Derf Backderf: l’interview Trashed !

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Jeter l’Encre vous annonçait la tournée de dédicaces en France du dessinateur de comics, Derf Backderf. En road trip durant plusieurs semaines, l’auteur a présenté « Thrashed », un roman sur les aventures de JB, éboueur contractuel de 21 ans. Dans son patelin, au fin fond de l’Ohio, le jeune homme est loin d’imaginer qu’il va ramasser les ordures de la ville, pendant 1 an !

Le journaliste et dessinateur, John « Derf Backderf » aime à mélanger fiction et réalité pour nous servir des romans graphiques « noir et blanc » humoristiques. Ces histoires sont un brin cyniques, mais toujours drôles, avec des héros marginaux et attachants. Seule « Mon ami Dahmer » dresse le portrait d’un ami d’adolescence étrange, Jeffrey Dahmer, qui deviendra plus tard le cannibale de Milwaukee. Un roman pour lequel John se verra décerner le « Prix Révélation » du Festival d’Angoulême 2014.

Après 5 heures de train et 2 heures de bus, c’est un « Derf Backderf » plutôt fatigué mais toujours très patient et sympathique que l’on rencontre au Migou, à Auch.

Pourquoi ce pseudonyme « Derf BackDerf » ?
Derf Backderf : Rires… Aux Etats-Unis les noms finissent pas sonner bizarrement en 100 ans d’évolution et de changements… Je ne sais pas du tout d’où vient Backderf et finalement Derf, c’est la façon dont on m’appelle, notamment ma femme. C’est mon surnom. Il sonnait assez cartoon, alors c’est resté comme ça.

Plutôt doué en dessin, tu as abandonné l’école d’arts pour un cursus de journalisme, pourquoi ?
Pourquoi pas ? Rires… J’en avais marre, car l’école d’arts ne m’apprenait pas ce que j’avais envie de faire : la BD ! Alors, je suis allé dans une fac traditionnelle, je dessinais pour le journal universitaire et ils m’ont donné une bourse car j’écrivais plutôt bien. C’était l’opportunité de dessiner tout en apprenant ce que j’avais envie de savoir.

« Dahmer est un monstre et Baron est un héros, ils sont comme deux facettes différentes des exclus »

Après la fac, tu es devenu journaliste en Floride, et tu arrêtes pour dessiner « The City ». Tu étais enfin prêt ?
En fait, j’ai été viré ! Je faisais des dessins très politiques et trop impliqués, donc l’éditeur m’a demandé de partir. Ça m’allait car ça m’a permis de faire les dessins que je voulais avec « The City ». Cette expérience, qui était une proposition underground, a quand même duré 20 ans !

Que racontait « The City » justement ?
Il n’y avait pas vraiment d’histoire, c’était du « freeform ». Une forme libre d’expression, ça me permettait de dessiner la BD que j’avais envie de faire et de raconter les histoires que j’avais envie de raconter. Si je n’avais pas eu cette expérience, je n’aurais jamais pu faire de comics ensuite.

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Tu es à la fois drôle et très cynique dans tes BD, c’est ton style d’écriture ?
Et dans la vie aussi ! C’est une question de personnalité, (rires)

Est-ce que le journalisme t’a aidé à être un bon scénariste ?
Oui ! Certainement et on le voit vraiment avec « Mon ami Dahmer », c’est vraiment le style que j’ai pris pour raconter des histoires, c’est comme ça que je me suis formé et entraîné ! Je ne vois pas comment je ferais autrement.

C’est aussi la raison pour laquelle tes romans ont un style autobiographique ?
Hummm, je ne sais pas vraiment, je trouve que l’expérience donne à ton travail de la profondeur, même si je raconte des fictions, j’aime y ajouter de l’expérience. Tout comme avec « Trashed » ou « Punk Rock et mobile homes ».

J’ai été assez troublée de la ressemblance entre « Dhamer » et le Baron, le héros de « Punk Rock et mobile homes ».Est-ce que c’était volontaire ?
Non, je n’y ai pas pensé. Ils sont marginaux, mais ils sont complètement différents. Dahmer est un monstre et Baron est un héros, ils sont comme deux facettes différentes des exclus. Baron pour moi triomphe, c’est un esprit indomptable alors que Dhamer est une figure tragique qui échoue complètement.

Alors justement, est-ce que le Baron c’est un peu la revanche du looser ?
Oui et non, car le Baron n’obtient vraiment rien, il n’obtient pas la fille même s’il couche avec la barmaid de The Bank (ce n’est pas la cheerleader avec laquelle il veut coucher, rires), il ne devient pas une rockstar. Malgré tout, il reste un esprit fort et indocile basé sur l’espoir car il pense qu’un jour tout ça finira par arriver.

Tu proposes une playlist musicale avec « Punk Rock et mobile homes ». Tu es un fan de musique ? Tu peux me parler de ce club « The Bank » ? A t-il vraiment existé ?
« The Bank », j’y suis allé oui ! Effectivement c’est un club qui a vraiment existé. J’étais d’ailleurs éboueur (« Trashed ») à l’époque où je l’ai vraiment fréquenté. C’est mon expérience du punk rock et l’expérience de chacun… C’est le « sujet » de ce bouquin : « la musique », surtout ce qu’elle peut signifier pour quelqu’un et nous porter parfois très loin. C’est de ça dont je voulais parler.

La playlist youtube créée par un fan de Derf : 

Est-ce que tu t’intéresses aux musiques plus récentes que le punk, comme le hardcore, par exemple ?
J’écoute tout type de musiques maintenant, ça peut être du jazz, de la country. Les goûts de musique s’ouvrent avec le temps.

« Trashed » est une vision amusante de ton expérience d’éboueur, mais la façon dont tu traites des ordures à la fin de ton livre est assez effrayante. Qu’as-tu retenu de positif de cette expérience ? Ou bien as-tu gardé une vision pessimiste concernant le traitement des ordures ?
Je ne pense pas que ce soit un point de vue pessimiste, c’est plutôt réaliste et ça fait une grosse différence. En fait, quand on vit « au milieu » des ordures, qu’on est immergé dans ce monde de la collecte des ordures, on a pas de grandes idées en tête. On pense juste comment ramasser ces ordures et ce que l’on en fait. Ça nous rend très très réaliste. La plupart des personnages de mon histoire sont des inventions et ressemblent un peu aux vrais rencontrés. Je pense que tout le monde a rencontré ce genre de personnes dans « ce boulot ». C’est un archétype et j’avais envie de représenter ces archétypes.

Je pense notamment à ce monsieur qui démonte son bloc moteur, il existait vraiment ?
Oh oui ! Par contre, tout ce qui a lieu dans le camion est basé sur des histoires vraies !

J’ai entendu parler d’une adaptation de « Mon ami Dahmer » ? Qu’en est-il ?
Je sais qu’une adaptation est en cours, je ne comprends pas très bien le « processus », j’ai l’impression qu’il y a de la magie dans tout ça, mais apparemment ils ont l’air d’avancer ! James Franco fait partie de la production et travaille sur ce projet. Trashed intéresse aussi un autre producteur.

Quel est le sujet de ton prochain livre ?
Oh c’est un secret !


 

Site Officiel
Editions Ça et Là 

Je remercie Derf pour sa gentillesse, les traducteurs pour leur perspicacité et la librairie Le Migou pour son excellent accueil !

 

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