La Brûlerie : « On est pas que artiste mais surtout artisan »

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Issus de la HK family : Benjo San et Virginie .B se sont mis à tatouer sur le tard. Un mal pour un bien puisque le duo ouvre assez facilement la Brûlerie, son salon à Nanterre. On y retrouve deux univers bien marqués mais loin d’être incompatibles. Ouverte depuis janvier la Brûlerie présente la poétique de l’étrange de Virginie et le style néo-trad’ de Benjo. Passée la porte ; entre les couleurs chatoyantes des illustrations de Virginie et les flashs de Benjo, on découvre un salon surprenant où on se plairait à boire le thé et discuter toute la journée…Et c’est bien ce que l’on a fait !

Nanterre-ville, peu connue pour ses shops tattoo est pourtant désormais pourvue de son salon de tatouage, inauguré le 17 janvier dernier. Il ne s’appelle ni « JC tattoo » ni « tribal king tattoo » mais bien : « La Brûlerie ». A ne pas confondre avec cette vieille enseigne de boutique qui porte le même nom, non loin de leur QG. « On voulait reprendre cette boutique qui s’appelle – la brûlerie- mais il est prévu qu’elle soit démolie. Du coup on a juste gardé le nom que l’on trouvait amusant pour un shop tattoo ! » raconte Virginie. Cet espace, « un ancien cabinet de kiné », est parfaitement adapté à la profession et ses contraintes hygiéniques . Lorsqu’on rentre, on est frappé par l’espace et par la vue directe sur la salle de tattoo de Benjo : « deux fois plus grande qu’avant ».

Plus on avance au cœur de la Brûlerie et plus le salon apparaît comme un petit musée d’art moderne. Des affiches, des objets colorés, des têtes de morts et bijoux de Virginie .B sont derrière les vitrines tandis que sur le mur se mélangent sketchs et illustrations des artistes. Un espace qui attire l’oeil et questionne nos connaissances graphiques de tout poil.

©Amandine Adrien

©Amandine Adrien

A l’étage, comics, livres graphiques ou BD se côtoient dans un aménagement liant efforts et réconforts : salle de tattoo de Virginie à gauche et canapé, bibliothèque et une table à dessin complète l’espace, potentiellement occupé avec le temps, de guests. Le tout est joliment décoré de vierges roses bonbon et de LEGO Simpson. Détail luxe ? Un vélux laissant entrer une lumière du jour essentielle pour tout bon tattoo ! La visite des lieux terminée, Virginie reprend sa séance avec Karine, qui ce mardi-là, finit une Santa muerte « façon Virginie ».

Benjo, en bas, s’attèle à colorer le dos d’un client, pour sa sixième session. Un snake s’enroulant sur des roses aux teintes olive se dessine. Tablier blanc noué, il prépare le thé tandis que Virginie m’avoue qu’elle n’aime pas parler en tatouant. La tatoueuse aime se concentrer pleinement sur son sujet et pour le coup, c’est par la couleur, sa spécialité, qu’elle attaque la journée. Une étape minutieuse que la jeune femme manie avec la rigueur d’un pinceau.

Créer un lieu différent

« Après 11 ans chez Dimitri, même si c’est une histoire d’amitié, tu as envie de voir d’autres choses et de prendre tes propres décisions », explique Benjo. Couper « le cordon » fut peut-être plus difficile pour celui qui officia en tant que disquaire chez Dimitri puis manager - «  rouquin de l’accueil ». Emmené par Virginie, tatouant alors chez Dimitri depuis un an et demi, l’un et l’autre se sont soutenus dans ce projet d’autonomie complète.

Un salon à leur image, voilà la motivation du duo  : « artistiquement on est peut-être différents mais humainement, on est plus proches que ce que l’on peut montrer dans nos boulots respectifs. On se demande plein de conseils par exemple. » confie Benjo qui reconnaît que leur association de styles peut surprendre : « souvent, avoir un univers similaire, c’est ce qui rapproche dans un studio. Nous on est vraiment différents et pour le coup on risque pas de se concurrencer ».

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Tracer sa propre route n’a donc pas fait peur à la jeune femme qui aime faire : « comme ça vient » mais aussi le challenge, puisqu’elle tattoo depuis un peu plus d’un an et que Nanterre n’avait aucun autre salon avant leur arrivée. «  On a un local hyper chouette et on se retrouve complètement indépendants autant dans l’accueil des clients que dans l’esprit que l’on souhaite donner au salon », explique -t-elle, confiante. Et il n’ y a qu’à ouvrir les yeux pour être happé par tout le fantasque de l’univers de Virginie et le trait souple et délicat de Benjo.

