Herbert Hoffmann: photographe, tatoueur et fervent défenseur de l’encre

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Sur les réseaux sociaux, cette photo désormais mythique circule régulièrement. Une ode à l’amour vieillissant et au tatouage. Pourtant, qui en connait l’histoire ?

(photographie : Emma et Oskar Manischewski – 1958)

Avant de vous dévoiler l’histoire du couple Manischewski représenté sur ce cliché, il est indispensable de vous raconter celle de son auteur : Herbert Hoffmann.

Né en 1919, à Stettin et fils d’artisan boucher, il évolue dans un milieu de classe moyenne assez strict. Pourtant, enfant, il observe à loisir les balayeurs et ouvriers aux bras tatoués. Ces derniers le fascinent et ce malgré la mauvaise réputation qui leur colle à la peau. « J’étais tellement intrigué par ces dessins bleus sur leurs mains et bras. J’ai toujours été attiré par les gens ordinaires, ils sont mon inspiration » confiera-t-il un peu plus tard à un magazine. Outre la passion de l’encre, Herbert Hoffmann éprouve une vraie tendresse pour le « prolétariat ». Dans les années 20, en Allemagne, la classe bourgeoise ne se fait pas tatouer et Herbert poursuit «Ma considération pour la classe ouvrière, qui était pauvre, mais avait des tatouages, a grandi considérablement. Je les ai admirés et trouvés courageux d’exprimer leur état d’esprit et leurs croyances par des tatouages que tout le monde pouvait voir sur leurs bras et mains.»

Marqué par ces souvenirs d’enfance, Herbert deviendra le fervent défenseur d’un art longtemps ignoré. En 1940, il est enrôlé dans l’armée allemande. Sous le régime nazi, le tatouage a une connotation d’autant plus négative, mais son envie de peau colorée est d’autant plus forte. Malgré ses tentatives et ses approches auprès des dockers il n’assouvira pas son désir de tatouage. En 1945, il est fait prisonnier de guerre durant 4 ans dans un camp Russe. Il y rencontrera Gustav Wulf, ancien employé de la marine marchande Russe, un tatoué avec lequel il lie un lien particulier et auquel il rendra hommage lors de son premier encrage. A sa sortie de prison, il devient représentant pour un éditeur et profite de chaque voyage professionnel pour immortaliser avec son Rolleiflex les tatoués qu’il rencontre.

Son premier tatouage, il le doit à l’une de ces rencontres. Heiner, un balayeur aux mains tatouées, en est à l’origine. Il se balade avec du matériel home made et de l’encre de chine dans sa poche de veston, et piquera Hoffman sur l’avant-bras gauche, la réplique du motif porté par Gustav Wulf : une croix, un cœur et une ancre symbolisant « La foi, l’espérance et l’amour ». Ce moment spécial donne envie à Herbert de tatouer et c’est en tant qu’autodidacte qu’il commencera.

Pendant plus de 10 ans, il tatoue et apprend sur le tas, il tatoue même gratuitement comme il le confiera «Au début, j’ai tatoué des centaines de personnes gratuitement. De cette façon, j’ai fait le bonheur des autres et en même temps je pratiquais l’art du tatouage ». Mais Hoffmann a envie de s’installer en studio, il demande une autorisation à Düsseldorf qui sera rejetée car « tatoueur » n’est pas un métier ! Il réalisera son rêve en 1961 dans la ville d’Hambourg qui considère son studio comme un commerce et le laisse donc exercer. Herbert conclue : « Hambourg sans un tatoueur serait comme une soupe sans sel». Son corps tatoué, il l’aimera et l’assumera vieillissant jusqu’au dernier souffle en 2010.

C’est en 1958, au cours de l’un de ces voyages qu’il rencontrera le couple Emma et Oskar Manischewski . Ce couple d’anciens artistes de cirque, eurent leur heure de gloire durant les années 30, en tant que cracheuse de feu et avaleur de sabre. La rencontre se fait à Berlin. Les tatouages d’Oskar fascinent Herbert et seront l’un des éléments déclencheurs de son passage à l’encre. Comme un pacte de ce dévouement à l’amour de l’encre, Oskar a fait promettre à Herbert de se faire piquer les mains « Herbert, tu dois absolument te faire tatouer les mains. Pour quelqu’un qui éprouve tant de plaisir à se faire tatouer, il est absolument nécessaire de le montrer… et ceci en se faisant tatouer des parties visibles ».

Herbert rend hommage au couple qui trône sur la couverture de son magnifique livre « Living picture books – Portrait of a tattooing passion 1878-1952 ». Plus encore, il tient sa promesse : « Petit à petit, mon corps s’est transformé en livre d’images. Le jour de mes 70 ans, je me suis fait tatouer les deux mains… jusqu’au bout des doigts. Mon rêve de jeunesse a finalement été réalisé », peut-on lire dès les prémices du livre.

Herbert Hoffmann est le barbu de gauche sur cette photo 

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http://www.herbert-hoffmann.ch/

 

 

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