« Du tatouage chez les prostituées », l’étude du Docteur Le Blond

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« Du tatouage chez les prostituées » est une étude menée par le Dr Le Blond, au début du 19ème siècle. La prostitution est alors tolérée et les maisons closes légalisées. A l’âge d’or du Chabanais, les soumises (les prostituées légales) sont contrôlées par la brigade des mœurs. La syphilis, insidieuse, se propage comme une rumeur, obligeant les filles à subir une visite médicale plus humiliante qu’une « passe ». Si Lacassagne a déjà mené une étude reconnue sur le tatouage, cette pratique chez les prostituées n’a jamais fait l’objet de recherches.

« Les tatouages, étude anthropologique et médico-légale » du Docteur Lacassagne a fait des émules dans le milieu médical et cette pratique chez les prostituées n’a encore jamais été étudiée. Nous sommes en 1857 et la prison-hôpital Saint-Lazare – placée sous l’administration de la préfecture de police – renferme environ 1300 détenues. Les insoumises – ces prostituées non déclarées- y sont punies tandis que les prostituées « légales » peuvent décider d’y être internées, parfois sous l’autorité paternelle ou même sur simple avis médical. Le Dr Le Blond, médecin, et Arthur Lucas, interne, décident de décrire les tatouages qu’ils observent chez leurs patientes ou les détenues qu’ils visitent. C’est l’objet du livre « Du tatouage chez les prostituées » publié en 1899 par la Société d’édition scientifique, première étude du genre.

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Inspirés par leurs confrères, les deux scientifiques entreprennent une étude sur cette pratique dans la prostitution, une population stigmatisée. Classique, le mémoire reprend l’histoire du tatouage et cite les études déjà réalisées par Lacassagne, Berchon et Tardieu. Ils dressent un état des lieux d’une discipline encore marginalisée en occident. L’introduction conclue par un paragraphe édifiant :

« Le sexe masculin occupe la première place, marins, militaires (surtout ceux qui vont aux colonies), forgerons, prisonniers, sont généralement tatoués. Il n’est guère de circonstances où il soit donné d’observer de nombreux cas de tatouages chez la femme. C’est en effet, dans ce sexe, un indice néfaste pour la moralité du sujet. […] C’est par un tatouage infamant que la justice désignait autrefois les coupables […] rien n’est définitif, aucune marque indélébile ne doit à jamais être gravée qui ôte à l’homme les plus précieux attributs de son individualité : l’indépendance et la liberté ! »

Contrairement au livre du docteur Lacassagne qui dresse le portrait de gaillards narcissiques étalant leurs forfaits, le Dr Le Blond, lui, parle des femmes tatouées comme de victimes à la morale déchue, subissant l’emprise d’hommes eux-mêmes tatoués. Les praticiens constatent deux circonstances incitant les femmes à sauter le pas de l’aiguille: pour jurer un amour « éternel » – qui finit souvent par se transformer en tombe vengeresse – ou céder à l’étalage du tatoueur et à son beau discours (pas cher, ne fait pas mal, etc.) avec le désir d’épater la concurrence !

Les motifs des tatouages présentés dans le mémoire ont été reproduits à l’aide de décalque, tout comme le Dr Lacassagne. Le Dr Le Blond en dresse une interprétation assez succinte. Une fiche d’identité décrit la patiente et précise« sa situation » et « ses particularités ». Des informations bien étranges à l’heure où la femme s’est affranchie… En effet, en plus du nom et de l’âge, il y est mentionné quand la patiente a été formée (sa puberté) puis « détournée de ses devoirs ».

Des tatouages qui rendent souvent hommage à l’amour passionnel ou à la trahison amoureuse, sous forme de : « Je t’aime… », de pensées, de cœurs transpercés, de colombes, d’angelots, etc… On vous laisse admirer un aperçu d’une édition originale du livre :

On ne saurait que trop vous conseiller de lire cet essai des Dr Le Blond et Lucas qui retranscrit une partie de l’histoire du tatouage dans un autre contexte sociétal.

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