Bouits : jeux d’ombres et de lumière

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Son nom sonne comme une onomatopée. Normal, Bouits est un peu comme ça : unique, détonnante et expressive dans la vie comme dans son trait. Issue d’une école de cinéma d’animation elle pique des aplats bruts comme elle façonne collages sur tissu ou gravure sur cuir. Jeux de négatifs, inspiration cubiste comme exotique, la jeune tatoueuse – toujours sa maison sur le dos – était l’invitée de l’exposition collective Trait noir // Face to face. 

« Toucher un peu à tout visuellement m’a aidé en premier lieu. Puis, j’ai retenté une école et c’est la meilleure chose qu’il a pu m’arriver ! J’ai échoué et je me suis penchée sur un book tattoo. » La jeune femme ne perd pas de temps et contacte les tatoueurs qu’elle admire le plus. Parmi eux, Xoil, reçoit cette bouteille à la mer et lui propose un apprentissage à Thonon-les-bains. « Le tatouage j ‘y pensais depuis longtemps mais je me disais qu’il me manquait une formation scolaire … », enchaîne-t-elle prenant du recul sur l’émancipation de son talent.

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Qu’as-tu appris auprès de Xoil ?
J’ai appris à travailler pas mal de visuels différents et une façon de bosser super efficace. C’est quelqu’un de bon en tatouage à la fois techniquement et visuellement et il a un style se basant sur les techniques du collage qui me plaisait beaucoup depuis longtemps. Je suis arrivé en mars 2013 et partie un peu avant la fermeture en 2015. J’ai alors tout développé, que ce soit du support à la technique, en passant par le développement de l’image sur la peau. Au bout de 2 ans, je savais me servir de différentes tailles d’aiguilles, de différents faisceaux, mais surtout faire une ligne correcte et faire un tatouage clean. Son truc ? Te laisser faire des bourdes tout seul. Lorsque tu fais une merde, tu te débrouilles ensuite pour trouver la solution. Il te montre sa façon de faire mais si tu ne suis pas, tant pis pour toi. Et après une semaine je devais me tatouer moi-même. L’apprentissage pouvait être compliqué car il était super exigeant : il fallait préparer ses couleurs et stencils. Mais j’ai appris à tout faire. Je pense que le tatouage doit rester populaire, chacun à le droit d’avoir le tatouage qu’il souhaite. Ca reste du tatouage et il ne faut pas oublier cela. Car pour autant quand les gens viennent aussi pour un tribal, en leur montrant d’autres tattoos, ils ouvrent des books différents…il développent leur esprit critique par rapport à des visuels et reviennent pour mes pièces. C’est génial !

Ton univers a pas mal évolué…
Oui ! Rien que ces 6 derniers mois. Avant le tattoo c’était du photoshop, des gravures, des collages basiques d’éléments aux références différentes, des pattern, gravures, mais j’ai pas mal élagué. Je reste à présent sur deux ou trois patterns dont je me ressers et surtout des aplats de noirs avec des motifs inspirés de l’art africain ajouté à du graphique : un bon mélange !

… c’est aussi très différent de l’aspect traditionnel du tatouage !
C’est ça qui est chouette aussi, on fait pas de traditionnel américain mais on récupère toute la technique qui fonctionne : des fines lignes, des aplats, des contrastes… au final les gens ne sont pas tellement perdus, même si les sujets changent . Je fais des portraits de femmes, dans lesquels les gens arrivent aussi à se projetter visuellement. Je me suis aussi aperçue que tout ne fonctionne pas sur la peau, a contrario du papier. Pas assez de contrastes, lignes trop fines, placements qui ne fonctionnent pas , par exemple les aplats de noir c’est assez récent pour moi aussi et ça marche mieux en tatouage que sur papier. C’est juste un travail de réappropriation pour repasser sur un autre support.

Tu continues à dessiner pour toi ? Comment travailles-tu ?
Je travaille à la commande et je fais des flashs donc j’arriver a fusionner les projets dessins et tatouage. Parfois je fais aussi du street art que je transforme en tattoo et que je propose aux gens ensuite. Le mixe se fait un peu de lui-même. J’ai même tatoué des visuels de carte de visite !

Tu t’inspires de beaucoup de choses très contrastées, tu parlais par exemple de culture africaine …
Lors de ma formation, j’ai été poussé à m’inspirer de tout et à prendre tout ce qui nous semble intéressant. Matisse a été une énorme référence par ses collages et je trouve beaucoup de références visuelles en illustration et peinture, mais moins dans le tatouage, tout est déjà fait ou repris et je pense qu’il est plus intéressant d’utiliser d’autres médiums comme inspiration dans le tatouage. Après l’école, j’ai découvert le taf de Jeff Palumbo, Loïc et c’est incroyable ce qu’ils arrivent à faire sur la peau : ils arrivent à éxecuter ce genre de motifs tout en gardant les codes traditionnels du tattoo.

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Qu’est ce que tu voudrais découvrir à présent ?
Ca ne serait pas visuel mais au niveau technique j’aimerai commencer à travailler sur mes propres encres pour faire des couleurs qui ressortent, cicatrisées, exactement comme je le voudrais. Je travaille tellement les aplats, suivant les peaux, il y a des surprises !

Ces jolies touches de couleurs dans tes tatouages relèvent très bien tes aplats de noir, favorises-tu certaines palettes de couleurs  ?
Ca dépend des périodes ! Du rose, jaune, bleu clair, ocre ou bleu cela fonctionne bien. Je viens d’acheter du vert…j’attends de le tester. Je sais maintenant qu’il y a aussi des teintes qui ne marchent pas sur des grandes surfaces, au fur et à mesure que je tatoue, je réduis parfois certains aplats, qui ne marchent pas sur la peau, il faut trouver les trucs et astuces qui rendre aussi bien sur peaux, ce qui est au départ, sur papier.

Tu es pas mal tatouée aussi, JP Burton, Brindi Tattoo…
Pas mal de merdes aussi ! Et des tests de handpoke, de machines mais aussi des potes qui m’ont tatouée … certains ont commencé et jamais fini, j’aime les vieilles merdes, un dauphin, des gens de passage…Mes derniers sont de Varsovie, il y a aussi Piet de Congo qui m’a tatouée et que j’aime beaucoup car si la personne ne me plait pas je n’ai pas envie d’en garder un tatouage. Ce tatouage je l’ai fais chez Black Sheep, par exemple. Je ne suis pas fan de New School mais je voulais vraiment un petit souvenir de mon expérience là-bas avant de partir. C’est primordial pour moi d’avoir des pièces qui me rappellent des choses positives.


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