Luciano Lcn : la marque noire

luciano une


Photographies : Margaux Pastor

Tatoueur argentin, de passage à Tribal Act, Paris, Luciano Lcn a été formé dans le traditionnel pur et dur. Publié en argentine, pour son travail du traditionnel, Luciano réalise des pièces majestueuses comme de petits flashs désormais plus graphiques. Les aiguilles entre deux shops : La Cosa Nostra, à Buenos Aires et celui d’Ushaïa où il travaille avec Mauro, Luciano développe un style beaucoup plus dotwork, s’exerçant sur le noir à la Thomas Hopper. Et puisque l’amour donne des ailes c’est avec Anna, son amie, originaire de Montpellier que pour la première fois il s’est envolé pour la France. On a pu le retrouver à la convention de Rennes, à Toulouse ou Paris. Le tout en trois langues…

Peux-tu te présenter ?
Je suis tatoueur, je travaille à Buenos Aires tout en faisant les saisons estivales dans mon shop à l’autre bout du pays, à Ushaïa.

As-tu commencé là-bas ?
Cela fait huit ans que je tatoue. J’ai commencé en suivant mon père qui est pas mal tatoué. Je l’accompagnais dans les shops. Je dessinais beaucoup et je restais pour regarder les tatoueurs travailler. J’aidais aussi un peu et j’ai commencé à apprendre chez Atomos Tattoo à Buenos Aires. Mais je ne tatouais pas encore. J’ai d’abord démarré chez moi et entre temps Atomos Tattoo a ouvert un second shop en ville où j’ai pu commencer à tatouer, mais sans être réellement formé. Juste en observant et en scratchant quelques amis. On échangeait beaucoup aussi entre tatoueurs et on se montrait les tatouages des uns et des autres. Cela marchait bien à cette époque le patron d’Atomos était connu.

Lucian LCN par Jeter l’Encre Magazine from Jeter L’Encre on Vimeo.

C’était qui ?
Le patron était Chucky, un maitre du réalisme ! Il y avait aussi de l’oriental et du new school au shop grâce à d’autres tatoueurs comme Ema.

Comment décrirais-tu ton style de tes débuts ?
Quand j’ai commencé je dessinais du traditionnel et je faisais des petits tattoos, des lettrages, des flashs… car ce n’est pas à cette époque que j’ai véritablement trouvé mon style. Après deux, trois ans j’ai commencé à travailler aussi à Ushaïa. Puis, j’ai rencontré Enry Anglas qui fait du réalisme, par internet et j’ai ensuite travaillé pour lui. Il cherchait quelqu’un pour faire tout ce que lui ne faisait pas dans son salon.

« J’ai appris dessiner à partir d’une image réaliste car avec le traditionnel, tout ce que je fais ne s’appuie pas sur la réalité » […]

Qu’as-tu retenu de cette rencontre ?
J’ai bossé les ombrages et les combinaisons de couleurs et j’ai appris dessiner à partir d’une image réaliste car avec le traditionnel, tout ce que je fais ne s’appuie pas sur la réalité. On ne respecte pas forcément toutes les proportions, on déforme un peu… toutes les conditions ne sont pas respectées. Du coup maintenant, même si je me rattache à un style, j’essaie de garder les proportions et les formes afin de respecter l’image originale. J’aime autant le noir et blanc que la couleur mais à l’époque, il est certain que j’étais plus dans la couleur mais avec des encres rouge, ocre et marron mais jamais multicolore ou flashy.

Quel est ton point de vue sur le tatouage en argentine ?
Ca à beaucoup changé, il y a pas mal de bons tatoueurs qui sont reconnus dans le monde entier et qui voyagent. Le tatouage est aussi très accepté, les grosses pièces ne posent plus de problèmes.

Ton voyage en Europe t’ouvre-t-il d’autres perspectives sur le tatouage ?
Il y a plus de différence concernant la façon de travailler que de styles de tatouage. En Argentine il y a beaucoup de street shops, les gens viennent et on prépare le dessin sur le moment. Ici, on prend le temps de préparer le dessin en prenant plusieurs rendez-vous. Personnellement, je préfère cette façon de travailler.

