Laurent Lefourb a des couilles en or

moniaturelauren

Rocker dans l’A?me, tour manager de profession, Laurent Lefourb est un bout-en-train, encrA� de la tA?te aux pieds. Manager du shop de Dimitri HK depuis deux ans et plus, c’est autour d’un pastis bien frais que l’on dA�couvre qu’il n’est pas trA?s difficile d’accA?s. Entier, l’instigateur de la fameuse soirA�e de fin d’annA�eA�: A.C.A.BA�: All Cops are Bastards est couvert de tatouages et dA�bordant d’anecdotes rock et dA�calA�es.

Comme dans une scA?ne des Tontons flingueurs, remplie d’un brouillard d’alcool, on s’est aventurA� A� dA�cortiquer ce rebelle, adepte de l’aiguille et bras droit du tatoueur Dimitri HK. Il se raconte en dA�livrant quelques fondements de cette amitiA� vieille de 15 annA�es. En se servant un pastis, il dit se dA�finir lui-mA?me commeA�: A�A�un bA?tard venant de partoutA�! J’ai beaucoup bougA�A�!A�A�. Manager de shop, le bougre A� la barbe mal rasA�e, raconte comment, alors rA�gisseur A� Rennes, il rencontre le tatoueur a�� musicienA�: A�A�on organisait un concert et un mois avant je vois un groupeA�: Happy KoloA�A�. Dans le groupeA�: Dimitri, sa femme etc. Plus tard, Laurent organise un festival de ska-punk avec l’association Banana Juice, et se souvenant de l’avoir dA�jA� vu, Dimitri lui dit: A�A�tu dois A?tre bien tatouA�A�A�. A la rA�ponse nA�gative de l’intA�ressA�, il ajouteraA�:A�A�va falloir qu’on remplisse A�aA�A�…

laurent_lefourb_04

crA?ne – Will Wonka, Human Fly, Es

Car avant cette rencontre, Laurent se fait tatouA� dans les annA�es 80 des petites piA?ces, A� droite, A� gauche. A�A�Par EricA�de la rue Tiquetonne, dA�cA�dA� malheureusement et chez Christian A� Belleville pendant des annA�es. Mais mon premier tattoo, c’est le fameux Bruno A� Pigalle qui me l’a fait. AprA?s moi, dA?s l’A?ge de 13 ans, je me suis tatouA� avec une aiguille le mort aux vaches et le bracelet des voleurs – signifiant : vous pouvez me couper la main, je volerai toujours ! – Plus tard,A�je ne voulais plus me faire tatouer. Quand Dimitri s’est proposA�, A�a tombait bien car je voulais tatouer une affiche d’un concert que j’avais organisA�…pour luiA�! Tout est liA�, le rock’n’roll et le tattoo.A�A� confie-t-il.

« Tout est liA�, le rock’n’roll et le tattoo »

Pour preuveA�! En plus de monter de plus en plus au shop de Dimitri, A� Saint Germain, Laurent passe pendant un temps manager du groupe. Puis la question d’A?tre manager du shop se pose alors qu’il est en tournA�e. A�A�J’ai fait plus de 20 ans dans les salles et sur les routes, je suis tour manager, j’ai bossA� avec rage tour pendant 8 ans, A� l’antipode A� Rennes, j’A�tais tour manager de Tagada Jones pendant des annA�es puis Black Bomb A , Oberkampf, Parabellum, Voodoo Glow Skulls etc.A�A� BrefA�! Cet homme A� tout faire et surtout A� bourlinguer, se dit pourtant, deux ans aprA�sA�: stopA�! Marre des tournA�es. A�A�Je lui ai demandA� s’il cherchait toujours quelqu’un…Et aujourd’hui je gA?re son agenda, les sorties de bouquins, les commandes du shop, la logistique et ce pour les 7 tatoueurs qui sont prA�sentsA�!A�A�, explique-t-il avec fiertA�.

On retrouve au shopA�: Noka, depuis 6 ans, Ben Jo San qui fut manager A� un moment, Virginie B. dessinatrice pour des fanzines…Les deux ouvrent d’ailleurs A� Nanterre la BrA�lerie. Popeye lui tatoue depuis deux ans, pour son compte, et Elvin:A�« digne fils de Dimitri » – selon Laurent -A�Ozer un graffeur et qui est le dernier arrivA�.

