La renaissance de Frank Carter

Texte et photographies : François Capdeville

On aime beaucoup Frank Carter… Pas seulement pour son indéniable talent artistique qu’il exprime à travers la musique, la peinture et évidemment le tatouage ; mais aussi pour ce qu’il est : un homme bourré de talents, reconnu par ses pairs, généreux avec son public et authentique. Nous avons eu la chance d’échanger avec lui pour parler notamment de l’ouverture son futur shop Rose of Mercy qui ouvrira à Londres à la rentrée 2020. Et nous pouvons déjà vous dire qu’il a plus que hâte de vous tatouer.

Frank -pour ceux qui ne te connaissent pas-, comment es-tu entré dans l’univers du tatouage ?

J’avais appris à travailler avec un dermographe et j’ai commencé à chercher du boulot comme tatoueur. Je démarrais également dans la musique en parallèle. Et je me souviens avoir démarché une dizaine de shops, mais sans rien dégoter. J’ai commencé à travailler chez un encadreur photo. Je mettais sous cadre des photos pour des shops, qui en échange me faisaient des prix d’ami. Et après j’ai continué à encadrer encore plus de photos pour leurs shops. Ce qui m’a permis de me familiariser avec bon nombre d’entre eux et d’observer différents styles. J’ai fini par travailler dans un shop à Londres où j’ai fait toutes les tâches que doit faire un apprenti. Et puis le boss m’a laissé ma chance. Mais il a attendu que je maîtrise parfaitement le dessin.

A quel âge as-tu fait ton premier tatouage ?

Et bien j’avais 17 ans. C’était les 3 initiales de mon oncle que je trouvais fascinant. Il était lui-même tatoué. On l’a fait sur mon ventre, avec une machine que l’on avait fabriqué avec un pote dans son garage. C’était tellement mauvais. La machine fonctionnait comme un vieux walk man, uniquement en mode rewind, avec mode play beaucoup trop lent. Bref, ce jour-là, j’en ai bavé.

Frank Carter micro
Frank Carter, Download Festival – Paris, 2017

Est-ce que tu as prévu de le recouvrir un jour ?

Non ! il fait partie de mon histoire. Et puis tu sais, si tu fais une erreur et que tu ne corriges pas, au moins le fait de l’avoir sur toi te permet de te rappeler ce qu’il ne faut plus faire !

Est-ce que tu continues à tatouer ?

Oui bien sûr. Je n’ai jamais cessé de tatouer. Par contre, je ne tatoue pas quand je suis en tournée. Il faut être concentré et je ne peux pas mélanger ma musique et le tatouage. Après avoir travaillé chez Sang Bleu, j’ai continué dans mon studio privé. Mais, il me manquait un espace dédié au tatouage avec pignon sur rue. Et aujourd’hui, je peux d’ores et déjà t’annoncer que mon premier spot permanent va ouvrir à la rentrée 2020. Il s’appellera Rose of Mercy.

J’imagine que se faire tatouer par Frank Carter c’est compliqué parce que tu dois être très demandé. Alors comment faire pour obtenir un rendez-vous ?

C’est vrai que c’est compliqué. Question de disponibilité. Pour me booker, il faut être un peu patient. Mais cette année, avec le nouveau shop, il y aura un nouvel email et je m’engage à répondre à tout le monde rapidement. Je suis à fond et j’adore tatouer tu sais. Après c’est très simple, on fixe un calendrier. En tout cas, j’ai prévu de tatouer plusieurs jours par mois.

Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour éviter de te contrarier ?

Surtout ne m’envoie pas de message privé via les réseaux sociaux. C’est un truc de paresseux…. Contacte-moi, viens me voir si tu peux. Le tatouage c’est d’abord une relation d’échange entre le tatoueur et le client… Une histoire de connexion. Le tatouage est quelque chose de vivant.

Frank Carter scène
Frank Carter, Elysée-Montmartre – Paris, 2019

Tu t’es toujours beaucoup exprimé sur tes émotions, notamment tes expériences d’anxiété et de dépression. L’année dernière tu as vécu un terrible accident de voiture. Dans quel état d’esprit es-tu aujourd’hui ?

C’était une période difficile qui m’a confinée pendant près de cinq semaines. Le point positif c’est que lorsque tu vis un événement difficile, tu portes ensuite sur la vie un nouveau regard. L’accident était violent et les jours qui ont suivi me paraissaient irréels. Un peu comme si je vivais une transformation intérieure, je dirais même transcendantale. Cet accident a fonctionné comme une renaissance pour moi. Depuis, je me centre davantage sur ma santé, mon esprit, ma famille et mon travail. Je me rends encore plus compte que tout ce que j’ai réalisé dans ma vie et ce que je possède est une bénédiction du ciel.

Cette terrible expérience a-t-elle influencé ton travail artistique ?

On a trop tendance à penser que tout nous est dû. Mais quand tu frôles la mort, ta perspective change. Dans mon cas, l’accident et mon recentrage ont évidemment eu une influence sur ma production artistique. Je n’ai pas cherché à analyser, ni expliquer les mécanismes. Tout ce que je sais, c’est que j’ai beaucoup écrit et beaucoup peint. J’ai eu envie de produire plus que d’habitude. J’ai également appris à lâcher prise. D’ordinaire, je suis très critique envers moi-même. Et là, j’ai laissé venir les choses à moi.

Frank Carter face
Frank Carter, Elysée-Montmartre – Paris, 2019

Es-tu devenu plus optimiste ?

J’ai passé beaucoup de temps à écrire, à parler de souffrance sans forcément valoriser les choses positives de ma vie. Et la réalité c’est que j’ai une belle famille, des amis incroyables, des opportunités tous les jours. Ma vie est belle et correspond à mes attentes. Je me concentre sur cette partie positive maintenant. Je veux évacuer les énergies négatives. Ça ne veut pas dire que je renonce à mes anciens titres, car ils font partie de mon histoire… et sur scène ils restent très puissants. Je travaille désormais de manière différente.

Si tu rencontrais le jeune enfant que tu étais à 10 ans. Que lui dirais tu ?

Je lui dirais tout d’abord de parler plus avec les personnes autour de lui sur les choses qui l’affectent Je lui dirais qu’il est fort et qu’il est aimé. Avec ma fille, je lui dis tous les jours qu’elle est ce qu’il y a de plus important dans ma vie, et je valorise toute ce qu’elle fait. L’idée est vraiment d’installer chez les petits les bases solides pour qu’ils aient confiance en eux. Une fois qu’ils ont ça, ils les porteront toute leur vie.


Frank Carter, Rose of mercy, Londres

Instagram / Rose of mercy

Frank Carter dos
Frank Carter, Elysée-Montmartre – Paris, 2019