« On a aussi envie que nos clients, lorsqu’ils reviennent soient surpris à chaque fois ! »

« On ne voulait pas de tout venant, et d’ailleurs, on ne nous trouve pas par hasard. Au contraire, il faut vouloir venir et s’intéresser à ce que l’on fait pour trouver le salon », précise Virginie. Leur clientèle est loyale et les encourage dans l’effort: « c’est gratifiant et c’est aussi ce qu’apporte ce rapport d’échange et de sincérité avec la clientèle. Il provoque ce genre de réactions ultra positives », confirme Benjo.

Si monter ce salon fut d’une « facilité incroyable » confirme Benjo, un autre pari tacite se dessine dans l’avenir pour la brûlerie. Une tattoo-galerie, des guests ? «  Ca fait voir des choses ! », lance Virginie. « A Marseille, j’ai été à Sailin’ On, chez Claire où elle organise régulièrement des expos, et c’est incroyable ! Cela permet aussi des rencontres. On se dit qu’on a pas qu’un studio à l’ancienne avec ses propres flashs », reprend Benjo. Faire connaitre des artistes est aussi un leitmotiv : « même si c’est pas des tatoueurs, faire connaître à notre niveau, des illustrateurs, c’est enrichissant […] » enchaîne Virginie. Seul Bémol, le temps : « on n’a pas envie d’enchainer les expositions. On veut prendre le temps suivant nos envies ».

Dans la famille HK je voudrais…

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©Amandine Adrien

La HK family, Benjo la connait bien puisqu’il l’intégre, sans dermographe, lorsqu’il suit Happy Kolo avec ses bacs de disques punk-hardcore il y a 11 ans. S’ensuit l’aventure Omeko (tattoo magazine en ligne) créé avec Dago (- Nuevo Mundo-) : « moi, je ne dessinais pas du tout à l’époque, puis il y a eu l’aventure Omeko qui m’a beaucoup ouvert les yeux. Là je me suis dit que c’était peut être ma voie, le tattoo ». Un déclic qui le fait se désociabiliser du monde musical : «  comme j’organisais des concerts avec une asso à Mantes la jolie, j’ai un peu mis le « hola ».

« Etre formé chez Dimitri, c’est être à bonne école »

A 29 ans, ni une ni deux, il s’inscrit dans un atelier de dessin à Paris et esquisse du modèle vivant pour se remettre à niveau toutes les semaines. Un an après, le boss : Dimitri accepte de le former. Puis une autre année passe avant que Benjo encre son premier tattoo : « le 1er avril 2009 ». « Etre formé chez Dimitri, c’est être à bonne école », ajoute-il, «  à l’époque il y avait Steph D., un très bon technicien, hyper pédagogue en plus. Tous les deux m’ont beaucoup apporté. Dimitri fut aussi très patient car mes débuts étaient super laborieux ! J’ai appris en deux ans d’apprentissage. C’est un peu long, je continuais d’être manager du shop le jour tout en scratchant mes potes le soir ! », raconte le tatoueur, béret vissé sur le crâne.

©Karine Lopez

©Karine Lopez

Si pour Benjo la passion du crayon est venu sur le tard, Virginie, également baignée dans le punk rock savait à 17 ans que le tatouage l’attirait. Elle lie très tôt illustration underground en parallèle de ses études et se crée un univers bien particulier, bercé par le dessin animé et les Disney. « Tu te forges une imagerie que tu détruis après, en grandissant. Mon style est à la limite entre quelque chose de léger et de rigolard ou grave. » En témoignent ses représentations de femme toujours un brin écorchées aux couleurs vives, dissimulant ce léger penchant étrange…

Perfectionner son trait

Mais avant de se mettre au dermographe, Virginie veut «  savoir faire de bons dessins ». Perfectionner son trait est toujours une sorte de philosophie pour celle qui au sortir de l’école de Condé, se lance dans un monde du travail rempli d’ordinateurs…« J’étais pas passionnée par le graphisme et le travail à l’ordinateur. J’avais besoin d’un lien immédiat. Un tatouage c’est un travail en équipe, c’est concret et plus rapide. On sait de suite si l’on répond à la demande ou non. C’est d’ailleurs assez stressant », confie-t-elle. C’est justement en rencontrant Karine, qui l’encourage à se lancer dans le tatouage lors de ses expositions qu’elle prendra le dermographe.

