Markus : Beat’n’ink

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Photographies : Ségolène Accariès
Sillonnant à la fois le rock et la mode, Markus Rose Barker est un personnage bien connu de la scène parisienne. DJ au Bus Palladium et dans de nombreux bars rock la nuit, il est aussi adepte de la fripe le jour. Loin de se prendre au sérieux, le jeune homme bourré d’humour ( ou tout court) commence à se faire encrer par Léa Nahon. Encre noire à la fois traditionnelle et intemporelle, il affectionne aussi le style gravure et le néo-trad’. Un air nonchalant, une gueule qui retient et des tatouages bien choisis, ce créatif rebondit de projets en projets et de soirées en soirées. Plutôt Carpe Diem, Markus a partagé une mousse avec nous. Rencontre.

Une bonne vieille veste en jean sur les épaules, Markus ne se sépare pas de ces classiques qui donnent du style. Ce chineur, fana de la fripe travaille dans le retail, en friperie. Intemporelle, déglinguée et recyclée, la fripe correspond à une vision de la mode moins arrêtée qui plait à Markus. Cheveux longs et bandana noué, la journée n’est pas encore terminée pour Markus qui se prépare à mixer. Si vous arpentez les bars rocks parisiens de temps à autre, sûr ! Vous l’aurez croisé, soit au bar soit derrière la platine. Amené au tatouage par la musique et l’esthétique, Markus s’encre sur le tard. Mais Léa Nahon qui l’encre pour la première fois lui lancera en guise de prémonition un :«  toi, tu finiras bleu ! ».

Dans le mille. Aujourd’hui Markus a une bonne dizaine de tattoos, un Chest façon patchwork, mains et cou tatoués et encore plein d’idées !

« je ne considère pas faire les choses par effet de mode, je les fais parce que j’aime ça, pas parce que c’est branchouille de dire qu’on est DJ »

Dj, modèle, looké…ce package , tout le monde pourrait le classer « vite-fait bien-fait » dans le tiroir « stéréotype du parisien » car comme il le dit lui-même « je fais de la selekta, tout le monde en soi peut le faire mais je ne considère pas faire les choses par effet de mode, je les fais parce que j’aime ça, pas parce que c’est branchouille de dire qu’on est DJ. » Son rythme de vie, beaucoup auraient du mal à le suivre, entre faire danser les filles dans les clubs, poser aussi pour des photographes, et trier les sapes vintage, Markus refuse le fameux « metro-boulot-dodo ». « Tu es crevé mais tu le fais car tu sais que c’est un plaisir de retrouver d’autres gens et surtout de sortir de ton contexte, du quotidien ou ton travail qui te prend la moitié de ta vie. » Figure de la nuit rock parisienne, sa gueule et ses tatouages marquent les esprits.

Markus rose barker, tattoo, ink, portrait, tatoué ©Ségolène Accariès

Markus ne commence à se tatouer qu’à 26 ans. Il enchaine un peu entre 2011 et 2013 mais commence par s’encrer des motifs rappelant sa passion de la musique, ayant joué de la batterie dans un groupe : « La musique en premier et puis j’ai managé aussi un groupe même si c’est pas vraiment un statut reconnu. Un groupe de potes qui faisait du métal fusion, y a 10 ans et à côté j’ai bossé dans des studios de répétition et je faisais de la régie plateau avec une formation sur le tas, installation de concerts et tout l’univers technique. Ca s’est fait un peu par hasard car j’habitais en banlieue à Chelles dans le 77, à côté d’une salle de concert. Je l’ai même fait tatouer au dessus du genou, on est un groupe de 20 et ¾ tatoués et c’était notre délire. L’endroit le moins visible, c’est pas ce que j’aime à voir au premier coup d’oeil ! Ensuite, je me suis lancé dans la mode, la vente. »

Avec cette culture rock qui ne le quitte plus depuis ses 10 ans, Markus pense tatouage mais passe à l’action bien plus tard avec Ludo et David Morrison et deux lettrages par Le Serbe. « Le reste c’est mon pote Nico qui vient de temps en temps sur Paris, Golmund l’épicurien ou Nicolas Rousseau qui est autodidacte. J’ai confiance aussi car il a une formation de tatoueur, c’est pas comme s’il avait acheté une machine et s’était lancé sans rien. J’ai aussi une pièce d’Eddie qui bosse au 23 Keller, une tête de mort sur le pec’. »

« Pour moi le tatouage ça m’habille, c’est esthétique tout simplement, à défaut d’avoir des histoires pour chaque tattoo. »

On l’aura compris, si Markus commence par des pièces moyennes, il se dirige ensuite de plus en plus sur l’idée d’un patchwork lorsqu’il s’agit de son Chest. « A la base je voulais un bras full et un bras vide et au final j’ai pas du tout ça, et c’est pas du tout ce qui était prévu car entre temps tu crées ton univers, tu regardes des bouquins et tu te forges autre chose et le patchwork est venu au fur et à mesure. Le déclic c’est quand j’ai vu le boulot de Liam Sparkes, je me suis dit : ça défonce ! Et puis étant très fin, je trouve que les grosses pièces sur des mecs comme moi c’est pas super beau, donc j’ai choisi le côté un peu destructuré entre traits et aplats, tu charges d’un côté et de l’autre tu laisses respirer… » .

