Le noir sublimé par Hugo Goon

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Texte : Violette Martin / Visuels : Hugo Goon / Photographie : Lavie Charlie

Hugo Goon est un artiste tatoueur marseillais, graveur de peaux chez L’Encre Noire dans le quartier du Panier. Ce salon se cache au cœur d’un concept store atypique, Chez RITA, où se mêle restauration, tatouage et brocante au centre historique de Marseille. Trois autres tatoueurs partagent l’univers d’Hugo au sein de ce salon : Laurent Z, Maaya J et Marion Kalimeris.

Graphiste de formation, c’est un peu par hasard qu’il se lance dans l’univers du tatouage, poussé par un ami tatoueur qui a su repérer le talent de ses dessins et assurer son apprentissage. Cela fait désormais 4 ans qu’il pratique cet art dans un style aux influences traditionnelles.

Interview de Hugo Goon, résident à l’Encre Noire tattoo shop

Dans quel style évolues-tu et quelle est ta manière d’appréhender tes dessins ?

Si l’on se réfère aux grands styles qui sont propres au milieu du tatouage, je pense que mes influences prennent pour beaucoup leurs origines dans le traditionnel américain. Pourtant, je m’intéresse aussi à cette touche moderne que l’on rencontre aujourd’hui et j’aime intégrer le blackwork et les lignes fines dans mon travail. Apporter de la symétrie dans les dessins donne de l’impact à un visuel, tout en gardant cet aspect oldschool qui reste pour moi indémodable.

Je ne suis pas un grand illustrateur comme certains artistes peuvent l’être. Je me considère comme un « bricoleur de dessins » qui associe beaucoup d’images et compose son travail de cette manière. Je ne pense pas être réellement capable de dessiner un corps ou un visage de manière réaliste simplement de tête. En revanche j’aime prendre des photos d’objets et créer des compositions en les associant, que je redessine alors pour donner du caractère à mes créations.

D’ailleurs, comment travailles-tu tes projets avec tes clients ?

C’est beaucoup plus intéressant de travailler avec des personnes qui se sont renseignées en amont sur mon style. C’est toujours décevant quand un client vient me voir avec une proposition en décalage avec mon univers. Si l’on me demande un projet hyper réaliste, je ne pense pas être capable de satisfaire cette demande. Forcément, à ce moment-là tu as l’impression de passer pour quelqu’un d’incompétent et c’est extrêmement frustrant. C’est très important d’avoir un bon contact avec son tatoueur, surtout quand on décide de partir sur un gros projet qui demandera plusieurs heures d’encrage. Je préfère qu’on vienne me voir pour prendre le temps de construire le projet ensemble, d’autant plus qu’il est souvent bien plus simple d’exprimer ses idées de vive voix.

Au début, j’aimais surtout l’idée de dessiner sur des gens, de me dire qu’ils allaient porter une de mes créations toute leur vie alors que l’on se connaissait à peine.

A ton sens, quelles sont les qualités nécessaires au métier de tatoueur ?

La curiosité est la qualité première. Il est nécessaire de s’intéresser à tout ce qu’il se passe autour de soi. Il faut tout simplement savoir porter un regard sur son environnement quand on se balade dans la rue et suivre les tendances. C’est ce qui permet à tout bon tatoueur de créer et faire évoluer sa personnalité artistique. Naturellement, il faut aussi savoir dessiner et s’intéresser à la pratique du dessin ce qui, malheureusement, tend à se perdre aujourd’hui. Le nombre de tatoueurs ne cesse de croitre et même s’il en ressort de très bons artistes, certaines personnes font plutôt ça pour le profit que pour l’amour du dessin.

Qu’est ce qui te plait le plus dans ton métier ?

Au début, j’aimais surtout l’idée de dessiner sur des gens, de me dire qu’ils allaient porter une de mes créations toute leur vie alors que l’on se connaissait à peine. Quand on y réfléchit un peu c’est vraiment une idée folle. Mais aujourd’hui c’est cette dimension artistique du tatouage qui me donne réellement envie de tatouer quotidiennement. Même si c’est une pratique qui existe depuis la nuit des temps, on vit quelque chose de tout nouveau aujourd’hui : les tatoueurs sont des artistes. Il y a quelques années encore, peu de tatoueurs pouvaient être considérés comme tels, aujourd’hui il y a des millions de nanas et de mecs qui ont un talent fou. C’est ce qui me donne envie de me donner à fond dans mon métier.

A ce propos, trouves-tu que les gens sont encore réticents à considérer le tatouage comme une pratique artistique à part entière ?

Disons que c’est plus compliqué que ça. La base du tatouage c’est de répondre à une demande. Je ne me considère pas comme un artiste qui peut se permettre de ne tatouer que ses propres créations. En réalité, j’aime pouvoir répondre aux demandes de mes clients, même si l’on me propose un projet qui manque d’originalité. Il existe toujours une manière de le retravailler ou de l’améliorer et on peut trouver ensemble un endroit où le poser qui donnera une autre dimension au dessin. C’est une grande partie de notre métier que d’orienter les gens vers des projets plus originaux. Le boulot du tatoueur reste de répondre à la demande d’un client, on ne vend pas un tatouage comme on vend un tableau. Il y a tout de même certains artistes qui ne proposent plus que leurs créations et c’est une autre manière de travailler qui ouvre la porte à un univers hyper artistique.


Hugo Goon

L’Encre Noire Tattoo à Marseille

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Tatouage Hugo Goon 1

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