« je reste sur une ligne qui me ressemble »

Après s’être fait la main sur des petites pièces chez Dimitri HK, elle commence à proposer ses dessins quand elle sent la maîtrise de la machine venir. Virginie, perfectionniste prend le temps de créer son univers : « je reste sur une ligne qui me ressemble ». Ce qui explique peut-être encore aujourd’hui son travail de préparation assidu qu’elle décortique en trois étapes chiadées : un croquis avec emplacement, un tracé sur papier et une mise en couleurs à l’ordinateur et lorsqu’elle a le temps, au pinceau…

Son expérience accélérée, Virginie la doit au melting pot qui règne chez Dimitri HK. L’observation, ce maître-mot lui permet d’apprendre vite et bien : «  on est porté par de bons tatoueurs qui font des grosses pièces au quotidien et utilisent des palettes de couleurs riches et diversifiées ! Avec le temps tu reproduis et trouve ta façon de faire », décrypte la tatoueuse.

Si elle a des atomes crochus avec Dimitri elle s’est aussi dirigée vers son shop pour travailler aux côtés de talents comme : Noka. « Au shop, on peut demander l’avis de chacun et avoir des réponses différentes. Il n’y a pas de règles mais c’est ainsi que tu trouves ta méthode personnelle. Et côté technique cela peut aller très vite. Même si tu as beaucoup de remises en question essentielles au début car c’est important de ne pas attendre des autres qu’ils te disent quoi faire » commente-elle.

©Karine Lopez

©Karine Lopez

Du Low Brow au fanzine Kronik

Travailler entourée de tatoueurs de qualité est rassurant, mais pour autant l’expérience parle : « quand tu commences un tattoo il ne faut pas trop se poser de questions et y aller. Il faut se dire qu’il n’y a pas de grosses erreurs tant que tu restes dans tes capacités. J’aime faire des essais et questionner le support de la peau qui est tellement différent. D’ailleurs je dessine au pinceau et pas au crayon. J’apprécie d’autant plus ces différences de médium. Ca n’aura pas le même effet et ce n’est pas le but. » explique l’illustratrice – tatoueuse qui se penche parfois sur le travail de tatoueurs d’Hambourg et Frankfort comme Tony Adler aka Jukan (Berlin), Jules Wenzel (Hambourg), Anki Michler (Hambourg) qu’elle suit via les réseaux sociaux. « J’aime ce qu’ils font car c’est hyper illustratif et pour le coup, chez certains on ne pourrait pas distinguer la différence entre le papier et la peau ».

Si les deux tatoueurs s’intéressent à leurs pairs ils s’influencent plus d’illustrateurs, graffeurs et même de photographie dans leur manière de composer. Chez Virginie, Low Brow ou Pop Surrealism, courant artistique américain aura façonné une certaine approche de l’étrange. Des artistes comme Gary Baseman, Dave Cooper, Camille Rose Garcia, Brandi Milne, ou encore Mark Ryden « qui a un côté hyper rose bonbon et bizarre à la fois » ou Dane Cooper ont un double discours dans l’oeuvre que Virginie aime à entretenir chez ses poupées colorées. « A l’école j’ai découvert l’expression plastique du peintre abstrait Cy Twombly, au trait hyper violent. Ce sont des choses qui m’interrogent au quotidien et notamment dans l’utilisation de la couleur », confie-t-elle.

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Virginie explore les médiums avec des volumes, kustom de planches de skate, instruments de musique et travaille le tissu – et fabrique des poupées à la féminité ultra revendiquée avec des « nichons-bites » presque choquants pour certains. Modelage et assemblage n’ont pas suffit à celle qui a repris les rênes du fanzine collectif : Kronik, depuis 2007.

Créé avec Aurélio, tatoueur de perpignan, Kronik déverse dans le comics underground cinglant depuis presque 8 ans avec une tripotée de dessinateurs lubriques. « C’est un fanzine de création graphique au sens large avec photos, détournements etc. édité à 500 exemplaires deux fois par an » raconte Virginie. Un mini livre qui se trouve en concert et chez certains disquaires. Avec les années Kronik a développé son concept de collectif, à la fois au festival d’Angoulême et en concert où ils présentent parfois des fresques. Active et mélomane, Virginie a une culture punk rock bien trempée que l’on retrouve aussi dans ses choix de collaboration. Dernier en date ? « Little Garçon » dont l’univers rock et poétique rejoint l’onirisme de son travail sur les peaux : «  c’est un côté qui n’est pas forcément facile à voir dès le premier coup d’oeil sur le dessin mais cela apporte quelque chose au tattoo » confirme-t-elle.

