voire du rA�aliste pur et dur. Je me suis dit que je n’allais en aucun cas copier-coller mes collA?gues mais trouver ma patte. Le style gravure m’a attirA� de suite et n’A�tait pris. Je m’y suis donc attelA�e et le noir s’est ensuite imposA� de lui-mA?me.

Ce travail du noir, t’a plu tout de suiteA�?

MA?me si je viens de la couleur, pour la peau, je suis plus sensible au noir qu’A� la couleur. Moi-mA?me je porte quelques tatouages en couleur mais le noir reste plus sobre et A�lA�gant. Il y a tellement de choses que l’on peut faire avec le noir. Au dA�but je me disais que j’allais le travailler A� fond pour ensuite passer A� la couleur…Au final je suis toujours dans le noirA�! Peut-A?tre qu’aprA?s je ferai de la couleur, on ne sait pas (rires)…

Tu m’as dit avoir A�tA� attirA�e par l’esprit gravure, tu peux prA�ciserA�?

J’ai toujours A�tA� sensible au cA?tA� tramA� et aux gravures de Gustave DorA�. C’est incroyable avec juste de la ligne qu’on puisse arriver A� avoir autant de profondeurA�! Dans le tatouage on rA�adapte, mais on peut pas avoir autant de trame qu’en gravure. On est obligA� de ne pas surcharger en trame pour ne pas se retrouver avec un aplat noir, sur la peau, dans dix ans.

Tu prA�fA?res travailler avec des lignes A�paisses ou finesA�?

Il me faut les deux. Justement il me faut de la ligne forte pour faire ressortir les lignes fines A� cA?tA�. J’utilise toujours une grosse traceuse, puis une trA?s fine qui s’utilise pour faire des points et de l’ombrage, brefA�! J’utilise de tout. J’aime le Dot aussi mais je prA�fA?re composer avec plutA?t qu’en faire toute ma trame maintenant. Au dA�but oui mais comme c’est quelque chose qui a A�tA� vite repris et que l’on voit de plus en plus en ce moment, A�a m’a un peu lassA�. Je m’en sers au final plus pour crA�er de la texture.

Que prA�fA?res-tu travailler en tattooA�?

Les dos en gA�nA�ral, c’est lA� oA? l’on s’amuse le plusA�! C’est vraiment comme un gros tableauA�! C’est agrA�able car tu as une bonne vision d’ensemble et puis quand tu tombes la chemise, c’est boumA�! Une bonne grosse piA?ce dans le dos, A�a marche toujours bien quand mA?me.

crA�dit : P-MOD

Tu es tatouA�e par quiA�?

Tin-Tin et puis par tout le monde, Bruno KA�a, Jondix, Alex Peyrat et j’en oublie…Moi quand je suis arrivA�e ici j’avais seulement quelques piA?ces et puis quand tu tattoo tu deviens facilement pote avec d’autres tatoueurs et lA� tu te fais des A�changes du genreA�: si tu me tattoo, je te file une peinture etc. Et dans ces cas lA� tu laisses carte blanche au collA?gueA�: c’est vas-y, fais-toi plaisirA�!

Sur toi, quelle piA?ce fA�t des plus excitantes A� rA�aliserA�?

Je crois que c’A�tait Tin-Tin. Il m’a tatouA� une de mes peintures, qu’il a reproduite. C’est une de mes plus grosses piA?ces et j’en ai bien chierA�! Disons qu’ il a de la poigneA�! Personnellement, c’est jamais trA?s rA�flA�chi les tattoos, je les ai toujours fait un peu sur un coup de tA?te. Quand quelque chose me plait, il faut que ce soit fait dans les 15 jours, sinon c’est pas drA?leA�! (rires). Je ne pourrai pas faire comme les clients A�A� attendre des mois pour un rendez-vous. Du coup je comprends que quand tu prA�voies un rendez-vous les envies bougent et tu rA�ajustes ton idA�e de tattoo.

maud dardeau

LA�, on va te retrouver au Mondial du Tatouage pour la troisiA?me annA�e, quelle A�tait ta premiA?re conventionA�?

Ma toute premiA?re convention c’A�tait MontrA�al, c’A�tait A�norme, j’A�tais verteA�! (rires). Cela devait faire quatre ou cinq mois que je bossais vraiment A� plein temps et on m’a envoyA� lA� a�� bas. C’A�tait l’angoisseA�! Au final, A�a c’est super bien passA� et j’ai bossA� pendant trois jours, non stop. J’avais ramenA� des dessins A� moi et la clientA?le A�tait super ouverte. J’y suis allA�e avec Issa, un ancien d’ici. On rencontre plein de monde, c’est chouetteA�!

MA?me si la premiA?re annA�e j’ai pas vu grand chose car j’A�tais un peu la tA?te dans le guidon pendant les trois jours, ensuite j’ai pu aller voir le travail de mecs comme Myke Rubendall, ce genre de tatoueurs amA�ricains qu’il est toujours agrA�able de voir bosser. Je ne suis pas forcA�ment ceux qui sont dans le mA?me style car quand je te dis Myke Rubendall, c’est un tatoueur qui fait principalement du japonais. J’adore aussi Thomas Hopper qui bosse dans le noir et Jondix dans le point. C’est grA?ce A� lui que j’ai pu commencer A� en faire et c’est aussi lui qui m’a fabriquA� cette machine (dA�signe une machine sur sa table, ndlr) .

Et Jondix, t’a tatouA�e, nonA�?

Alors Diego a fait mon chien (sur le bras, ndlr) et Jondix a fait tout le pourtour en point. Et A�a marche hyper bien ensemble. Le mec est adorable en plus, c’est encore mieuxA�!

Y-a-t-il un sujet qui te lasseA�?

Le problA?me en fait c’est la rA�pA�tition. Par exemple les poulpes, je ne peux plus, mais j’en ai fait un, deux , trois, tant que A�a reste diffA�rent et que tu le changes A�a va, mais au bout d’un moment tu en fais cinq, six, sept, ceux a�� lA�A�: blocageA�! Tu postes un poulpe en gros et tout le monde en veut. Quand le sujet me parle pas je prA�fA?re dire non et renvoyer sur quelqu’un d’autre A� qui cela va parler plutA?t que de me forcer, car quand tu te forces A�a se ressent. S’il n’y a pas ce peps et l’envie de le faire, A�a peut desservir un tattoo.

Tu te vois dans 30 ans continuer A� tatouerA�?

Pour l’instant, je ne me vois pas faire autre chose que tatouer…mais je disais A�a quand j’A�tais peintre aussi, alors on ne sait jamaisA�! Cela peut vriller du jour au lendemain.


MAUD DARDEAU – FACEBOOKINSTAGRAMTATTOO TRAVELERS
CrA�dit photos portraits et slider : P-Mod

crA�dit : P-Mod

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