Louise – « Je ne me vois plus sans mes tatouages »

UNE LOUISE


Crédit Photos : ©Vertie Photographies et ©Thomas Babeau

Elle aime les méchants de Disney, n’a pas vraiment de racines géographiques mais son regard perce souvent l’objectif des photographes. Louise Blueregard est conseillère de vente et vient de finir son bras entier, tatoué par Sacha Madewithlove. Si elle dit privilégier l’esthétique d’un artiste pour son tatouage – dans le dessin, Louise cache un rapport à sa personnalité. Le résultat est animé de petits animaux et de méchants à la Stephen King !

« Si je me fais tatouer, c’est que plus j’ en ai et mieux je me sens. Je ne me vois plus sans mes tatouages » assure la jeune femme, modèle pour Solenne Jakovsky entre autres. Le modeling, elle en fait pour le plaisir sans jamais l’avoir axé autour de ses tattoos. Elle assure qu’elle ne pourrait pas être Suicide Girls ! Ce n’est pas son truc. Plus un hobbie d’ailleurs, être modèle professionnelle elle ne l’envisage pas car : « trop petite ».

Elle débarque par hasard dans la photographie pour aider une amie qui recherchait des visages « funs ». Aujourd’hui, plus sombre et mystérieuse, Louise s’avoue facilement un peu fragile, se décrit comme « une bouteille d’Orangina » physiquement et éclipse avec ardeur toute popularité qu’elle trouve vite néfaste.

Complexe, la jeune femme saisit les poses toujours plus expressives et fortes. Ses tatouages en sont de même : jolis et vifs. Souvent plus pour le trait. Mais quoi qu’elle en dise, on peut en lire quelques aspects de sa personnalité.

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Le dos de ses mollets est encré de papillons réalisés par Neal Panda (On the road), une ville de passage pour Louise, qui l’a profondément marquée. La petite blonde aux yeux bleus est tatouée depuis l’adolescence, quand dès ses 16 ans elle se voit offrir un petit tatouage par sa mère. Il faut dire que l’encre est un désir de femmes dans sa famille. Tante et mère sont déjà tatouées et pour ses 16 ans, Louise qui voulait plutôt un piercing, se voit répondre : « si tu veux je t’offre plutôt un tatouage ! ». Chose promise chose dûe ! Car du point de vue maternel, le tatouage est un choix plus esthétique et plus discret.

Aujourd’hui, à 23 ans, on constate que le conseil familial, a réussi au delà de la discrétion ! Un raton laveur sur le bras, un renard récemment et les chats siamois de la Belle et le Clochard…c’est une vraie animalerie que compte Louise sur son corps. Mais son premier tattoo lui, n’a rien à voir avec ses plus récents projets : « c’est une étoile nautique, un symbole qui vieillit bien mais n’a pas vraiment de signification au départ. Il en a acquis une au fur et à mesure des années en tant que souvenir de cet anniversaire ».

 

Un an plus tard, Louise part avec sa famille à Tahiti, où elle découvre une autre culture : «  là-bas forcément il y a une culture naturelle du tattoo. Ils n’ont pas le même jugement, ce n’est pas un effet de mode ! Ce n’est pas choquant pour eux de voir un tatouage sur le visage : c’est un art de vivre. Et d’ailleurs ma mère qui n’en avait que deux avant d’aller là-bas, s’y est fait un dos complet ! », confie-t-elle avant d’ajouter : «  les tatoueurs là-bas, tatouent plus de part leur culture que pour en vivre ».

Si Louise peut avoir des traits d’une douceur porcelaine, elle a aussi profondément en elle une certaine noirceur, quelque peu sarcastique. De quoi expliquer quelques tattoos comme ces deux hirondelles, réalisées à Tahiti : «  deux hirondelles dans le dos avec une banderole où est inscrit – lies » ou encore ce diamant : « il me rappelle que la liberté n’existe pas tant que rien n’est éternel ».

« Tu dois lui parler et lui raconter un peu ta vie, il choisit ensuite ce qu’il va encrer »

Pessimiste Louise ? Comme beaucoup, le tattoo fut aussi sa thérapie : «  j’ai fait beaucoup de mes tatouages durant une période triste de ma vie, ils me la rappellent et à la fois ils m’aident à me remémorerque j’ai réussi à la traverser ! », raconte Louise qui décrit aussi un lettrage sur son bras qu’elle a recouvert depuis : « je pardonne, mais n’oublie jamais ». Une phrase qui marque des rancunes anciennes qu’elle se sent désormais capable de dépasser.