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« La couleur c’est ce qui m’intéresse le plus »

« La couleur c’est ce qui m’intéresse le plus », confie la jeune femme avant d’attaquer un rose fuschia avec 11 aiguilles à l’avant-bras de Karine. « Le travail de la couleur est plus long bizarrement » avoue-t-elle. Sous le grésillement de la machine, Virginie salit les jaunes, les blancs et se crée une palette de multiples couleurs auprès d’elle. Car Virginie ne conçoit pas ses tattoos en noir et gris : «  pour moi, c’est comme s’ils ne sont pas terminés ! ».

« La couleur c’est sans fin, c’est un terrain de jeu illimité »

Allier recherches techniques et nuances, c’est son dada au point qu’elle s’est montée une palette très étendue. « J’essaie de garder une gamme de ¾ couleurs par tattoo. Autant je peux faire des arrangements sur pas mal de choses, mais la couleur, c’est un domaine que j’aime contrôler et qu’on m’y laisse carte blanche », assure-t-elle. Attirée par le bleu ciel et le fuschia, elle aime les contrastes et les teintes très vives mêlées à d’autres plus sourdes. Selon le sujet Virginie cherche les coloris qui s’y prêtent ou s’amuse à choisir aux antipodes de celui-ci. Créant cette fameuse dose de mystère qui hante ses esquisses naïves. « La couleur c’est sans fin, c’est un terrain de jeu illimité ».

« Je suis venu dans le tatouage par le tatouage »

De l’autre côté du ring, on a Benjo, fort de ses 4 ans d’expérience, le tatoueur révèle un parcours bien singulier; «  je suis venu dans le tatouage par le tatouage. En gros, j’ai appris à dessiner pendant que je tatouais» explique le tatoueur. Ayant appris par le dessin d’observation, il reste axé sur cette technique. «Mon style c’est un peu réaliste mais pas trop et ça s’explique car j’observe. Si j’ai un personnage à dessiner dans une certaine position ; je me mets devant mon ordinateur et je mets le mode webcam pour me prendre en photo dans telle ou telle position et redessiner le tout ».

« Je passe des fois plus de temps de préparation que de tatouage […] »

Benjo sketch beaucoup et fait évoluer les projets d’abord sur papier avant d’envisager le produit fini sur la peau. « Je suis lent et je fais un million de croquis ! », narre-t-il bouillonnant sur sa chaise, « je passe des fois plus de temps de préparation que de tatouage. Sur la murène qui est là – il désigne un cadre accroché au mur – j’ai passé deux fois quatre heures à tatouer pour quatre heures de préparation ». Un travail qu’il veut aussi de partage : «  j’aime préparer des ébauches avec le client, pour expliquer comment je vois les choses et mon angle de vue. », souligne-t-il. Souvent la première approche par internet permet aussi au tatoueur d’influencer en fonction de ses envies. Pour le tatoueur : plus on y croit et plus on y met du cœur et forcément : meilleur sera le tattoo. « Si le cahier des charges est compliqué, on sait qu’on risque de ne pas mettre le tattoo dans son book et au final d’en être un peu déçu ».

«Vraiment, la machine moi j’aime ça ! »

« Réaliste mais pas trop », Benjo, instinctif, aime surtout travailler le noir et gris et tend à faire des gris assez doux mais de plus en plus contrastés ces derniers temps. Ses gris sont tramés et faits sur mesure en diluant un noir pur avec du sérum physiologique. Il utilise pour ce faire des machines délicates avec des ressorts arrières de 16. « Que des machines à bobine ! Car j’aime vraiment ça ! », scande-t-il avant d’ajouter avec un certain enthousiasme : « d’ailleurs curieusement ma machine préférée n’est pas une machine spécialement homemade : c’est ma toute première machine que j’ai choisie pour ses bobines au motif camouflage ! C’est une traceuse, dont je n’ai jamais réussi à me servir comme telle, mais maintenant j’en ai fait une machine pour faire des ombrages très doux….Vraiment, la machine, moi j’aime ça ! », appuie le tatoueur.

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Avec passion il raconte comment il a pu acquérir un certain savoir-faire auprès de fabricants comme Karl Marc lors d’Holiday Ink. « Ce séminaire nous a permis de repartir avec une machine que l’on avait fabriquée nous-mêmes avec ses conseils », décrit Benjo qui en profite pour saluer le caractère hyper pédagogue du tatoueur.