Lettrage, couronne, sabres croisés et hirondelles démarrent le haut de son torse jusqu’à se faire tatouer un bateau sur le ventre, très douloureux d’après son propriétaire. Ses pièces varient entre bold lines et gravure, dans un esprit tourné vers le motif sailor et marin. A côté de ses traditionnels old school, d’autres tattoos sont plus légers et marquent le coup de belles rencontres. Comme cette petite pinte, qu’il arbore : « je mixais au Sans Soucis à Pigalle, il ont fait venir deux tatoueuses pour un événement le dimanche et je mixais lorsqu’ une des tatoueuses m’a dit « Markus je te fais un truc », j’étais pas frais non plus, j’avais une pinte à la main alors je l’ai fait…c’est Karine qui bosse à l’atelier KaTattoo à Clichy qui m’a encré ».

MARKUS ROSE BARKER, tatoué, ink, tattoos, portrait, ©Ségolène Accariès

Si aujourd’hui il regrette quelques uns de ses premiers tattoos, c’est parce que Markus se reconnaît impatient: « Mes premiers tattoos, je voulais aller un peu trop vite je m’emballe, sauf que là c’est du tatouage et on achète pas un jean ou une coupe de cheveux ! ». Pourtant, c’est aussi ceux là qui l’aideront à se forger des connaissances et un univers esthétique. Il s’informe, mûrit certaines idées pendant plusieurs années, en imagine certaines dans d’autres styles. « Le dernier que j’ai fait, c’est un cœur avec des épées dedans, je pense pas me tromper car c’est du classique. Je l’ai fait par rapport à l’esthétique. Je fais partie des gens qui ne donnent pas de signification à leurs tatouages. […] Les seuls où je peux dire quelque chose c’est mon Mom et Dad sur la tranche des mains, l’histoire elle est là tout simplement. »

La tranche des mains, qu’il se fera faire à Art Corpus, ne sera pas une partie de plaisir, mais si Markus vise l’esthétique, il s’intéresse aussi au tatoueur et à ce qu’il porte, un élément représentatif qui le met en confiance.

Des projets, ce sosie de Guy Le tattooer en a à la pelle. Aprés les mains et les doigts, il s’attaquera le cou avec une seule philosophie en tête. « Je me suis toujours dit qu’on a qu’une vie, c’est ma philosophie et surtout qu’il ne faut pas la vivre par rapport aux autres. J’ai commencé par les doigts, ensuite les mains car tu n’es plus à ça près, puis le cou. Là, j’ai mis un peu plus de temps confie-t-il avant d’ajouter un, je me suis dit ; grillé pour grillé allons-y ! ». Une pratique qui le fait apparaître comme le petit canard boiteux de la famille.

« Pour les parents c’es toujours un peu difficile confirme-t-il, je pense que c »est une culture et pas un écart générationnel, en fait il faut juste s’y mettre ».

Plus moyen de se cacher. Cette étape décisive lui ouvre aussi les yeux sur une autre réalité : la perception française sur le tatouage moderne. Bien loin encore malgré les améliorations, les français ont toujours ce regard mi-curieux mi-apeuré face aux tatoués. Markus en a fait les frais à son job avec des clients qui se permettent des conseils inappropriés ou et d’innombrables clichés tel le : « Et quand tu seras vieux ? ». «  Il y a de la curiosité, de la peur, de l’étonnement tu fais un peu la bête de foire par moments », résume-t-il.

Pas de quoi perturber les envies du rocker que vous pouvez voir enchaîner les Dj Sets parisiens. Bien décidé à continuer son patchwork, il se laisserait bien tenter par un backpiece, mais ce n’est pas encore sa priorité...« c’est comme une feuille de papier, une fois que tu as fini le recto, tu tournes la feuille et tu fais le verso ! ».

On reviendra quand le point final sera jeté !


INSTAGRAM : @MROSEBARKER / FB: MARKUS ROSE BARKER

MARKUS ROSE BARKER, tatoué, ink, tattoos, portrait, ©Ségolène Accariès

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