Caroline Karénine, le voyage créatif

Texte : Stefayako / Visuels : Caroline Karénine

Tout le monde connaît ses femmes du monde et ses lignes noires ornementales parfaitement exécutées. Caroline Karénine est une tatoueuse autodidacte qui a su gravir les échelons du tatouage avec sobriété. De ses débuts à Montpellier à 17 ans jusqu’à maintenant, elle a parcouru un long chemin initiatique parsemé de voyages. Elle encre désormais dans son shop privé à Barcelone.

Quel est ton parcours dans le tatouage ?

J’ai eu le déclic du tattoo quand j’avais 8 ans parce que j’accompagnais mes frères se faire percer chez Body Art. Cela m’a montré un autre monde et une autre vision du travail. J’adorais dessiner et cela m’a donné l’envie d’allier les deux, un métier qui me rende libre artistiquement et qui se pose sur le corps humain.

J’ai essayé de faire des études artistiques, j’ai fait une école de graphisme à Montpellier tout en gardant en tête que je voulais faire du tatouage donc j’ai côtoyé des tatoueurs dès que possible. J’ai commencé à apprendre à 17 ans. Je n’ai pas fait d’apprentissage, on m’a montré, aiguillé et permis de regarder pendant quelques mois.

J’ai appris dans mon coin pendant trois ans en demandant des conseils aux tatoueurs puis j’ai tatoué 2 ans et demi à Montpellier dans un shop. Ensuite je suis partie travailler avec Sissou à Nîmes pendant deux ou trois ans puis à Paris chez Tribal Act pendant trois ou quatre ans.

J’apprenais tous les styles, j’avais une préférence pour le réalisme mais j’avais des périodes plus colorées ou plus dark. En 2013, j’ai commencé à développer mon univers, je me suis dit qu’il était temps.

Ensuite j’ai passé un an à Barcelone dans un atelier privé puis à Bruxelles où j’ai créé Purple Sun avec Marine Martin, Indy Voet et Jean-Philippe Burton. Je suis ensuite retournée à Paris chez Dolores, puis un atelier privé avant de repartir à Barcelone en atelier privé. Tous ces changements sont liés à ma vie de famille. J’ai eu des opportunités et j’avais envie d’essayer de vivre ailleurs, de créer un truc sympa pour créer un meilleur cadre de vie et concilier la vie familiale et professionnelle.

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Quel est ton style ? Comment a-t-il évolué ?

Je ne sais pas définir mon style, je ne donne pas d’étiquette. J’oscille entre l’ornemental et le japonais, ce qui lie mon travail c’est les voyages.

Au début j’ai appris à manier différentes techniques, j’avais envie de tout découvrir et de le faire le mieux possible. Et après je me suis dit que je pouvais réinterpréter tout ce que j’avais appris.

C’est les voyages et les lectures qui me nourrissent le plus. Au Maghreb, j’explorais l’art berbère. Maintenant je vais plus en Asie du Sud Est ou au Japon donc je m’inspire beaucoup de ce que je vois : les ornements des temples, l’architecture et les tissus. Et j’adore feuilleter des livres, je ramène toujours des livres de mes voyages.

Comment choisis-tu les projets que tu vas tatouer ?

C’est vraiment un feeling. Je préfère les grandes pièces maintenant mais c’est quand je lis la demande qu’il faut que je m’imagine le projet. Cela peut être un détail, une chose que j’ai vécue, un pays que j’ai visité, c’est aléatoire.

Si je sens les personnes hésitantes ou qui laissent trop carte blanche, j’ai l’impression que c’est moi qui doit imposer. Si c’est trop orienté ça me bloque et si c’est trop libre, j’ai l’impression que c’est moi qui vais imposer une idée à la personne, qu’il n’y a pas d’échange. Il faut que ce soit 50/50, je suis le prolongement de l’idée des gens. Il faut que le fond vienne du client, tandis que moi je m’occupe de la forme.

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Tu es parfois sollicitée pour des projets autres que le tatouage comme par exemple peindre des fresques en Colombie, à Los Angeles ou en France, peux-tu m’en dire plus ?

A un moment j’ai eu envie d’expérimenter d’autres choses, de faire des choses plus grandes pour décloisonner mon esprit et sortir des contraintes du support de la peau.  J’ai rencontré plein d’artistes et cela m’a fait voyager encore plus.

J’ai fait deux expositions avec l’Alliance Française de Bogota en Colombie, l’une de street art et l’autre mêlant un crew de Bogota avec des artistes français pour faire des collages. Ils avaient organisé des conférences avec des gens de Bogota donc c’était très intéressant, j’ai pu apprendre beaucoup sur ces artistes et d’être en confrontation directe avec le public était super car on pouvait débattre de chacune de nos expériences. C’est rare, ça sort vraiment du cadre tattoo.

Cela nourrit mon tattoo car cela m’a donné une conception plus large, tu es plus libre avec les murs. Cela m’a donné envie de prendre plus le corps dans son ensemble et de travailler des plus grandes pièces. Cela m’a montré aussi à quel point j’aime le tattoo. Le mur c’est particulier mais j’aime le fait de partager un moment privilégié avec une personne, c’est plus intimiste. Le mur c’est plus un défi personnel. Dans le tattoo tu as aussi la dimension humaine.

En quoi les voyages sont une source d’inspiration pour toi ?

Cela me fait voir autre chose, cela me fait prendre le temps de rencontrer d’autres personnes. Cela m’empêche de tourner en rond. Il n’y a pas trop de barrière entre ma vie professionnelle et privée, tout est un tout, tout se nourrit. Je voyage parce que c’est aussi une passion et c’est une continuité. Si je fais quelque chose, cela nourrit une partie de ma créativité.

Notamment au Japon ?

J’ai fait un premier voyage au Japon. Maintenant je me fais tatouer le dos là-bas tous les six mois et je ferai sûrement le corps. J’ai su très tôt que je voulais un corps complet par un seul artiste et donc je ne voulais pas trop me couvrir. Je savais qu’il fallait que j’attende d’être plus mature pour savoir ce que je voulais et avec qui. L’artiste c’est Gotch avec qui j’ai travaillé à Paris. Je me suis toujours dit que le jour où je ferai le corps, ce serait pour voyager plus et découvrir la culture car c’est une véritable  expérience de vie. Plus tu y vas et plus tu apprends de choses.

« Ce qui lie mon travail c’est les voyages. »

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Quel est ton rapport au tatouage ?

Cela me fait passer des caps de vie et dans mon évolution personnelle, ça définit mes périodes de développement. Je ne me fais pas tatouer de manière impulsive, je perçois cela dans la longueur, sur toute une vie. Je ne suis pas pressée, j’aime que cela m’apporte quelque chose dans ma vie comme voyager ou découvrir une culture. Cela me fait toujours aller un peu plus loin. Pour moi c’est une manière de concevoir le tattoo, sur la longévité. A quoi bon se faire une petite pièce par-ci ou par-là ? Autant prendre le temps de murir le truc et d’y aller à fond.


https://www.carolinekarenine.com/

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