« Tu gagnes beaucoup à te fabriquer une machine »

Mais ce n’est pas en un séminaire qu’on construit une machine à la perfection ! Déjà avant cela, il tente un challenge : monter une machine en kit. Benjo passe alors commande sur Work Horse Irons et reçoit chaque partie de la machine…sans aucune notice explicative, ni autorisation de demander conseil en ligne. «Tu te démerdes ! Le kit avait un nom marrant : Build it Your Fucking Self Kit. Et voilà, j’ai sorti le fer à souder ! » s’amuse-t-il. « Tu gagnes beaucoup à te fabriquer une machine ».

©Amandine Adrien

©Amandine Adrien

Sa machine maintenant, il la connait de A à Z. Une étape qui supprime une dose de stress lorsqu’un bruit de type inconnu arrive. «  Mieux connaître son outil c’est rassurant et ça c’est un truc d’artisan de maitriser son outil et de savoir le réparer sans intervention extérieure. Je me suis amusé avec aussi, j’ai testé des réglages complètement improbables. Et c’est en cela que l’on sent que l’on est pas que artiste mais surtout artisan », raconte-t-il.

Benjo monte une des machines de Virginie avec elle, une étape décisive de tout apprentissage. « Pour certains, plus tu passes de temps en technique et moins tu en as pour l’artistique ». Voilà pourquoi ils sont de plus en plus nombreux à préférer la rotative selon Benjo : « […] Moi, j’aime bien les deux. C’est comme un mec qui va rouler sur un vieux Vespa et qui aime les sensations qu’il a avec et un autre qui préfère un booster chinois qu’il va emmener une fois par an au garage. C’est pas la même approche de la route. » compare-t-il.

Avec le temps, le tatoueur a accumulé une dizaine de machines qui ont chacune leur spécificité propre. Pour chaque tatouage, il va utiliser au moins trois machines dont une traceuse mais peu d’aiguilles différentes : «  je fais tout à la 7 que ce soit les petits traits ou gros traits, pour mes travaux – de gris, – j’aime travailler avec des faisceaux qui font 13 ou 15 ou parfois plus et pour la couleur j’aime bien travailler avec une machine qui tape bien fort de Safwan de Montréal (Imago Tattoo), tatoueur depuis 20 ans qui vient lui aussi du punk- rock (Banlieue Rouge, Akuma) ». C’est ce dernier qui, lorsqu’il vient se faire encrer la main à Montréal, lui transmet « l’amour de la machine ».

©Amandine Adrien

gauche : Benjo tête de mort : Safwan Virginie .B : Topsi Turby

Bidouiller aiguilles et bobines ne désocialise pas pour autant Benjo et Virginie qui sont aussi adeptes de soirées rocambolesques. Virginie a déjà encré lors de soirées DJ de Laurent Lefourb et Benjo a également proposé ses planches de flashs pour la soirée A.C.A.B (avec Thomas Fatalitas, Montreuil) en décembre dernier. Son créneau ? Les thèmes saugrenus. « L’été dernier j’ai fait un thème flashs sur les intermittents […] Et j’ai adoré ça ! Je suis aussi passionné par Landru et j’ai fait un flash sur le jour de son exécution, c’est un thème que j’aimerai bien refaire. Mais c’est plus difficile à placer ».

S’il ne dessine pas old school, on retrouve dans les flashs de Benjo une composition très « bousille » et le cynisme qui va avec. La mort aussi fait partie de son univers : « j’ai perdu mon père quand j’ai commencé à tatouer, du coup le thème de la fête des morts ça me fascine ».

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Graphiquement, Benjo a un penchant pour le néo-trad où le figuratif s’incorpore aux compositions traditionnelles. Un mix qui reflète son goût pour des artistes classiques comme Rethel, graveur du XIXème, dont il a sketché une mort jouant du violon dans le salon de la Brûlerie.

Des projets plein la tête, Virginie et Benjo démarrent le shop sur les chapeaux de roue : « Benjo est déjà booké pour longtemps, alors entre deux tattoos je m’occupe de l’accueil. Les gens sont intrigués et parfois passent sans connaître, ça permet de discuter avec ceux qui sont ouverts… » confie Virginie, plaçant en off quelques anecdotes : «  une cliente est venue une fois pour un signe chinois. On a discuté et après quelques minutes, je me suis rendu compte qu’elle écoutait du métal progressif et avait une petite fille autiste, rien à voir ! ». Un travail d’éducation tattouesque, prêt à être entamé. « Au final, d’un symbole chinois on passe à une poupée vaudou ! ».

http://www.labrulerietattoo.com

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