Compagnons d’Encre – Un évènement tatouage et solidaire

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Photographies : TD & Dominique Pichard (mention)

Le festival Compagnons d’Encre, tatouage et solidaire, a été initié à Emmaüs Scherwiller à côté de Strasbourg les 7 et 8 septembre derniers a rassemblé la crème du tatouage alsacien. Une quinzaine de professionnels sont venus encrer en solidarité pour ce projet. Retour sur un événement d’exception qui a attiré le public et les donations. 

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©Pmod

Les 7 et 8 septembre derniers se tenait Compagnons d’Encre, un festival des plus singuliers à Emmaüs Scherwiller avec une programmation musicale complète et une affiche tattoo vrombissante. Sitôt le samedi et l’ouverture des portes, on sent l’attente du public pour cet événement d’un autre genre. L’organisation est là, carrée, aux petits oignons pour les tatoueurs, tous venus participer avec bonne volonté. Reynald d’Asphalt Jungle Strasbourg, arrivé en soutien et offre en don ses anciens magazines de tatouage qui font de suite mouche auprès des aficionados et collectionneurs… Tandis que Vincent Vincent (Asphalt Jungle) encre lui aussi sur l’évènement, on retrouve Jübs et l’équipe de Contraceptik qui s’installent. Représentant Colmar, Jon Bretzel du Bretzel Tattoo Club partageait son stand avec Dimitri HK de St Germain en Laye. Tous deux s’ajoutent à une belle liste de tatoueurs solidaires : Clem Kaiju, Un Sang d’Encre, Gaëtan Contraceptik, Karl Marc etc.

Mais, qu’en est-il du concept ? L’évènement pluridisciplinaire avait pour but la vente caritative d’oeuvres, artwork et autres dons. Ces œuvres pouvant servir de fonds à la récolte d’un budget permettant la réhabilitation de la gare de Scherwiller. Par la suite celle-ci serait ainsi transformée en lieu solidaire, complètement auto-géré par Emmaüs et ses compagnons, le projet se nomme Ethiloc et on peut vous le dire… il verra bien le jour ! Dès le samedi et ce malgré un temps pluvieux et froid pour une fin d’été, les dons et ventes affluent permettant de récolter la somme nécessaire grâce à une vente aux enchères du dimanche soir orchestrée par une équipe délurée.

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©Pmod

A l’avenir la restauration du local en pôle de location de matériel sera assurée par les compagnons : des salariés en contrat d’insertion. Ces derniers ont aussi aidé dans l’organisation de cet événement et accueilli les collaborateurs et invités avec une énergie fabuleuse et un investissement épatant. Certains ont même décidé de se faire encrer par les tatoueurs invités. On aura pu voir Jübs, Vincent Vincent ou encore Dimitri HK à la tâche. Un acte fort, le dermographe comme medium.

Compagnons d’Encre; tatouage solidaire

On se mélange donc ici, à Emmaüs, tatoueurs, Compagnons, public initié ou de “chineur sachant chiner” mais surtout; on se rencontre, on échange – tatoueurs et tatoués – sur le même pied d’égalité dans une atmosphère bon enfant qui vibre d’enthousiasme et de créativité.

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©Pascal Bagot

C’est en allant se servir un petit café que l’on rencontre ainsi l’étonnant et charmant : Jean Claude. Approchant les 70 ans, on le surnomme “le Ferrailleur”, nous dit-il. Son histoire, c’est en tatouages de légionnaires qu’il nous la raconte. Effronté et pensionnaire de Colmar dès ses 18 ans, il demande à partir en légion pour éviter la prison. Grâce à une autorisation parentale, à 21 ans il enchaînera 10 ans en Guyane puis Bonifaccio et Madagascar… Il a du bagout notre Jean-Claude quand il tient le stand des boissons et nous sert le café. On s’intrigue de ses mains, tannées et encrées.

