Clarisse Amour, les fleurs épousent les lignes du corps

Texte : Stefayako / Visuels : Clarisse Amour

Clarisse Amour, de son véritable premier et deuxième prénom, a 30 ans. Seulement 5 années d’expérience dans le tatouage l’ont propulsée en experte des compositions florales. Ses ornements symétriques en noir et gris attirent une clientèle toujours plus large et séduite par sa technique et sa gentillesse. Clarisse Amour encre chez le Gamin à Dix Doigts à Paris.

Quand as-tu commencé le tatouage ?

J’ai commencé quand j’avais 20 ans. Le cliché total, un petit lettrage en style manuscrit sur le poignet. Je ne le regrette absolument pas et je ne le recouvrirai jamais. Puis j’étais entourée de tatoués et de tatoueurs donc j’ai un peu servi de cobaye et je me suis vite retrouvée avec des grosses pièces. J’ai ensuite eu la chance de travailler avec des gens très talentueux donc je me faisais tatouer uniquement par des amis. Et d’ailleurs je pense que je ne me ferais plus tatouer par quelqu’un que je ne connais pas.

Je ne suis pas une collectionneuse. Si j’adore la personne et que j’aime son travail, j’y vais. Parfois ce n’est pas le tatoueur le plus reconnu du monde mais si j’ai confiance en cette personne, cela me suffit. Je fonctionne comme cela. Je sais que je ne regretterai jamais ce tattoo. Mon émotionnel passe par le moment et le choix de la personne qui me tatoue, et non par la symbolique. 

Quel est ton parcours dans le tatouage ? Pourquoi es-tu devenue tatoueuse ?

J’ai un parcours un peu particulier car j’ai commencé les pratiques artistiques à 3 ans. D’abord la musique avec le violon au conservatoire jusqu’à 13 ans, puis le piano et la batterie. Ensuite je me suis mise au dessin et à la broderie. J’ai fait beaucoup de photo aussi. Je voulais être photographe et je pensais que le milieu de l’illustration était très fermé. Puis j’ai commencé le tattoo à 25 ans.

J’ai repris le dessin lorsque j’étais dans une école de photo car j’avais beaucoup d’amis dans le milieu du tattoo. On me demandait souvent de dessiner pour des tatouages ou on me conseillait de faire du tattoo. A 22 ans j’ai rencontré Manuella Ana qui était aux Beaux-Arts de Cergy et qui tatouait aussi. De fil en aiguille j’ai commencé à m’intéresser à l’idée. C’est surtout les rencontres et mon cercle très proche qui m’ont poussée vers le tattoo.

Comment as-tu trouvé ton style ?

J’ai eu de la chance, je n’ai pas eu à chercher du tout. Dans le dessin, je faisais tout au stylo bille et sur papier à grain. Au début je faisais l’erreur d’essayer de reproduire mes dessins en tatouages. Et cela faisait une sorte de dot, ce qu’on appelle aujourd’hui le blackwork même si je ne connaissais pas. J’ai toujours aimé dessiner les mêmes choses : les cheveux, les tresses, les fleurs, les crânes…

Où trouves-tu l’inspiration ? Tu es très reconnue maintenant pour tes compositions florales par exemple.

C’est un peu de tout. Je m’inspire assez peu de peintres ou de qui que ce soit. Le tattoo pour moi, avant la symbolique, doit être esthétique. C’est visuel. La fleur, c’est intemporel, cela fonctionne dans tous les styles et sur tous les médias. En tattoo ce n’est pas quelque chose qui va devenir ringard au bout de 5 ans. S’il y a beaucoup de fleurs dans mes travaux c’est par choix esthétique. C’est simple et efficace.

Tu fais d’ailleurs de plus en plus de grosses pièces. Pourquoi ?

Ce qui change de la feuille de papier c’est le corps que l’on tatoue. Pour moi c’est plus difficile d’être en harmonie avec le corps pour des petites pièces. Pour suivre les lignes du corps on est obligé de partir sur de très grosses pièces. Pour mettre en valeur le tatouage et la morphologie de la personne. Le tatouage est un ornement de ce corps en particulier, ce n’est pas « Salut, j’ai mis de l’encre sur la peau ! ».

Y a-t-il des parties du corps que tu préfères tatouer ?

Tous les hauts de dos et nuques en symétrie florale, j’adore. Tout ce qui est hanches, fesses. En fait il y a assez peu de zones que je n’aime pas tatouer. J’aime tout tatouer. J’adore toutes les zones où une symétrie est possible.

Tu as reçu des prix lors de conventions, comment as-tu vécu cette reconnaissance ?

La première fois c’était une très grosse surprise. J’avais juste participé pour montrer mon tattoo. Je ne m’attendais pas du tout à avoir un prix. J’étais en train de tatouer quand j’ai entendu mon nom mais je n’ai pas réagi car je pensais que ce n’était pas possible. J’étais hyper émue. La séance avec ma cliente avait été super. Cela me semblait incroyable étant donné les tatoueurs de dingue qu’il y avait aussi à ce concours. Gagner une reconnaissance de ses pairs fait gagner une légitimité assez incroyable.

Comment vis-tu ton engagement vegan dans la pratique de ton métier ?

Cela passe toujours par le matériel. Essayer de faire au mieux pour qu’il y ai le moins d’impact possible pour la cause animale. Malheureusement on ne peut pas faire l’impasse sur certains produits d’hygiène même si j’ai écrit aux laboratoires. Il existe des alternatives malheureusement peu pratiques.

Presque tout est vegan maintenant dans le matériel. Toutes les encres noires et grises sont vegan, presque toutes les couleurs aussi. Cela a beaucoup évolué en l’espace de quelques années. Même si ce n’est pas noté vegan, il suffire d’écrire aux marques pour demander et en général c’est le cas.  C’est hyper simple maintenant de tatouer vegan. Cela ne coûte pas grand-chose de l’adapter à sa pratique. Tout le monde peut le faire et peut avoir un impact positif.


Clarisse Amour, Le Gamin à Dix Doigts, Paris 11

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