Capitaine Plume, la conteuse pirate

Texte : Stefayako / Photographies : Dwam & Capitaine Plume

Raconter des histoires, c’est le leitmotiv de Capitaine Plume. Dessiner, un exutoire. A l’écoute des récits émouvants de ses clients, elle exprime les émotions ressenties. Un traumatisme à exorciser ? Une jolie aventure à raconter ? Prenez rendez-vous avec Capitaine Plume chez Purple Sun à Bruxelles.

D’où vient ton pseudo ?

Quand j’étais ado, j’écrivais beaucoup de nouvelles. Cela vient d’un personnage féminin qui habite sur un bateau pirate avec toute la problématique de la femme qui porte malheur sur un bateau. C’était Capitaine Plume.

A l’époque où j’ai choisi ce nom, je ne savais pas que j’allais devenir tatoueuse et voyager. Cela me pose un peu problème maintenant car à l’étranger, « plume » c’est un fruit, c’est la prune. En anglais cela fait Capitaine Prune.

capitaine plume rêve

Comment es-tu devenue tatoueuse ?

J’ai eu la chance très jeune d’avoir un ami tatoueur. J’avais 19 ans à l’époque. Je dessinais déjà beaucoup et il m’a mis le matériel entre les mains. Ce n’était pas vraiment un apprentissage. Je ne pensais pas que j’allais devenir tatoueuse et lui faisait du tatouage assez classique. Sa réalité à lui c’était que pour faire du tattoo, il faut savoir dessiner un dragon. Ce que je n’ai jamais réussi à faire. Il m’a fallu du temps pour m’éloigner de ce côté classique car je n’avais pas du tout de référence, je ne connaissais pas d’artistes plus modernes. Pendant deux ans, j’ai fait des tattoos avec lui de temps en temps parce que je trouvais cela fascinant.

Quand j’ai découvert le boulot de la Boucherie Moderne, ça a été une grosse claque. A l’époque il n’y avait pas Instagram, je les avais découvert dans Tatouage Magazine. J’ai réalisé que je pouvais faire ce que je voulais.

Comment trouves-tu ta place dans toute cette diversité de styles ?

Je suis arrivée à une époque où j’ai eu beaucoup de chance car cela s’est fait naturellement. C’était le début des réseaux sociaux. Ce que je faisais se démarquait. Cela sortait du lot et le style et la signature étaient là. C’était le bon moment et le bon endroit et cela a pu décoller assez vite. J’ai fait ma place même si au début c’est compliqué car justement il faut défendre pourquoi tu fais un truc différent.

Si j’arrivais aujourd’hui, je pense que je me démarquerais moins car il y a une telle diversité. C’est presque décourageant tellement il y a de talents et de choses différentes qui se font. C’est presque trop.

capitaine plume mains

Peux-tu expliquer un peu ton style ? Est-ce que tu le rentres dans une catégorie ou pas du tout ?

J’ai fait une école d’illustration Belge assez avant-garde donc j’ai étudié la BD sans case où ça part un peu dans tous les sens. Du coup mon style de dessin est parti un peu de ça.

On m’a dit une fois que c’était du néo naïf. Je ne sais pas si c’est le bon terme. En tout cas j’essaie de faire des trucs poétiques et un peu narratifs. C’est ce que j’ai gardé de la BD. J’aime bien quand il y a plein d’histoires possibles.

Qu’est-ce qui t’inspire pour créer ces personnages ?

C’est très émotionnel, c’est ce qui me traverse et me touche. C’est souvent des choses dont je me débarrasse en les faisant. Je produis beaucoup, je dessine tous les jours et tout le temps. J’ai l’impression que je fais des dessins parce que j’ai besoin de sortir un tas de trucs. Cela peut sembler un peu égoïste mais il y a quelque chose de thérapeutique.

Cela me fait du bien et cela permet aussi à des gens de retrouver des émotions qu’ils n’arrivaient pas à mettre en mots ou en images donc c’est chouette comme échange.

capitaine plume chat

Quand tu as des commandes de clients, est-ce justement pour exprimer leurs émotions et avoir une symbolique forte ?

J’ai beaucoup de gens avec des histoires de vie très compliquées. A partir du moment où j’ai dit que les gens pouvaient me raconter leur projet et leur histoire, je me suis rendue compte qu’ils n’attendaient que ça. Parfois c’est compliqué car ils racontent toute leur histoire mais ils ne savent pas finalement ce qu’ils veulent. Je demande quand même un minimum d’éléments car je ne peux pas choisir le tattoo pour eux.

Comment arrives-tu à raconter leur histoire et à la retranscrire en dessin ?

Le fait de connaître l’histoire permet de donner une couleur ou une ambiance au dessin. Et tu peux avoir un tigre qui selon l’histoire va être triste ou conquérant. C’est chouette parce que j’ai quelque chose à traduire et c’est là que ça devient poétique.

capitaine plume homme fleurs

Tu avais dit dans une interview que le rapport à la clientèle parfois te gênait car maintenant on laisse facilement carte blanche aux artistes, et qu’il ne faut pas oublier que c’est notre propre corps.

Je m’en suis rendue compte ces dernières années. Le tattoo c’est un outil de réappropriation de son corps, c’est très beau et émancipateur. D’un coup avec un côté « starification » de certains tatoueurs, les gens se donnent parfois un peu trop et n’osent pas dire ce qui ne leur convient pas. On donne un peu tout pouvoir à l’artiste tatoueur.

Moi je n’ai pas du tout envie de cela et j’essaie de dire aux gens « c’est ton bras, c’est ton corps, cela me fait hyper plaisir de te rendre un service mais je n’ai aucun pouvoir sur ton corps. ». Je fais en sorte que la personne ne soit pas un support pour mon dessin. Cela irait à l’encontre de ce que je trouve beau dans le tattoo. La réappropriation de son corps, cela n’a pas de sens si c’est pour le donner à l’autre. C’est important d’être toujours maître de son corps.

capitaine plume serpent

Tu es passionnée de littérature et de poésie. Le tatouage est une façon de raconter des histoires. As-tu des envies de mettre cela sur papier ou avec des mots ?

Oui je rêve de faire un livre depuis longtemps. C’est en cours. C’est très solitaire, cela prend des années et tu ne sais pas si cela va aboutir à quelque chose. Ce n’est pas vraiment des histoires mais plutôt des textes qui forment une histoire. L’écriture, ça fait peur, tu te mets vraiment à nu. Tu te mets toute nue sur la place publique.

Informations :


Capitaine Plume : Instagram

3 femmes