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Il a toujours une poésie sur le bout des lèvres surtout lorsqu’il est entouré de femmes… ça fait 30 ans qu’il est chez les Compagnons, c’est sa famille, sa vie après la légion, car “ si vous sortez, on ne peut plus rien pour vous”… et puis le tatouage on le sait, c’était pour marquer ces années. Car “là-bas on apprend le vrai sens de l’amitié”. Ni femme, ni enfant car “plutôt que de trahir, je préfère moins sourire”… Jean Claude fait son premier tatouage à l’aiguille, avec du caoutchouc brûlé, de l’encre des stylos. Aujourd’hui à Compagnons d’encre il se fera encrer un aigle traditionnel américain par Vincent Vincent, sur le dos de la main.

Dès le samedi on erre donc entre les espaces tattoo mais aussi la librairie et bookstore tatouage, dont le livre Sacred Skin qui documente très joliment le Sak Yant Thaïlandais écrit par l’écrivain Tom Vater. Jeter l’Encre Magazine et ATC Tattoo étaient présents pour couvrir l’évènement. On pouvait aussi se fournir en livres Tattooisme par le journaliste/écrivain Chris Coppola. Cette trilogie unique dans l’édition française rassemble le meilleur du tatouage français mais aussi international. Côté nouveauté, on aura aperçu et feuilleté : Figures Libres des Editions Noire Méduse rédigé par Laure Siegel et rassemblant près de 10 ans de travail photographique dans la presse tatouage par Dominique Pichard. Une rétrospective unique.

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On comprend vite que l’évènement Compagnons d’Encre marque son unicité et s’inscrit activement au sein d’un tatouage qualitatif et documenté, avec des conférences pointues et des intervenants de qualité, tant sur un plan historique (tatouage au japon par Pascal Bagot, historique animé par Dom Pichard et Chris Coppola, tatouage chez les femmes par Jeanne Barnicaud) que moderne en débats ouverts (exploration des questions du tatouage et politique par Laure Siegel, journaliste et co-auteure de Figures Libres). Deux jours, riches en apprentissages. La photographie tient une place majeure à Scherwiller, puisque c’est aussi un medium exploré avec les Compagnons par Pmod. On admire les différentes expositions et les clichés du reporter et photographe français Jean-Gabriel Aubert oeuvrant pour Tatouage Magazine depuis plus de 10 ans, entre autres.

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« Les Compagnons ont souvent un passé que l’on retrouve sur leurs corps. Beaucoup ont exprimé la volonté de se faire tatouer ou de couvrir leurs tatouages mais ont abandonné ces projets en raison de leur budget limité », explique Axel Nabli. Tous les jours, le public comme les Compagnons ont pu passer sous les aiguilles des tatoueurs pendant que, dehors, sur scène, les amplis hurlaient. Le bruit des machines envahissant Scherwiller, s’ajoute aux animations et empêche tout temps-mort, ici on n’a jamais fini de faire “le tour” car l’espace est un vrai dédale où tout le bric à brac qu’on aime chez Emmaüs se rassemble et forme un espace convivial. Le coin vintage, le défilé, les spectacles burlesques quoique pudiques pour l’occasion, laissent place à la tombola ou encore à l’atelier de sérigraphie. L’évènement est effervescent et ne cesse de surprendre à chaque recoin.

Si le tatouage devient vecteur de solidarité, le festival a pour mission la valorisation et l’autonomisation des compagnons d’Emmaüs ; impliqués dans le processus de création jusqu’au Jour-J. Direction du studio photo, encadrement des œuvres, communication du festival, scénographie etc. Ce sont eux, les véritables acteurs du festival Compagnons d’Encre. Et rien n’a failli à cette organisation et cet investissement, tous deux, bien rodés. 

Malgré un temps incertain, l’équipe a relevé le défi de rassembler des personnalités et des univers différents sous le même étendard le temps du festival. Dom Pichard et Axel Nabli parlent déjà d’une seconde édition, d’autres concepts, de changements, de création, de réflexion… On a hâte d’en savoir plus afin de retrouver cette magnifique énergie dégagée entre tatouage et solidarité. Tous sont unanimes : ils retenteront l’expérience. Autant dire donc qu’on attend les dates avec impatience. Ça piquera sûrement encore mais toujours avec le cœur sur la main.

Informations :

www.compagnonsdencre.com