Comment on décide de partir comme cela en guest pendant un an ?
Faire des guests c’est quelque chose d’assez nouveau, généralement auparavant lorsqu’on invitait un guest dans un shop, c’était parce que c’était le tatoueur du moment. Pour notre voyage, rien n’était vraiment planifié. On s’est dit qu’on allait venir à Montpellier car Anna est originaire de là-bas. On a écrit en premier à Lowbrow Tattoo et Thomas nous a répondu. J’y ai fait deux semaines d’affilé, avec quelques rendez-vous et humainement cela s’est très bien passé ! Du coup Thomas m’a aidé et d’autres shops m’ont écrit directement par la suite.

En arrivant en France connaissais-tu des tatoueurs français ?
Tin-Tin, Mikaël de Poissy, Alix Gé… En Europe, il y a aussi Jondix, qui m’inspire énormément. Ensuite j’en ai connu en arrivant et en parlant à des tatoueurs français.

Fais-tu des guests aussi en argentine, chez toi ?
Pas beaucoup. On a pas vraiment de guests mais plutôt des tatoueurs qui partagent leur temps entre deux shops. Comme Buenos Aires est très grand, ça peut être intéressant de travailler dans plusieurs coins de la ville.

UNDERBOOB ABEILLE

As-tu envie de travailler d’autres styles que le traditionnel ? J’ai l’impression que tu t’avances de plus en plus vers le dotwork ?
Oui, j’aime le dotwork mais je ne veux pas m’y enfermer et ne faire que ça. J’aimerais avoir une combinaison entre le traditionnel et le dotwork. Je ne peux pas dire si je ferais du traditionnel toute ma vie mais lorsque je fais du dot, c’est toujours avec des lignes de type traditionnel ; bien marquées, à la différence de pas mal de tatoueurs actuellement qui effacent les lignes ou les font moins apparentes.

Quelles sont tes meilleures inspirations ?
Dans le dot j’adore Thomas Hopper, Jondix…Mais je ne pourrai pas arriver à mêler du tribal ou de l’hindou comme lui. Pour moi, ça va au delà du fait de réaliser un dessin. Il faut s’investir spirituellement, c’est une culture à part entière, une croyance et une manière de vivre différente. Mais j’aime beaucoup ce que fait Jondix en terme de composition, d’ombres, il arrive à faire des grosses pièces imposantes et belles. J’admire énormément ce style mais je ne ferai pas ce genre proche du tribal. Je suis plus dans le dessin à la Thomas Hopper : les tête de mort, la géométrie etc. En ce moment, je travaille surtout les mandalas et la géométrie. Mais j’adore aussi les animaux. Je garde un point de vue assez large pour ne pas me retrouver enfermé. Je pioche d’ailleurs un peu partout pour créer.

Aujourd’hui beaucoup d’artistes font de l’illustration un style et s’inspirent de choses trés modernes du coup je me tourne plus vers des choses anciennes. Personnellement, j’ai surtout toujours voulu garder ce style traditionnel profondément inscrit dans mon tatouage, marqué par des ombres très noires. Dans le dessin je me permets de me chercher et d’être toujours en mouvement, mais techniquement je reste inscrit dans le traditionnel. Il y a une époque où je tatouais beaucoup de traditionnel américain, dans cette vision très épurée et strictement « trad’ ». Maintenant j’aime charger un peu plus mes dessins, les rendre plus fournis car généralement il n’y a pas plus de deux figures et c’est toujours un peu les mêmes représentations. J’aime mettre du détail pour que cela devienne autre chose.


LUCIANO LCN // FACEBOOK // INSTAGRAM // luciano.tattooist[a]gmail.com // TATTOO TRAVELERS PROFIL

POLICHA - copie

MANDALA NOÉ

Luciano Lcn par ©Margaux Pastor

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