Fab Ingg : le naturalisme réinventé

Texte : Lauriane Mustacchi / Visuels : Fab Ingg

C’est en reprenant les bases du traditionnel américain que Fab Ingg a défini son propre style naturaliste. Les oiseaux, animaux et éléments de la nature encrés par l’artiste sont magnifiés par la qualité qu’il apporte à son travail sur les matières et couleurs. Aujourd’hui basé à Lyon, Fab Ingg reçoit ses clients au shop Green Tiger.

Quel est ton parcours dans le tatouage ? Comment es-tu arrivé dans le métier ?

J’ai commencé le tattoo lors de l’été 2009. Je revenais d’un voyage de trois mois en Amazonie, au cours duquel je m’étais fait tatouer et l’idée m’a pris en voyant les machines handmade du tatoueur. Je venais de m’apercevoir que le monde de l’entreprise n’était pas pour moi, et j’ai choisi le tatouage comme l’opportunité de me remettre dans une filière artistique sans repartir sur cinq ans d’études. Je n’avais aucune idée du monde dans lequel je mettais les pieds. Puis j’ai enchainé un an en Australie, où je me suis fait la main, en partant de rien, pour la majeure partie en autodidacte.

fab ingg oiseau

Ton style a beaucoup évolué, passant du old school au naturalisme, avec des représentations d’animaux et d’oiseaux : comment s’est effectuée cette évolution ? Utilises-tu encore des bases du old school dans ton travail des matières et des couleurs notamment ?

Après deux-trois années de street shop à faire de tout, je me suis rapidement intéressé au style traditionnel américain, que l’on ne voyait pas encore trop en France. J’ai cherché à développer ce style au gré des voyages et des guests. Je regardais déjà pas mal d’illustrations naturalistes et j’intégrais quelques éléments dans mes tatouages traditionnels. Puis je me suis mis petit à petit à détailler mes pièces jusqu’à arriver à un flash de dodo « traditionnel-naturaliste » qui a bien fonctionné sur les réseaux. Je me suis donc dit que j’avais trouvé un style qui m’était plus personnel, et qui en plus de ça avait l’air de plaire. J’ai donc switché de style, bien que mon background old school reste omniprésent, même encore aujourd’hui.

Le shop où tu travailles Green Tiger reçoit régulièrement des guests : que t’apportent ces expériences venues d’ailleurs ? 

Nous recevons régulièrement des guests, surtout issus du style traditionnel, mais pas que. Les guests apportent beaucoup, à la fois professionnellement et humainement. Beaucoup viennent de l’étranger et cela permet aussi de voir d’autres manières d’appréhender le job. On voit des techniques différentes, on lie des amitiés, on partage des expériences et on se retrouve souvent autour d’une table de restaurant.

fab ingg cuisses oiseaux

Quelles sont tes sources d’inspirations ?

Elles sont multiples : le travail de certains tatoueurs, leur manière de dessiner, de transcrire le dessin en tattoo, également la manière dont ils cultivent leur communication pour le côté professionnel.

Mais je regarde beaucoup l’art de manière générale. L’art naturaliste évidemment avec Audubon, Wilson, Maria Merian, etc., l’art naïf d’Henri Rousseau, d’Aloys Zotl… J’aime également des formes d’art plus ethniques, l’art indien, l’art graphique… Et pour finir le monde qui nous entoure au quotidien peut être source d’inspiration. 

Comme beaucoup de jeunes tatoueurs à mes débuts, je ne regardais que le tattoo, et c’est avec le temps que j’ai réalisé que c’était une belle erreur !


Tu travailles principalement à partir de commandes, quels projets t’intéressent le plus ?

Je fais pour la très grande majorité du custom. Le manque de temps et la complexité des dessins rendent difficile la création de flashs. Je suis assez nul pour les flashs : mes idées fusent et au final je m’y perds ! En revanche la demande du client m’impose un fil conducteur ; j’aime que l’on me donne l’idée de base et qu’on me laisse ensuite faire à ma sauce.

Je fais de plus en plus de grosses pièces qui permettent davantage de jouer avec les formes du corps, de proposer quelque chose de plus harmonieux, plus détaillé, offrant plus de possibilités et une meilleure lecture du tatouage. J’aime la confiance et le rapport qui s’installent avec le client au fil des séances.

Mais j’aime aussi le côté one shot des plus petites pièces, le client repart avec la satisfaction d’une belle pièce finie, et ça permet de conforter mon impatience naturelle !

oiseau

Comment te vois-tu continuer à évoluer dans le domaine du tatouage ?

C’est une question difficile car cela ne dépend pas uniquement de moi. Bien évidemment, j’espère tatouer et m’épanouir avec le tattoo toute ma vie. Mais la société actuelle, et par conséquent le 10e art, évoluent à 1 000 à l’heure : cela ne fait que 11 ans que je tatoue et j’ai déjà vu un changement énorme dans le métier, tant positif que négatif, qui m’empêche de prévoir quoi que ce soit.

J’aimerais utiliser mon background artistique ainsi que mon réseau constitué durant ces années pour me diversifier : peut-être viser des collaborations, d’autres mediums artistiques, ou réaliser de nouveaux projets en lien avec le tattoo… J’ai aussi l’envie de me concentrer davantage sur le tattoo avec un œil plus indépendant, travailler dans un cadre studieux et apaisant. Bref j’ai plein d’idées mais encore aucune de sûre 🙂


Fab Ingg, Green Tiger, Lyon

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