Tatoueurs – Tatoués: l’exposition inédite qui raconte l’art du tatouage d’hier et d’aujourd’hui

MQB. Affiche de l'exposition anthropologique : "Tatoueurs, tatoués". Du 6 mai 2014 au 18 octobre 2015.

L’histoire de l’Art Contemporain est passé à côté, sans remords, durant des siècles. Alors que le tatouage transperce les peaux depuis l’Antiquité. Art populaire, sous-culture, attaché aux couches marginales de la société, le tatouage a su muter d’acte de bravoure , de marquage communautaire à véritable composition, technique et illustration sensée. L’approche de l’exposition présentée début mai au Quai Branly, fait dialoguer cet art dans une de ses plus grandes représentations jamais réalisées. La plus grande exposition sur le tatouage.

La pratique que l’on sait moderne, est explorée ici dans toutes ses dimensions et notamment celle d’un savoir-faire ancestrale. Avec un rassemblement unique d’oeuvres anciennes et contemporaines provenant du monde entier et de collection privées de passionnés et tatoueurs de renom, la dimension artistique du tatouage est montrée autant que le côté artisanal. Au travers de toutes les cultures et sociétés, cet objet de fascination et marquage identitaire est enfin décortiqué en tant que genre artistique à part entière. Une façon de lui rendre hommage autant qu’à ses pourfendeurs et pionniers contemporains. Pour monter cette importante exposition, jamais vue en France, Anne & Julien, éditeurs de la revue d’art contemporain : « Hey ! », ont remué ciel et terre afin de montrer le rôle ferme du tatouage au creux de l’environnement graphique et artistique moderne. « Hey » la revue des arts graphiques Avec « Hey ! » le duo a dès 2010 voulu propager une vision de l’art qui accorde toute une importance primordiale aux subcultures visuelles et sonores. La peinture, la musique autant que le tatouage sont décryptés dans ces pages qui donnent la parole à des artistes souvent sous-représentés. « On regarde tout ce dont on parle. Depuis que l’on est enfant, depuis l’adolescence, on s’intéresse et on fait des recherches sur l’auteur d’une œuvre et ce qu’il se passe derrière, cela nous donne des tonnes de carnets, remplis de noms ! » Expliquent Anne et Julien, éditeurs de « Hey ! » et commissaires priseurs de l’exposition. En se faisant plaisir, le combo sert un art sans limites. « On est d’une génération qui a grandi en banlieue parisienne, qui a connu ces terrains vagues et ces zones où les populations Nord-Africaines se tatouaient déjà… » se souviennent-ils avant d’admettre que le tatouage est aujourd’hui de plus en plus absorbé au sein d’une iconographie du quotidien. « Tatoueurs – tatoués », au delà d’une simple rétrospective lève un voile sur cet art populaire réservé, dans la bouche du tout un chacun, aux parias de la société. « Depuis le début de – Hey ! – on défend au même titre la peinture et le tatouage et tous les arts outsiders, on a déjà réalisé deux grandes expositions sur le tatouage. Quand le Quai Branly a voulu produire ce projet. Ils l’avaient en tête depuis un moment, ils nous ont sollicité ». Une transversalité entre tatouage et tatoué Dans cette démarche on peut alors se demander si l’envie du musée n’est pas d’avoir une vision anthropologique ou d’assimiler la pratique à un art primitif. Mais la démonstration qu’amène le duo arty de Hey !, se base sur une transversalité intemporelle et étudiée avec ses principaux acteurs : les tatoueurs. « Le but est de montrer que l’on touche à un art en mouvement dans une lecture qui va de l’antiquité à nos jours »... Dans ces grandes lignes mais aussi focus (entre nouveaux territoires, global et marginal…), l’aventure du tatouage sera balayée sur tous les continents en différents objets mais aussi créations, uniques façonnées spécialement, dont 13 volumes : prototypes reproduisant des parties du corps humain, dans un matériau expérimental ont ainsi été tatoués par des maitres en la matière. Parmi lesquels figurent le conseiller artistique – Tin-Tin mais aussi l’artiste légendaire Horiyoshi III, Filip Leu et sa maitrise de génération en génération, Jack Rudy, Xed LeHead, Chimé…Un travail considérable. Pour rassembler toutes ces pièces, cherchées et identifiées il a fallu faire appel à de nombreux tatoueurs et collectionneurs. « Henk Schimacher est un des plus gros collectionneurs européens, c’est lui qui a d’ailleurs ouvert le musée du tatouage à Amsterdam », confie Anne & Julien. Ed Hardy a également oeuvré à cette élaboration ou encore Neusky. Tous ces artistes participant de près ou de loin à l’histoire du tatouage sont détenteurs d’une petite part de son futur établissement et intégration artistique. En proposant des toiles peintes sur des Kakemonos décorées par des tatoueurs exerçant dans le respect de leur art et d’une inspiration résolument moderne. Chacun ajoute à ce projet ambitieux, des travaux singuliers enrichissant une palette encore infiniment explorable.