Jeune femme qui en fait 12 mais en a 23 – comme elle le signale – ses animaux tiennent tous d’un adjectif. Souvents esthétiques, ils révèlent aussi beaucoup d’histoires.

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Comme cette raie (voir plus haut) , réalisée en Polynésie et révélant une symbolique presque viscérale. Son tatoueur local détient un processus unique : il dessine en fonction de ce qu’il ressent de la personne. « Tu dois lui parler et lui raconter un peu ta vie, il choisit ensuite ce qu’il va encrer. Il m’a alors dit : je t’ai fait une raie car tu es un peu poissarde ! ». Une touche d’humour qui la sensibilise à la relation tatoueur-client. « Les tatoueurs aiment faire en fonction de leur client pour que tous les signes se raccrochent à lui. C’est une idée qui m’a appris à faire confiance au tatoueur » explique Louise.

« J’ai pris énormément de temps, et surtout j’ai économisé afin d’être sûre de moi et de pouvoir finir ce projet entièrement « 

Un premier animal qui illustre une longue série. Son raton laveur sur le bras, lui symbolise : « un animal imprévisible, qui fait tout le temps des conneries – c’est un peu devenu mon surnom aussi ! – Il y a cette idée de folie qui me ressemble», explique Louise. Le dessin fut réalisé par Théo Rowley ancien de la maison des Tanneurs, à Paris et l’aiguille est celle de Maxyne (Art Corpus). Son dernier en date est un chat à tête de femme sur son bras gauche. Celui-ci n’a aucune symbolique particulière, si ce n’est esthétique. Il vient complèter cette sorte d’obsession animalière de la jeune femme.

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Après avoir passé deux ans à Tahiti et s’être encrée au soleil (pas toujours bon pour ses tattoos avoue-t-elle), Louise vit son retour en France comme un choc. Un an ne suffit pas pour se réhabituer au rythme de la métropole. Le tatouage qui l’a suivit dès son adolescence s’éclipse un peu. Son trait personnel se dévoile alors. Loin de la pression de ses études d’art appliqué puis celles de Design de produit, Louise crayonne, influencée par le Dot de ses tatoueurs. Elle illustre des objets incongrus. En utilisant l’aquarelle pour rassembler des femmes, des insectes et des fleurs.

« Je ne veux pas confier un projet à un tatoueur si ça le fait chier – je préfère qu’il y prenne plaisir ! »

C’est en passant d’ Avignon à Toulouse,qu’ elle recommence à goûter du dermographe. Sacha alors en guest à Bouzille de Luxe qu’elle contacte, puis Neal, spécialisé en dot qui lui remplira ses papillons sur les mollets.

Vagabondant pendant un temps, de ville en ville, elle se dit plus attirée par l’esthétique de chacun que l’idée du tatouage en lui-même. « Quand le travail d’un tatoueur me convient, je cherche un endroit et ce qui pourrait me convenir ensuite », raconte Louise, qui a récemment fini son bras avec Sacha. « Il a fait tout mon bras droit alors que tout est parti d’un premier rendez-vous que j’ai dû annuler à Toulouse. J’ai ensuite repris rendez-vous à Paris. J’ai pris énormément de temps, et surtout j’ai économisé afin d’être sûre de moi et de pouvoir finir ce projet entièrement » assure-t-elle. Tout en confiant : « Je ne veux pas confier un projet à un tatoueur si ça le fait chier – je préfère qu’il y prenne plaisir ! ».

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Et ce fut le cas pour Sacha puisqu’une demi-manchette finira en bras entier pour Louise ! « Les affinités étaient là ! » confirme-t-elle. Ce renard aux couleurs flamboyantes représente cette facette un peu peureuse mais rusée de Louise. Dans la composition, le tatoueur et sa tatouée ajoutent une pie et une biche rappelant ses fameux yeux bleus et l’aspect fragile mais sauvage de mademoiselle « blueregard ». « Trois emblèmes bien différents qui s’entremêlent au travers d’émotions et d’un pattern – un peu kitch – mais qui rappelle les larmes de la biche ».

Avec ce nouveau bras, Louise modèle désormais de type « très tatouée » et adepte de la couleur regarde décline un peu son passé pessimiste, en affirmant être bien «  plus joyeuse qu’avant ». Son prochain projet ? Faire ses pieds par FatManu (Street Art family, Tours), dont elle trouve le style fou !


Louise tatouée par:

Sasha Made with Love
sachamadewithlove[a]gmail.com
Neal Panda – http://www.nealpanda.com/
Théo Rowley – @rowley_theo
Maxyne – Art Coprus

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