Indian ink : Burshlli mon héros

Texte et photographies : Stéphane Guillerme

Les aventures de Stéphane Guillerme en Inde continuent de plus belle pour le bonheur de tous. Découvrir sur le terrain le fonctionnement et les symboliques du tatouage en Inde est passionnant et nous donnent à tous le sentiment d’être à ses côtés. Il nous emmène cette fois à New Delhi à la rencontre de Burshlli.

Nous voici dans le labyrinthe de Pahar Ganj, le quartier très populeux de Delhi où se déversent par intervalles irréguliers des flots de touristes, de commerçants indiens et du monde entier. Ils viennent y trouver gîte et couvert au cœur de la capitale indienne. A Pahar Ganj, vous trouverez des hôtels pour routards fauchés tout autant que pour VRP au portefeuille bien garni. Vous y trouverez également toutes sortes de restaurants, du dhaba de base (restaurant populaire) aux murs couverts de tâches louches jusqu’aux restaurants chics avec portiers et pléthore de serveurs tirés autant que possible à quatre épingles. Les rues regorgent aussi de toutes sortes de magasins de détail et de gros, vendant aussi bien des produits cosmétiques que des sacs en cuir, de l’encens que de la fringue, du vent que de l’embrouille ; le tout dans une ambiance très chaotique.

Le soir les rues s’animent plus que jamais, les petites échoppes collées les unes aux autres s’illuminent, un certain vertige vous saisit rien qu’à déambuler dans cet environnement humain et animal, dans ce décor sans silence, pas très zen.

Burshlli
Burshlli

Vous y rencontrerez parfois des tatoueurs de rue, pratiquant dans la poussière des interstices. Celui-ci semble plutôt bien équipé. Il a branché son alimentation sur la prise électrique d’un commerce voisin, sa petite machine nouvelle génération Made in China peut fonctionner plus aisément que lorsque les tatoueurs ont à utiliser de grosses piles LR14 (C) ou LR20 (D). Indispensable à tout commerce, une affiche représentant la déesse de la prospérité Laxmi (Lakshmi) est logée dans la mallette du tatoueur, voisinant avec un croquis de Shiva. Et quelques flashs nouvelle génération (pompés sur le net) seront disposés de façon à accrocher le regard du passant. Assez basique somme toute, mais aussi efficace que puisse se faire.

Burshlli
Burshlli

Dans ce chaos, me laissant aller au gré des courants humains, au gré des désirs du destin, cherchant un endroit où manger, je rentrai dans un petit restaurant populaire, un dabha. Cet endroit plutôt réduit, était de ceux qui « jamais, mais jamais même depuis le premier jour » n’a vu une éponge. Je pris place à une table constellée de tâches louches et me commandais un dhal fry avec des chapatis tandoori. Sympa. Le « serveur multi-fonctions genre couteau suisse qui fonctionne mal » népalais qui s’occupe de ma commande travaille en Inde depuis 5 ans, il a l’air content. Ce curieux personnage nota que je portais quelques tatouages. Il entreprit alors de me montrer un des siens, un pur tatouage de rue, un personnage qui me semblait féminin et répondait au doux prénom de Burshlli … qu’il me semblait. Il commença alors à me raconter une histoire qui se transforma de curieuse à sublime grâce à la magie de mon incompréhension.

Burshlli

Il me parlait de tout un tas de choses qui semblaient avoir un lien avec sa Burshlli. Je ne comprenais qu’au centième, son niveau d’anglais et son accent y étaient pour quelque chose … le fait que je ne parle pas hindi également. Je m’accrochais. Cinq minutes plus tard de ce monologue gesticulé, j’en étais toujours au même stade. Ce garçon devait me parler de son amour resté au village, la belle Burshlli prisonnière d’un quotidien harassant et sans saveur, et qui se battait tant dans l’existence pour une maigre pitance (en général : bouillon de dhal bhat). D’où toutes ces gesticulations car il compatissait trop … qu’il me semblait. L’histoire s’éternisait et je commençais à ressentir le besoin de prendre une aspirine. Puis ces quelques mots prononcés que je compris : sport et Hong-Kong (avec un accent népalo-népalais, pas le plus facile …). Et là je saisis, tout devint LIMPIDE : Bruce Lee, le garçon s’était tatouer Bruce Lee. Quel délire pour en arriver là. Maintenant vous connaissez la traduction népalaise de Bruce Lee. Marrant, non ?!

Toutes ces petites histoires et humbles anecdotes font la trame de fond d’une histoire du tatouage plus scintillante, plus ostentatoire, et pourtant elles ont toutes leur importance. Ce ne sont pas des histoires mineures, elles forment une des trames de fond de l’histoire du tatouage, sujet redécouvert dernièrement par un grand nombre, bien qu’ancien.

PS: Vous aurez noté la croix gammée rouge à gauche du tatouage de Burshlli. Je profite donc de cette occasion pour rappeler que la svastika, dans notre esprit occidental, est considérée comme un symbole nazi. Pas pour les hindous. C’est un symbole religieux et cosmique que vous pouvez voir sous de multiples formes et sur de nombreux matériaux, dans des milliers d’endroits en Inde et au Népal ainsi que parmi la diaspora indienne.


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