Portrait de femme Algérienne

L’occasion de donner une cohésion à ce rassemblement dantesque d’oeuvres. « La colonne vertébrale était vraiment d’expliquer la véritable histoire du tatouage contemporain. Au moment où tous ont les yeux rivés dessus, sans en avoir les connaissances, il était nécessaire de rendre hommage à ceux qui ont inventé ou lancé une technique ou un style et qui n’en ont pas les retombées », expliquent Anne & Julien». Car pour les commissaires d’exposition qui côtoient aussi bien musiciens qu’artistes tatoueurs depuis toujours, afin que cette histoire perdure : « il faut que se soit écrit une bonne fois pour toute ». La difficulté  reste pourtant la même depuis des décennies. Etudier un domaine auquel les théoriciens n’ont jamais accordé le moindre intérêt. Par des chemins de traverse, ils arrivent donc à un travail dantesque.«  Les livres sur le sujet sont trop peu nombreux et souvent truffés d’erreurs ». En posant des questions, fondamentales à tout art, le tatouage tend à s’étayer et s’affirmer en contradiction de courants mainstream basés sur de fausses vérités. A contrario, l’exposition en synthétisant toute une première partie de l’histoire contemporaine du tattoo, permet d’en définir les actes fondateurs inhérents à la pratique d’aujourd’hui. Du tatoué, marginal, conditionné par le matériel rudimentaire de l’époque, auy révélateur d’une appartenance bien spécifique ou à une société donnée : Soldat, prisonnier, marin…tous seront d’ailleurs vite stigmatisés.   Freaks un temps, freaks longtemps… Les tatoués ouvrent les shows populaires et accompagnent la femme à barbe ou l’avaleur de sabre quant au Japon il est interdit après deux siècles en tant que symbole de contestation. A contrario, au début du 20ème siècle le tatouage est à la mode et le style « bold » se développe. Le old school est né et s’impose avec Ed Hardy, né en 1945 et précepteur des premiers échanges artistiques internationaux. Pour clore le tout, tatoueurs rejoignent des portraits de tatoués qui, d’asie à l’occident, dans leur diversité possèdent une part de cet art sur leur peau. Une appartenance intemporelle, autant que leur vie. Un respect du tattoo qui vaut son heure de gloire institutionnelle et creuse une ligne vers l’obtention de lettres de noblesse, plus ou moins controversées. Car si chacun souhaite que le tatouage reste aussi beau et libre qu’il est à présent, il le voit en mouvement parfois mieux défini et usité, parfois au grand jour et parfois caché. Une chose est sûre, les piliers du genre ne sont plus à nommer. Si le tattoo impose d’autant plus le respect, c’est que des hommes, tatoués lui ont donné parfois toute leur vie. Filip Leu est, pour Julien & Anne, l’un d’entre eux. « Il allie justesse et implication à tel point qu’il est capable d’en produire de nouvelles machines pour améliorer les techniques de tatouage », assure Anne, ajoutant que l’être à l’esprit large et au visage souriant, a réalisé pour l’occasion un volume de plus à la « simplicité redoutable ». Une des pièces les plus appréciées des commissaires priseurs à forte raison par le message qu’il transporte. Tout à fait singuliers, l’oeuvre et l’auteur offrent une grande leçon humaine et artistique, à ceux qui sauront la regarder, bien sûr.   La troupe Hey ! La CIE transposera aussi l’univers du tatouage et les questionnements phares en 7 représentations de 7 épisodes à thèmes au théâtre Claude Lévi-Strauss. Musée du Quai Branly

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