Manager, mais pas tatoueur

La question que l’on se pose tous, est de savoir, si entourA� de tous ces pots, aiguilles et tatoueurs talentueux, LeFourb n’a jamais voulu se mettre au dermographeA�: A�A�je suis manager du shop, je ne suis pas tatoueur, je n’ai pas envie d’A?tre tatoueur, je ne sais pas dessiner. Beaucoup avec la force des choses se mettent au tattoo, mais moi, j’avais juste envie de faire autre chose et de bosser avec mon poteA�A�. Humble, le gaillard n’hA�site plus A� dA�voiler en plus de son corps aux scA?nes issues d’une culture trash et alternative, toujours bercA�e d’humour, un A�il avisA� sur le travail de son comparse.

laurent_lefourb_15

A�A�Dimitri travaille beaucoup par pA�riodes, avec ses 25 ans de tattoo, il a A�voluA�. Il a eu sa pA�riode cartoon qui a lancA� sa pA?te, japonais aussi, il a son style, comme tout bon tatoueurA�A�, raconte Laurent. MA?me si c’est sa complicitA� et surtout A�A�le personnageA�A� qu’il prA�fA?re, il prA?che pour sa paroisse en montrant son dos tatouA� du style cartoon que lui a fait Dim’, tout comme ceux de Steph D. A�A�Une espA?ce de truc punk avec un cochon A� cA?tA�, ce qui me correspond vachement aussi..Dimitri lui,A�quand tu viens le voir avec une idA�e fixe, tu peux A?tre sA�r que tu ne repartiras pas avec. Mais tu peux A?tre certain aussi que tu seras ultra content du rA�sultatA�!A�A�. lance-t-il.

« Tu veux quoi pour NoA�l, un skateboard ou un tatouage? »

Eloquent reprA�sentant et fin pourvoyeur de slogans, Laurent n’en oublie pas de dA�livrer quelques anecdotes bien choisies pour asseoir ses motsA�: A�A�Un guitariste est venu d’Angleterre pour un tatouage. Il voulait juste une marque de guitare sur le bras. Le plus amusant est que c’est mA?me devenu une piA?ce maitresse de Dim’. Au final, il est reparti avec un bras complet comprenant des mains partout glissant et touchant des manches de guitares de la marque que voulait le mecA�! C’est A�a le processus de Dimitri.A�A� On aura comprisA�! Des idA�es de folies A� n’en plus finir, l’un comme l’autre en regorgent. Pourtant, avec le temps Laurent note aussi une nouvelle tendance de l’artisteA�: A�A�Il adorait charger les dessins et maintenant il prA�fA?re travailler sur une grosse piA?ce et quelques petits A�lA�ments autour, car le trop est l’ennemi du bienA�A�.

DIMITRI HK

A�A�Le supermarchA� du tatouageA�A�

Une expA�rience qui l’aide A� prendre du recul et se forger une vision quelque peu acide des tatouA�s d’aujourd’hui. A�A�C’est hyper bien que le tatouA� A�volue et qu’il rentre un peu plus dans les mA�urs. Je suis manager et je prends les rendez-vous des 7 tatoueurs et franchementA�: arrA?tez de vous faire tatouerA�!A�RA�flA�chissez et venez avec de vrais projetsA�!A�PlutA?t que de vouloir la mA?me A�toile qu’un footballeur ou RihannaA�, s’exclame-t-il avant de lancer ; « quand tu vas voir Dali, tu demandes pas du Picasso! ». Les modes, Laurent les connait, fan de rock’n’roll, comme il l’avoue, il en a surement suivi, pour autant c’est sur un autre aspect que le manager de shop s’insurgeA�: A�A� faire la mA?me chose que quelqu’un d’autreA�: nonA�!A�A�.

« quand tu vas voir Dali, tu demandes pas du Picasso! »

laurent_lefourb_02

« Fille A� trois mains – Dimitri HK »

A�A�Si tu veux un tatouage, assume-le, c’est A�a mon messageA�A�.

DA�sireux de partager son expA�rience, Laurent met en garde sur des pratiques de plus en plus rA�pandues autour du tatouageA�: A�A�A� l’approche de NoA�l, on arrive A� des situations oA? les gens sont capables de direA�: tu veux quoi pour noA�lA�: un skateboard ou un tatouageA�?A�A�, raconte-t-il tout en alertantA�: A�A�ne fais surtout pas un tatouage pour quelqu’un, c’est toi qui le portes, c’est pour ta gueuleA�!A�A�. Car chez la famille HK, on trouve 7 books de tatoueurs, pour 7 styles diffA�rents. A�A�Je prA�fA?re un tatoueur qui te dit de revenir quand tu sauras ce que tu veux, que celui qui fait la mA?me A�toile A� tout le monde A� explique Laurent, tout en racontant des anecdotes toutes plus croustillantes les unes que les autres. Car A?tre manager de tattoo shop n’est pas facile tous les jours. A�A�Sans jouer le mec vieille A�cole, auparavant, on hA�sitait avant de rentrer dans un shop de tatoueur. Maintenant, c’est Carrefour. Le samedi, on se retrouve avec des familles entiA?res. On a mA?me mis une pancarte A�A�interdit aux poussettes et accompagnateursA�A�.

Pire encore, le syndrome duA�: A�A�petit tattooA�que l’on peut cacherA�. A�A�Ces gens-lA� sont surement les mA?mes qui se retournent sur moi dans la rue en se disantA�:A�regarde ce mariole avec ses tatouages sur la gueule. Mais mec, fais-toi un vrai tattooA�! Si tu veux un tatouage, assume-le, c’est A�a mon messageA�A�.

