Fever 333 : du ghetto à la scène mondiale

Jason Aalon Butler

Texte et photographies : François Capdeville

Nous avons rencontré Jason Aalon Butler, ex-chanteur de Letlive et frontman de Fever 333, un groupe de Hardcore made in LA. Ils n’ont beau être que 3 chez Fever 333, ils sont de ces guerriers qui savent chauffer une scène à blanc. Quant à Jason, on comprend très vite lorsqu’il se met torse nu sur scène que le tatouage fait partie de sa vie.

D’où provient cette passion pour le tatouage ?

Alors, tu sais je suis de Inglewood, California, et j’ai toujours été très proche de la scène punk rock et hardcore. C’est un univers où il y a une très forte culture identitaire autour des gangs. Bon nombre de mes proches font partie de gangs et portent donc les attributs de leur crew. Ça c’est l’origine : tatouages et signes d’appartenance. Ensuite, c’est devenu mainstream de porter des tatouages et d’ailleurs, tout le monde en porte aujourd’hui. Sinon, me concernant, je voulais mettre sur mon corps des éléments graphiques qui parlent de l’univers du punk rock, mais aussi de mon quartier d’origine.

Raconte-nous ton premier tatouage…

J’ai fait mon premier tatouage à 14 ans sur le ventre. Un truc avec deux mots du type Faith & Trust et des étoiles. A l’époque, tout le monde portait des étoiles. Je me souviens que je faisais attention à le cacher à la maison. Et un jour, j’ai enlevé mon tee-shirt dans ma chambre, alors que ma mère entrait. Quand mes parents ont découvert mon tatouage, ils ont vraiment détesté cette idée-là ! Avoir des tatouages à l’époque, c’était vraiment se mettre à l’écart de la normalité et de toutes ces idées bien-pensantes de réussir dans la vie, avoir un bon job statutaire etc… Mes parents ont tout fait pour essayer de m’extraire d’où je viens pour que je puisse bien travailler à l’école, que je puisse voyager un peu et voir autre chose que le quartier.

Comment réagissent-ils aujourd’hui ?

Ma mère n’aime pas trop mes motifs sur le cou et la gorge. Par contre, elle apprécie la pièce sur mon dos. Elle trouve ça cool et impressionnant. Elle comprend le côté artistique et je lui ai expliqué pourquoi je faisais cela, et que le tatouage faisait partie de mon histoire. Je crois même qu’elle se ferait tatouer volontiers maintenant.

Quelle est ta pièce préférée ?

Probablement, celle sur mon dos. J’ai attendu longtemps pour l’avoir et le résultat est meilleur que ce que j’espérais. L’artiste s’appelle Brendan Rowe. Un vrai artiste qui travaille au Memoir Shop tattoo, un spot cool et unique à Los Angeles. En plus d’être talentueux, c’est une personne incroyable. Il invente des caractères par exemple. Il m’a fait plusieurs de mes tatouages, notamment sur mes mains et ma nuque.

J’ai ce tatouage sur mon torse qui est écrit à l’envers -« canswer »- et qui me rappelle cette période et qui me fait dire que chaque jour est un cadeau de la vie. Qu’il faut respecter la vie.

As-tu une pièce que tu aimes particulièrement ?

J’ai été malade à 19 ans. Un mal être. Je n’étais vraiment pas bien. J’avais des idées noires. Les médecins ont fait plusieurs diagnostics sans vraiment trouver l’affliction dont je souffrais. J’ai dû aller à l’hôpital à plusieurs reprises. Et puis, c’est passé, les choses sont devenues très claires dans ma tête. J’ai ce tatouage sur mon torse qui est écrit à l’envers -« canswer »- et qui me rappelle cette période et qui me fait dire que chaque jour est un cadeau de la vie. Qu’il faut respecter la vie.

Fever 333

As-tu un style favori ?

J’aime beaucoup le néo-traditionnel, très black, très sombre, très épais. La plupart de mes tatouages sont en gris et noir. D’où je viens, Inglewood, l’univers visuel chicano est très présent. Et j’aime ça. Le côté old school.

As-tu un artiste à qui tu aimerais confier une pièce à tatouer ?

J’ai un artiste que j’ai vu en Espagne. Je ne me souviens plus de son nom mais je l’ai noté dans mon livre de choses à faire. Il a un style slave. Il habite entre Berlin et Los Angeles même s’il tatoue dans tous les continents.

Si par miracle tu rencontrais le garçon que tu étais à dix ans. Que lui dirais-tu ?

« It’s gonna be all right ». Je lui dirais de ne pas craindre le futur. De ne pas brûler sa vie également : j’ai passé beaucoup de temps à broyer du noir et à essayer d’imaginer ce qu’était la mort. Je lui dirais de profiter de chaque jour, mais également de savoir se projeter dans le futur. Je le féliciterais également en lui disant qu’il a réussi à avoir le job qu’il a toujours voulu faire. Il a réussi à trouver la force d’avoir confiance en lui et de travailler dur pour en arriver jusque-là.


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