A�A�Une idA�e A� A�tofferA�A�

Force est de constater, que ce tatouA� – la casquette toujours vissA�e sur la tA?te – s’est forgA� une vision du tatouage en acier. Mais qu’en est-il des siensA�? A�A�Personnellement, toutes mes piA?ces sont importantes, je vis le tatouage sur le moment. Avec quelques rA�flexions bien sA�r. Avec Dimitri par exemple, j’arrive avec une idA�e, qu’il va A�toffer. Pour mon dos, j’A�tais en train de me faire tatouer par Steph D, A� l’A�poque chez Dimitri (aujourd’hui A� Octopus, Pontoise a�� 95 – ), lorsque ce dernier arrive avec une peinture et ditA�: -A�tiensA�! Ca sera ton dos, je te l’offre ! Chaque tattoo a son histoire. Si les grosses piA?ces le parcourent, Laurent continue A� passer sous les aiguilles pour autant. Sa motivationA�?A�A� J’ai encore de la placeA�! Et si il fallait retourner la peau pour pouvoir se faire tatouer, je le feraiA�!A�A�.

« Tu sais ce que j’aime moiA�: les crA?nes et les cochonsA�! »

15 A� 20 tatoueurs ont rempli son corps au fur et A� mesure des annA�es, mais c’est Dimitri et Steph D qui en ont fait la moitiA� A� eux deux. Ses derniA?res piA?ces il les fait avec NokaA�: qui s’occupe de son mollet et Benjo San, de sa cuisse. Wonka (Human Fly, Espagne) est venu en guest chez Dimitri, le jour de son anniversaire, il n’en a pas fallu plus A� Laurent pour se faire tatoueur le crA?ne par l’artiste.A�A�A�C’est aussi pour marquer un moment et un personnage que j’aimeA�A�, confie-t-il en ajoutantA�: A� il s’est passA� la mA?me chose avec mon poteA�Sam Shoker (organisateur des conventions de Montpellier et Nantes). Un soir, en convention, je luiA�aiA�racontA� un vieux cauchemar d’enfance qui comprend un avion. Le lendemain, il m’en tatoue un avecA�une petite mouche pour le cotA� marrantA�A�. Si des histoires comme celle-lA�, il en a des dizaines, Laurent a aussi jouA� au A�A�bouzillA�A�A� et prA?tA� son corps pour la bonne cause, aux jeunes apprentis du shop. A�A�Je leur dis – si tu veux faire un truc, tu sais ce que j’aime moiA�: les crA?nes et les cochonsA�!A�A�. Sur ses doigts, c’est encore une autre histoire que l’on tatonneA�: A�A�Benjo San m’a fait les doigts en m’avouant qu’il n’aimait pas faire cela. Alors on a conclu un deal. En A�change, je devais le tatouer. Du coup, je lui ai fait un cafA�…sur le pouceA�!A�A�. Une « connerie » qui marque un rapport de confiance et d’amitiA�.

Ce genre de tatouages, Laurent les affectionne au point qu’il confiera ses parties intimes. A�A�En tournA�e avec les Burning Heads, Nevrotic Explosion etc. Un pote s’est fait tatouer une maison sur les cA?tes… Pour la blague. Et on a tous renchA�ri. Pour ma part, j’ai A�tA� voir la Boucherie Moderne. J’ai appelA� Kostek, en lui disant que je l’aimais beaucoup et je lui ai expliquA� mon projetA�: me faire tatouer un lingot d’or sur chaque couille. Il m’a dit de venir le 24 dA�cembre, A� Bruxelles pour une performance. Et je me suis retrouvA� en costume de cochon, attachA� sur une grille A� me faire tatouer par Jeff et LA�a Nahon, dans un squatt A� a�� 10 A�C. […] VoilA� comment deux tatoueurs ont eu le privilA?ge de toucher mes couillesA�!A�A�. CA?tA� jeunes pousses, Laurent regarde du cA?tA� de Thomas, chez FatalitasA�: A�A�il a fait des trucs par rapport au vieux paris, aux marlous etc, et j’adore A�aA�! On s’est rencontrA� et j’ai voulu me faire piquer. C’est un petit shop A� MontreuilA�qui creuseA�son propre sillon. Il n’a pas envie de s’emmerder avec des clients qui se croient au supermarchA�A�A�.

AprA?s trois ans de bons et loyaux services chez Dimitri, Laurent nous annonce son dA�part du shop en juin prochain. S’il n’a pas ras-le-bol de l’aiguille, certainsA�travers de cet univers ont eu raison de sa motivation. Entre unA� »supermarchA� du tatouage et un milieu de fachos », il y a de quoi donner envie A� ce punk rocker-lA� deA�reprendre la route avec ses copains du Bal des EnragA�s. Mais une chose est sA�re, Laurent restera l’enragA� le plus tatouA�A�!

CrA�dit photo :A�ImmortalizR

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+Pin on Pinterest